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 Make me stronger

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Huang Tassanee

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MessageSujet: Make me stronger   Sam 11 Juin - 15:07

Ce week-end, je ne serai loin de Dalis. Je fais souvent cette petite excursion. Je m’y rendais tous les quinze jours. Mais pour tout dire, cette fois-là était différente. Je ne m’y suis pas rendue la dernière fois, et ce devait faire plus d’une semaine que je n’ai pas remis les pieds dans une salle d’entraînement…on va dire que c’était un stage de « remise en forme ». Comme je le faisais à chaque fois, le motif que je donnais à mes parents était que je voulais voir de la famille. Mais c’était loin d’être la raison principale.

Ce vendredi, j’ai fermé mon cabinet d’expertise plus tôt. A 14h, le rideau était baissé. Un long voyage m’attendait. Je me rendrais à Naji dans la soirée ; mai d’abord, je ferai un détour dans la province pour voir mes grands-parents du côté maternel qui hébergeaient ma très chère petite sœur, Mizui. Ces derniers temps, la vie était mouvementée dans ma famille. Cela faisait des semaines que Mizui n’était pas revenue à la maison, et les lettres ne suffisent plus. Depuis la mort « accidentelle » de son fiancé, elle était accueillie à la campagne pour « s’apaiser, reprendre goût à la vie, surmonter cette dure épreuve ». Je savais que la réalité était tout autre et qu’elle était rongée d’un autre mal, et je me sentais responsable…coupable de ne pas avoir été assez présente pour les encadrer. Je savais très bien qui était le coupable et ce qu’il s’est véritablement. Mais je n’ai pas pu éviter ça. Moi, sa grande sœur, son aînée, qui me fait toujours un sang d’encre pour elle, vous ne pouvez pas savoir à quel point je m’en veux de ne pas avoir pu éviter cette catastrophe qui a bouleversé tout le monde à la maison…Bayamori ne mérite rien pour attendre.

Arrivée là-bas, ce fut une énorme de la revoir. Était-elle en meilleure forme ? Difficile à dire. Elle paraissait mieux depuis la dernière fois où je l’ai vue –son départ- mais elle avait encore un long chemin à faire. Nos grands-parents étaient très contents de me revoir. Moi aussi, mais j’avais un trop gros poids sur la conscience pour m’en réjouir totalement. Voir ma sœur comme ça me rendait malade depuis plusieurs jours. Je me suis couchée la première. La vraie raison de mon voyage se trouvait à 1h à pieds d’ici.

De nouveau sur pieds le lendemain matin, j’avais tout le temps de ruminer ma culpabilité. Vêtue de mes baskets, d’un survêt noir rayures blanches et sa veste assortie par-dessus un débardeur blanc, je n’avais pas besoin d’autre chose. Il s’agissait d’un entraînement en milieu naturel tenus par un rebelle comme l’on peut trouver un peu partout maintenant. Pas besoin de se faire un beauté : queue de cheval, un peu d’anti-cernes, de crayon et de mascara, rien de très farfelu comparé au travail. J’avais prévenu mes proches la veille que j’explorerai la forêt…alala, s’ils savaient, mais seule Mizui était au courant de mes agissements. Que je coure tous les matins en ville n’était pas un mystère, mais que je fasse des sports des combats en pleine nature serait fantaisiste pour mes proches. Sauf pour Mizui. Elle, elle qui me croit forte, elle le croit bien plus que les autres, elle qui croit que je suis forte mentalement et physiquement…quelle blague, je n’ai même pas pu empêcher cet imbécile de Bayamori de commettre l’irréparable. J’ai réussi à les mettre hors de danger administrativement en falsifiant quelques dossiers, mais le mal était fait. Même s’ils sont maintenant hors de portée, les dégâts psychologiques sont bien présents. Il va nous falloir à tous du temps, mais pour moi, qu’est-ce qu’il en sera ? J’ai beau m’entraîner régulièrement toutes les semaines, je n’ai pas vu le dixième de mes capacités dans tout ça. A quoi bon se démener si on ne peut pas empêcher ce genre de catastrophe arrivée ? Et qu’est-ce que j’aurais pu faire pour l’éviter ? Autant de questions qui m’affaiblissaient moralement, un comble. De toute ma vie de rebelle, c’était bien la première fois que je me sentais si faible et inutile.

Comble de tout, moi qui arrive toujours en retard à ce type d’entraînement, je m’étonne à être la première à arriver. Nous sommes à des lieux à la ronde de toute population. Notre entraîneur était bien là, lui et sa canne –non, ce n’est pas un vieillard. Je le regardai de haut en bas, un peu surprise. Diantre, c’était la première fois que nous nous retrouvons seul à seule, cela faisait bizarre. Geng Li n’est pas un méchant bougre, mais il est autoritaire lors de ces entraînements ; il est donc difficile de s’imaginer un tête-à-tête et une discussion normale. Mais il devait être encore plus surpris que moi de me voir à l’heure…et de retour après trois semaines d’absence. Pitié, pas de remontrances, pas d’interrogatoires, j’ai loin d’avoir le moral pour ça en ce moment. Allez Tassanee, n’oublions pas les politesses tout de même.

« Bonjour. Chef. » Bafouillai-je en regardant sur le côté.

Mais comment je me suis débrouillée pour sortir ça, on ne pouvait pas faire plus timide que ça…moi qui ai toujours plein d’entrain, on repassera. Et le vent s’était levé. Bon, dans combien de temps ils arrivent, les autres ? Pas que je veuille me plaindre, mais me retrouver face à notre entraîneur pas très patibulaire n’avait rien de plaisant. Je m’efforçais de regardais le paysages, à la recherche de leur silhouette. Bon sang, comment j’ai fait pour me ramener avec autant d’avance ? Et lui, pourquoi il a fait pareil ? Il n’avait pas mieux à faire que de se lever aux aurores ? Les mains dans les poches, je tournais un peu en rond. Attends…et s’il leur est arrivé quelque chose en chemin à eux aussi ? Et si l’armée avait aussi décidée de se lever tôt et les avait interceptés ? Inconsciemment, mon regard scrutait l’horizon avec inquiétude. Du calme ma grande, tu psychotes…non, il n’y avait aucune raison que l’armée vienne que jusque-là. Mais je ne pouvais m’empêcher de me faire du mouron en les attendant dans cette plaine.


 
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Lu GengLi

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MessageSujet: Re: Make me stronger   Dim 12 Juin - 13:37

- Bonjour …

Ma voix fût quelque peu hésitante. Non pas parce que la petite m'impressionnait, non, loin de là, mais plutôt de par son comportement. Silencieuse : je ne l'avais pas entendu arriver, alors que, d'ordinaire, je pouvais l'entendre de Dalis tellement elle ne savait que faire de toute cette bonne humeur qu'elle dégageait. A l'heure : la demoiselle était l'une des retardataires qui s'était prise le plus de carton rouge en une semaine. J'avais eu le droit à pas mal d'excuses bidons venant de sa part. Timide : la politesse qu'elle venait de me lancer était un chouia réticent. Elle montrait une modestie que je ne lui connaissais pas d'habitude. Embarrassée : elle ne tenait pas en place, mais pas pour les raisons de routine, elle était gênée de ma présence avec elle, nous étions seuls. Pourquoi ? C'était bien la question que je me posais le plus en ce moment de solitude. Pensive : elle était ailleurs. Elle était à l'entraînement pour autre chose que gagner en force. Elle était présente pour autre chose que de montrer ses facultés sportives. Son corps était devant moi, mais sa tête et son cœur se baladait autre part. Bien, je décidais de la récupérer avant qu'elle ne fasse une syncope devant ma personne.

- C'est bien la première fois que j'ai l'honneur de me retrouver devant Mad'moiselle Huang en première ligne. Je me demande bien pour quelle raison ai-je droit à cet honneur, ce n'est pourtant pas mon anniversaire...

Bien évidemment, ma phrase était remplie de reproches sans en être. Son absence. Ses irrespectueux retards. Son manque de concentration. Je blâmais beaucoup de choses en un seul souffle. Elle avait arrêté de scruter les arbres qui nous entouraient, et c'était déjà une bonne chose. Son corps était beaucoup trop décontracté à mon goût, aujourd'hui je n'étais pas un ami rebelle, mais son professeur, son supérieur, et elle me devait un minimum de respect, surtout si les autres soldats venaient à apparaître. Je me mis à marcher dans sa direction et, une fois à bonne hauteur, de ma canne, alors, je vins lui tapoter les jambes pour qu'elle se redresse comme un guerrier le ferait. Malgré tout, elle n'était pas dans son assiette, et je n'étais pas là pour lui faire peur non plus. Mes épaules tombèrent alors, relâchées, relaxées, totalement informelles. Ma voix grave brisa le silence d'une traite sans pour autant que je n'eusse voulu crier chaque mot qui se dégageaient de ma bouche.

- Un réel souci Mad'moiselle Huang qui te tourmente … ?

Ma main dégagée de toute emprise attrapa finalement celle qui fût occupée à tenir ma meilleure amie, cette fichue canne qui faisait partie intégrante de ma vie, puis je me mis à tapoter mes doigts sur le dos de cette dernière main, un petit peu impatient, rien de plus. Elle n'avait pas l'air de se confier, et j'avais l'habitude. Mis à part entendre ses envies de meurtres et d'homicides contre le gouvernement, je ne servais pas à grand chose, malheureusement. Je soupirai, agacé un peu, mais a, tout le monde en avait l'habitude, c'était la seule émotion que j'arrivais facilement à dégager.

- Bien, reformulons la question... Dois-je prendre ton comportement étrange pour moi ou s'agit-il d'une affaire qui ne me regarde pas ?

Elle me répondit à sa façon, et je n'eus pas grand chose en retour à éclaircir. Un hochement de tête conclut le débat et je me permis de faire un tour de ronde sur moi-même afin d'inspecter les alentours. Personne. Je n'avais pas eu vent d'une quelconque mission ou d'un rassemblement au quartier général des rebelles, m'avait-on oublié ? Cela aurait été bien malheureux de me faire parcourir quelques centaines de mètres pour rien. Enfin... Pour rien était un bien grand mot, car, au pire des cas, je pouvais compter sur la présence de Tassannee. Cette rebelle pleine de vigueur d'accoutumance n'avait quand même pas l'air d'être motivée à s'entraîner, à moins que je me trompais.

- Et si l'on commençait sans les autres ?

Je ne posais pas la question par choix, c'était une proposition sans en être une. Elle était en tenue de sport, autant qu'elle ne soit pas venue pour rien, cette jeune femme que je n'avais pas eu le plaisir d'accueillir ces jours d'exercices depuis au moins trois semaines.

- Ca nous permettra de travailler de manière plus ciblée sur tes points faibles, si tu es d'accord.

Elle eût peu de temps pour me répondre que j'avais donné le top départ pour qu'elle me fasse des petits tours de terrain de course lente, pour l'échauffement. Il n'y avait rien de tel que mettre le corps en contact de la chaleur de manière accentuée. Commencer par des petits pas, un petit trot gentil pour préparer le corps à des brûlures infernales qui resteront présentes dans le corps deux bons jours. C'était la chose qui me manquait le moins : courir. A l'armée, les entraînements étaient beaucoup plus rudes que ce que je faisais faire aux rebelles et certains avaient tout de même le don de se plaindre. Le fait étant, que le jour de la grande bataille, ces petits résistants se trouveront contre bien plus fort, plus vif et plus entraînés qu'eux, je ne donne pas bien cher de leur peau s'ils ne se concentrent pas plus avec leur corps qu'avec leur esprit. On ne peut gagner l'un sans l'autre.

- C'est bien, accélère un peu la cadence et fais de plus grands pas, de cette façon, tous les muscles travailleront. Tu vas gagner en puissance et en régularité.

J'étais tout de même impressionné par cette femme. Elle en voulait. Peut-être un peu trop, mais sa volonté était beaucoup plus forte que la mienne. Bien qu'elle ne réfléchissait pas assez avant de se pousser dans le fossé, elle avait une détermination et un courage que j'avais, depuis quelques mois, perdu. Le souci étant qu'elle n'écoutait que très rarement les conseils devant les autres, bien capricieuse à l'idée de se faire voir inférieure aux autres, même à ses supérieures. Mais une fois seul à seul avec elle, je savais que je pouvais en faire une vraie combattante si elle apprenait, bien évidemment, à obéir et à écouter. C'était plutôt pas mal que les autres aient un peu de retard, travailler en solo permettait de voir les côtés défectueux de chacun pour une meilleure homogénéité de chaque personne au combat.

- Ca commence à faire mal, hein ? T'as pas envie d'utiliser toute cette rage que tu as en toi, toute cette énergie intérieure pour crier ce qui t'emmerde aujourd'hui ? Hein ?

Il fallait mettre le corps à bout, mais également le cerveau, et surtout le cœur. Pour que tout se mette en place entre un coach et son compatriote, il fallait que ça sorte, qu'il n'y ait pas de tabou, qu'il n'y ait pas d'interdit. Même si les choses n'étaient pas dites de manière compréhensible pour l'un ou pour l'autre, cela importait, il fallait que la jeune femme se livre comme un bouquin ouvert.

- Ca te fait souffrir* Huang ? C'est quoi le problème Soldat ? T'es faible aujourd'hui ? C'est ça ?

Tous ces mots que je sortais, toutes ces phrases que je lui mettais dans le nez n'étaient pas faits pour la faire chialer, non, mais pour qu'elle soit dégagée de tous maux, de toutes douleurs qui l'empêcheraient de s'entraîner convenablement aujourd'hui. A l'armée, on faisait très souvent craquer les recrues qui se montraient faibles de manière à les renforcer, de façon à les rendurcir. Combien de fois j'avais vu des potes chialer, combien de fois j'avais eu envie d'arrêter de courir pour aller ramasser des mecs en sanglots sur le terrain de courses ? Et tout ça, simplement parce qu'ils en avaient gros sur la patate, tellement qu'ils faisaient tous les exercices avec le corps, mais pas avec l'esprit, et que ça faisait sourire** notre chef de patrie.

Quand elle eût tout vidé, ou presque. Que j'eus compris tout ou la moitié, je la fis s'arrêter de courir et lui ordonnai de venir jusqu'à moi. Dans un élan de solidarité, je lui tapotai l'épaule la plus proche de ma main libre et la félicitai, lui expliquant alors que l'on pouvait vraiment commencer le travail, sauf si elle avait besoin d'une écoute plus attentive aujourd'hui.


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Dernière édition par Lu GengLi le Dim 12 Juin - 22:44, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: Make me stronger   Dim 12 Juin - 16:39

Et bam. Avalanche de reproches sous fond d’ironie. Je m’y attendais, mais c’est toujours désagréable, surtout de sa part. Oui j’ai de l’avance, vous devriez en être content ; non, je n’ai pas venir il y a un certain temps, nous avons tous une vie bien chargée et tout le monde a le droit de s’absenter ou d’avoir un peu de retard. Bon, c’est vrai que je les ai accumulés, mais je n’ai pas besoin d’un vieux boiteux pour me faire la leçon. Mon regard s’est naturellement porté sur lui à sa gentille remarque, mais il ne dégageait rien de sympathique. J’avais envie de lui répondre méchamment, quelque chose comme « C’est sûr, ça doit être un honneur tous les jours d’arriver à l’heure quand on est monopède ». Craignant les cent pompes, je préfère m’abstenir pour le moment. Pour l’instant, je me contente de lui répondre vaguement, histoire de lui faire plaisir.

« Tous les jours, il y a des miracles qui se produisent. »

Je ne croyais même pas à ce que je disais, m’enfin. Il croira ce qu’il voudra. Au moins, le ton de ma voix lui traduisait ma froissure. L’échange de cordialité étant fait, nous pouvons nous replonger dans le silence. Mais scruter les arbres ne me disait plus rien. Je soupire. Regarder l’herbe serait peut-être plus distrayant. J’avais l’impression que ma longue marche pour venir ici remontait il y a deux heures. Je me demandais si Mizui et grand-mère étaient levées à cette heure-ci, si elles prenaient leur petit-déjeuner…pensées qui s’écourtèrent par M. Lu et sa foutue canne. Qu’est-ce qu’il me veut ? Le boiteux s’ennuie aussi ? Fais-nous un tour de jonglerie. Je me redressai illico à sa canne, le regardant dans les yeux en attendant un ordre. Et mince…il a de suite compris que ça n’allait pas. Mes yeux n’eurent qu’une seconde de confusion avant que je lui répondisse avec assurance.

« Non, aucun, chef. »

Bref et précis. Stop les bavardages, il a déjà trop parlé. Malheureusement, il a vu que je n’étais pas honnête. Il réitéra sa question sur le même ton. Je pris un regard plus courroucé, fronçant les sourcils.

« Oui, voilà, c’est une affaire personnelle qui ne vous regarde pas. C’est ça. »

Curiosité satisfaite ? C’est bon ? On peut commencer maintenant ? Ah non, pas encore, les autres ne sont pas encore arrivés. Pourtant, on est bien samedi, non ? Je n’avais pas l’air de m’être trompée puisque lui aussi était là. J’allais scruter à nouveau l’horizon quand il me proposa de commencer sans eux. Comment sans eux ?! J’ouvris de grands yeux. Commencer sans yeux, en voilà un entraînement particulier. D’un côté, c’était très tentant. Fini l’ennui.

Il trancha pour moi. Sans broncher, je me mis sur la piste, trottinant à mon rythme. Mon rythme est naturellement plus rapide que les autres femmes ou de celui de beaucoup d’hommes rebelles du fait que je cours tous les matins. C’est ce que Kallem nous disait à la maison pour gravir ses premiers galons à l’armée, les avoir plus rapidement que ses camarades. Se lever une heure plus tôt pour gagner une heure de plus d’entraînement. Je lui ai volé l’idée pour devenir forte et sportive plus rapidement, mais…est-ce que ça valait la peine de faire vraiment tout ça ? Est-ce que ça valait le coup de se tuer en baskets si en fin de compte, je ne pouvais même prévenir les homicides d’un proche ?

C’est affreux, je ne peux pas même pas courir sans me replonger dans de sombres pensées. Peut-être que je n’aurais pas dû venir. Monsieur Lu m’encourage, mais je ne suis pas fière de ce que je fais. Il veut que j’accélère ? Très bien. Je m’exécute. Faisons de plus grands pas, travaillons les muscles comme il dit. A mon goût, c’était peut-être un peu trop tôt d’accélérer maintenant, je vais m’épuiser plus vite. M’enfin, si c’est ce qu’il veut, c’est lui qui décide, il s’y connaît mieux que moi. J’arrivais de moins en moins à penser. Je me concentrais sur mes jambes et mon souffle, mais une part de moi-même continuait à s’inquiéter. En trois tours, je commençais à en baver. Bon sang, ce n’est pas possible, je suis plus endurante que ça ! Et voilà qu’il me provoque. Bordel, comment je suis censée te parler en même temps que courir ?! Tout en gardant ma cadence, je lui répondis très brièvement à chacune de ces phrases.

« Oui ! … Oui ! … Ouiii ! …»

Oui ça brûle, oui j’ai cette rage. Inconsciemment, j’avais même accéléré. Wouaw, moi qui pensais que j’allais être bientôt à cours d’énergie. Il me fait faire des prouesses. A courir en rond à une vive allure, sur la durée j’entrais comme en transe. J’avais l’impression de fuir mes problèmes, mais que c’était vain parce qu’ils étaient là, là pour me rattraper dans ce cercle. C’est étrange, mais j’avais l’impression de les vivre. La tête était là, mais je ne pensais à rien, à rien d’autres qu’à maintenir la cadence, mais brusquement j’étais envahie par pleins d’émotions, celles que je vivais depuis quelques jours. Culpabilité, reproche à moi-même, impuissance, doutes…

« …Le problème…c’est moi ! … » C’était sorti tout seul, et il n’y avait pas que ça. « …Oui, j’suis faible ! … J’suis faible d’puis des jours !…des semaines !! … Ma sœur a…ma sœur est criminelle !… Elle a tué ! … Par ma faute !! … A quoi ça sert ?! … A quoi ça sert de courir ?! … A quoi ça sert l’entraînement ?! …A quoi ça sert la famille ?! … Je sers à quoi ?! … Je sers à quoi ?!... Ça sert à quoi ce que je fais ?! … »

Je ne sais pas si j’aurais pu continuer à scander ce monologue pendant ces sept tours de quasi-sprint. Mais à chaque fois que je disais un morceau de phrase, ce qu’il transportait s’en allait. C’était dur de maintenir son souffle et de garder la même allure, mais plus je m’épuisais, plus je me sentais légère. Ça me faisait du bien. Plus étrange, je n’aurais jamais dit toutes ces choses-là en temps de repos…dans cette course effrénée, elles m’assaillaient et débordaient de mes lèvres. Je ressentais l’immense besoin de m’en débarrasser.

En m’arrêtant, j’avais déjà bien transpiré. En si peu de temps, déjà essoufflée…j’espère qu’ils sont toujours en retard les autres, le temps d’une longue pause. Je n’en revenais pas de ce que j’ai dit…comment j’ai pu déblatérer tout ça…j’espère au fond de moi qu’il n’a rien compris. J'avais eu les larmes aux yeux à un moment, mais je sentais qu'elles s'évaporaient. Mais mon avis avait changé sur lui : si je ne l’aimais pas beaucoup de base, aujourd’hui je suis assez reconnaissante envers lui… Il m’a fait réaliser une chose : c’est que je n’y suis pour rien dans la mort du fiancé de Mizui.

Je vins près de lui, la respiration bruyante, les mains sur les hanches. Là, il me félicita et qu’on débutera le vrai travail. Même épuisée, je ne ressentais pas les besoin de le contester. Je hochai de la tête. Il rajouta qu’il était prêt à m’écouter si j’en avais encore besoin. Je ne l’avais jamais vu comme ça. Si attentif envers nous, pauvres bipèdes, je pensais jusqu’à maintenant qu’il était comme ça par jalousie de nous voir tous et toutes marcher et courir sur nos jambes. Je m’étais lourdement trompée. Avalant ma salive, je redressai la tête pour le regarder, recouvrant un peu de souffle.

« Ça ira, mais merci…ça m’a soulagé. Vraiment, je vous remercie. Merci beaucoup. Je vous ai mal jugé... »

Ce n’était pas toutes les séances que je lui disais ça. Qu’il le note et le retienne. Mais c'est vrai. Je me sentais tellement mieux…à la fois bien et vide. Grâce à lui. Malgré l'apparence qu'il se donne, il peut être d'un incroyable exutoire. Je n'aurais jamais pensé qu'il puisse se préoccuper de ce que j'ai dans la tête, de tous mes problèmes en général. Je me redresse, et regarde un peu plus loin. Ils arrivent. Je leur compte cinq bonnes minutes avant qu’ils soient à notre hauteur. Dommage pour la pause. Dans un coup de chaud, je retirai ma veste pour la nouer à ma taille, dénudant mes épaules tonifiées. Je resserrai ma queue-de-cheval, et le regardai à nouveau. Vite avant qu’ils ne viennent jusqu’ici et entendent.

« Est-ce que je peux vous demander quelque chose, chef ? »

C’était un peu hésitant, mais rien à voir avec tout à l’heure. J’avais pesé mes mots pour ne pas que ça paraisse trop louche avec ce que je lui ai avoué en pleine course. Le cœur battant, je ne lui écourte son temps de réflexion, le regardant droit dans les yeux avec détermination.

« Je peux rester plus longtemps à Naji. Est-ce que je pourrai revenir cet après-midi ? Ou demain ? »

C’était un peu osé de lui demander de prendre autant de temps pour moi. Mais j’étais sincère. J’ai fait fi de mes doutes, mais j’ai besoin de me renforcer. Seule avec lui, j’ai l’impression que je pourrai avancer plus vite. Je sais à présent qu’il saura me remonter le moral tout en améliorant mes performances. C’est exactement ce qu’il me faut. Quelqu’un comme lui, expérimenté.


 
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MessageSujet: Re: Make me stronger   Dim 12 Juin - 18:50

- Demain. Je serais plus disponible demain dans l'après-midi.

J'avais répondu du tact au tact à sa question, bien qu'elle me fût un peu familière. Après les remerciements et les compliments que la jeune femme m'avait balancés à la figure, j'étais un peu déséquilibré et pourtant, je serrai bien mon morceau de bois ! Pendant une courte période de silence, d'ailleurs, je l'avais fixé, un peu stupéfait de sa proposition, quelques secondes qui parurent des minutes. Heureusement le ricanement de certains rebelles prêts pour l'entraînement me firent revenir à la réalité très vite. D'un coup de regard nonchalant, je fronçai les sourcils et tins en grippe les petits cons qui firent leur apparition auprès de la demoiselle.

- Vous arrivez en retard et vous osez manquer de respect à votre coach de la sorte ? Vous pensez que, parce que nous nous trouvons à Naji, il vous est possible de réagir comme des animaux de ferme au petit matin ?! Cinquante pompes, et en moins de deux minutes s'il vous plaît. Je n'ai pas la journée devant moi.

Mes yeux ne se fermèrent aucunement dès l'instant où ma bouche se mit à déballer tous ces mots pestés à la figure de ces impolis. Aussitôt dit, aussitôt fait. Ils ne bronchèrent plus et exécutèrent mes ordres comme si j'étais le diable en personne qui venait de leur faire un compromis : les pompes ou la mort. J'étais d'ailleurs rapidement satisfait bien que cela ne puisse se lire sur mon visage impassible. Quant à la jeune Tassannee, je lui fis signe de marcher un peu plus loin, de manière à ce qu'elle puisse reprendre son souffle après cette dure course qu'elle venait de s'infliger à elle-même. Elle accomplit mon commandement sans mot dire et je la remerciai rapidement d'un hochement de tête avant de me concentrer sur ces petits chenapans.

- On monte plus haut que ça les bras, bande de fainéants ! Je n'ai pas de temps à perdre. Allez, allez !

Je ne devais pas être vraiment apprécié du groupe de sportifs. Ils devaient, d'ailleurs, venir aux entraînements à reculons, simplement parce que c'était nécessaire à leur survie le jour où il faudrait utiliser les exercices à bon escient. A l'heure d'aujourd'hui, je me voyais mal me familiariser avec l'un d'entre eux, je n'étais pas réellement dans leur cœur et, le fait de ne pas être plus présent au quartier général, faisait de moi un branquignole. Un mec qui voulait que tout le monde fasse bien alors que lui ne pouvait rien faire. Malgré tout, suite aux paroles de la jeune femme, elle si active dans la rébellion, j'espérais, un peu, qu'elle prenne désormais ma défense si jamais des fripons de la résistance se plaisaient à dire des méchancetés en mon égard.

Les pompes furent néanmoins terminées en deux minutes et treize secondes. Ils auraient pu faire mieux, s'ils s'étaient arrêtés de geindre des maux qui n'avaient pas atteints leur maximum. J'étais un peu agacé, une fois de plus. Heureusement qu'ils n'avaient pas fait l'armée ceux-là. Cependant, je ne pouvais leur en vouloir, ils avaient effectué leur boulot pendant la semaine, ils étaient même venus à deux entraînements au cours des cinq derniers jours, ils en avaient plus qu'assez d'être pris pour des cancres. Flâneurs, ils ne l'étaient pas. Et je le savais bien que je ne le démontrais pas, ou peu. Ils avaient la même vie que tous nos concitoyens, la seule chose qui changeait, c'est qu'ils se battaient tous les jours pour les libertés de tous. Ils auraient pu avoir les honneurs, si le gouvernement n'était pas la première cible.


- On ne reste pas sans rien faire allons ! Dix minutes de sprint et on ne triche surtout pas. Je ne veux pas voir l'un d'entre vous se plaindre de quoi que ce soit. Allez... Maintenant !

Tassannee, qui avait déjà fait l'exercice, était mise sur le côté. Quelle bonne chose pour elle d'être arrivée, pour une fois, en avance. Cela lui permettait d'oxygéner ses muscles pour la suite des exercices qui n'allaient, en aucun cas, être de tout repos et ça, je me le jurais à chaque fois que nous nous retrouvions tous dans cette plaine. Au quartier général, les instructions étaient moins compliquées par manque de place, mais, ici, il n'y avait aucune excuse valable. De plus, le vent était au rendez-vous, impossible de voir tomber certains coéquipiers comme des mouches à cause de la chaleur. Et ça tombait plutôt bien, car vu le retard que nous avions sur le cours de sport, je les aurais achevé moi-même sur place à l'aide de ma béquille en bois !

Par la suite, Tassannee rejoignit le groupe pour effectuer les autres actions, aussi éreintantes que les jours précédents, à un détail près : l'évolution des activités demandaient à ce que les séries soient plus longues et plus nombreuses. Bien sûr, j'aurais pu en perdre plus d'un pendant la pratique, mais il fallait toujours aller jusqu'à la limite du corps pour pouvoir toucher l'esprit dans le fond. Et ça, s'ils n'arrivaient pas encore à le comprendre, un jour, ils en apprendront l'utilité, quitte à ce que ce soit uniquement sur le champ de bataille que ça se produise, ma présence auprès d'eux n'aura pas été vaine.

Après une heure et demi de douleurs et de massacres respiratoires, je signai la fin de la journée d'entraînement pour le plus grand bonheur de tous, de ma personne aussi, d'ailleurs, puisque j'avais l'intention de profiter de ma fille le reste de la journée. Nous avions à préparer les poissons prêts à la consommation pour le lendemain matin à l'aube, il ne m'était pas permis de m'éterniser en ce lieu. Je félicitai brièvement mes compatriote de la liberté, tapant de mes deux mains jointes avec un air mesquin sur le visage.


- Vous pouviez faire mieux, malencontreusement, vous n'y étiez pas tous à cent pour cent pour que je puisse être fier de cette journée... Du coup... La semaine prochaine, je corserai un peu plus les choses.

Certains se permirent de juger ma façon de faire, se plaignant que c'était déjà assez difficile comme ça et qu'ils ne savaient pas comment expliquer à leur proche le pourquoi ils étaient aussi fatigués, à bout de force, après être passés ici. Bien évidemment, je m'en fichai et pour seule réponse je leur tournai le dos, repartant alors vers le chemin qui me mènerait à la maison.

Je n'avais bien sûr pas oublié le rendez-vous de la jeune femme le lendemain. D'ailleurs sur le parcours du retour, mes pensées n'étaient dirigées que par ces phrases qu'elle avait prononcé et cette demande presque suppliante et timide qu'elle m'avait avancé. Je n'en saurais pas plus. Elle m'avait indiqué l'endroit où elle voulait que nous nous retrouvions. J'y serai, comme je lui avais répondu par la positive, je ne pouvais me résoudre à la laisser planter à cet endroit le lendemain. En attendant, près d'une demi heure plus tard, enfin arrivé à destination, seule ma fille me permit de m'enlever ce moment de la tête, elle m'agrippa la jambe valide, contente de me retrouver après une absence aussi longue. Demain ne sera toujours que demain.


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MessageSujet: Re: Make me stronger   Jeu 16 Juin - 21:23

J’avais tellement qu’il refuse ; mais visiblement, il était de mon côté aujourd’hui. Joie et soulagement. Je lui avais fait un beau sourire en lui donnant un lieu avant de rejoindre les autres. Les pauvres, le chef Lu ne les avait pas épargnés. Je me suis donc mise sur le côté pour marcher, comme M. Lu me l’avait demandé. Je les ai donc regardés subir les premières minutes de torture avec délectation. De temps à autre, je leur lançais quelques encouragements moqueurs. Oh ils ne l’ont pas mal pris, non ; ils ont juste râlé. Nous étions un groupe qui nous nous apprécions bien entre nous, alors quelques moqueries pouvaient passer. Je me suis jointe par la suite, et tout s’est déroulé normalement. Mais les remontrances du boiteux les avait particulièrement déplus aujourd’hui. Mais comme d’habitude, le boiteux en question s’en fichait de leurs états d’âme. Aussi, sur le chemin du retour, j’ai joué l’assistante sociale.

-Tu te rends compte, on donne le meilleur à chaque fois et il n’est jamais content ! Déjà que mes proches ont des doutes…
-Au moins on ne s’endort pas avec lui. Pour ta famille, arrête, tu as mille excuses à leur donner…
-Tu l’aimes bien toi aujourd’hui, c’est nouveau.
-Ah non, pas du tout. Tu rêves.
-Arrête ! On a bien vu que t’étais sa chouchoute aujourd’hui.

J’ai soupiré en levant les yeux au ciel. La chouchoute de Lu, on aura tout entendu. Il m’a juste fait une fleur parce que j’étais à l’heure, redescendez sur terre, les mecs ! Mais je les comprenais, si c’était une autre fille qui avait été à ma place, j’aurais réagi pareil. C’est tellement rare que Lu nous ménage, ça ne pouvait faire que des jaloux et des envieux. D’ailleurs, j’ai remarqué un ou deux qui ne m’avait pas adressé la parole aujourd’hui. Ça leur passera. J’ai retrouvé Mizui à la maison, le cœur plus léger. Je l’ai aidé pour le déjeuner. Toujours pareil pour elle. Mais maintenant, j’avais plus de force pour l’aider à surmonter cette épreuve. Aussi, nous avions passées le reste de la journée ensemble après une bonne douche. Cet entraînement particulier avait vraiment remis les compteurs à zéro.


Le lendemain après-midi, j’avais tout prévu. La tenue, le lieu, le matériel, et l’excuse. Tenue : significativement la même que la veille mais en plus propre. Lieu : cette fois-ci, j’ai choisi un lieu beaucoup plus proche de chez mes grands-parents. Je me passerai bien des deux heures de marches. Plus à l’est, c’était plus proches des collines, dans une vaste clairière dans la forêt. Matériel : sur ce point-là, j’ai fait fort. Je ne sais pas du tout ce qu’il pouvait me concocter, alors j’ai amené des petites choses avec moi. La veille, j’avais demandé à grand-mère s’il restait d’anciens équipements de père ou de Kallem, ou bien encore de grand-père. A mon grand bonheur, mamy gardait tout. J’ai donc emmené tout ce que je pouvais dans un grand sac dans cette clairière. Le matériel en question : j’ai dû faire un choix dans cette caverne d’Ali baba, mais j’en suis très contente. J’ai pris un sac-à-dos, des poids, des harnais (à quoi ça pouvait bien servir à l’armée ?), deux ou trois armes (des vieux famas il me semble) avec les munitions, une boussole, une carte incompréhensible, une trousse de secours, et pleins d’autres babioles qui devaient servir pour la communication. Je m’étais dit que les connaître nous serait utile entre rebelles. J’ai donc embarqué tout ça dans un grand sac ayant appartenu à mon grand-père quand il a fait l’armée, et je me suis mise en route juste après le déjeuner.

Et l’excuse me direz-vous ? Eh bien, je n’en ai pas vraiment fournie. Après le déjeuner, la grande activité de mes grands-parents est la sieste. Il est facile de tromper des personnes âgées. J’ai juste prévenue Mizui que je repartais à l’entraînement, mais que je ne savais pas quand je rentrerai. Elle n’avait pas été surprise pour le moins du monde. Elle m’avait vue organiser tout ça la veille. J’étais désolée de ne pas pouvoir passer plus de temps entre sœurs. Mais je lui avais promis que je reviendrai très vite, certainement la semaine prochaine. J’avais besoin de m’investir deux fois plus qu’avant. Je ne sais pas comment j’allais gérer ça les jours à venir, mais je saurai me débrouiller.

J’étais donc encore une fois en avance pour raisons techniques. Il faisait grand soleil, mais il faisait bon. J’attendais tranquillement sous un arbre, assise contre le tronc, une jambe allongée et l’autre pliée, mon sac à côté. Il était 13h57. Il n’allait pas tarder. J’ignore où il habite. Nous nous sommes toujours retrouver sur ce terrain vague. Cette clairière en pleine forêt était connue des chasseurs des environs, et un peu plus loin on m’avait dit qu’on pouvait trouver quelques piscicultures, aussi je pense que nous allons migrer ailleurs pour rester discrets. J’espérais que ça ne le faisait pas trop marcher. Mine de rien, ça devait être une drôle de vie de marcher avec une canne si jeune, comme si on avait gagné soixante plus de plus. Je me demandais ce qui lui avait bien pu arriver dans la vie, parce qu’en réalité je connaissais très peu monsieur Lu,  GengLi de son prénom.

J’avais entendu parler de lui pour la première fois au quartier général, quand je cherchais des entraînements en pleine justement. Lu GengLi serait le seul à en donner à Naji, et de bouche à oreille on me l’avait conseillé d’après mon niveau. J’ai donc foncé. Mais depuis, je n’ai pas plus appris que ça de lui ; mise à part que c’est un ex-militaire, mais ça, ce n’était pas compliqué à deviner après une séance. Après, je me suis familiarisée avec les rebelles de Naji, et j’ai eu un peu plus de retours sur lui. Autoritaire, froid, sans-cœur, taciturne, non il n’avait pas un très beau portrait. Il y en avait quelque uns qui lui avait trouvé un surnom charmant par moment.  Et pourtant, un miracle s’est produit hier…alors est-ce que j’ai eu de la chance ou est-il plus chaleureux qu’il ne laisse le supposer ? A voir. Jusqu’à maintenant, j’étais plutôt d’accord avec eux. Je souffrais, mais…c’est parfaitement ce que je recherche. En deux ans, j’ai vu mon niveau considérablement grimper, et certains exercices étaient un peu trop faciles. Les entraînements spartiates de GengLi m’aident à ne jamais stagner. Mais parfois, je trouve qu’il est effectivement trop dur. Nos entraîneurs de Dalis ne nous ménagent pas, mais ils ne nous mettent pas autant de pression durant l’effort.

Dès que je le vis, je me relevai sans me faire attendre. Je lui souris, et lui balançai un festival de courtoisie et de bonne humeur.

-Bonjour, chef ! Comment allez-vous ? J’espère que ça ne vous a pas trop fait marcher. On peut aller plus loin si on est trop prêt de la ville. Allez, place à la sincérité. Le sourire moins forcé, et le cœur bien présent, je le remercie comme il se doit. Merci d’avoir accepté. J’avais peur de vous…de, que vous vous vexiez.

Je déteste ne pas trouver mes mots, mais tout bien réfléchi, j’aurais pu juste répondre « Mais j’avais peur de vous » point. Non, jamais j’aurais répondu un truc comme ça. Me faire passer pour une victime, non merci. Mais il y a une part de vérité ; nulle ne sait comment il peut réagir. Ce devait être ça cette anxiété.

- Autre chose…

Allez Tassanee, passons aux choses sérieuses. L’entraînement. Je vais vous montrer ce que j’ai. A la suite de ce bout de phrase, je me baissai pour m’accroupir près de mon sac. Je l’ouvris. La gueule du sac s’ouvrit en grand, laissant voir les équipements rangés en vrac. J’étais sûre de faire bonne impression avec ça. Il verrait à quel point je suis investie, tellement que j’emmène des objets de guerre pour apprendre à les utiliser. Il va être fier de moi. Je commence à prendre un objet au hasard pour les lui présenter en gros.

- J’ai trouvé tout ça dans les affaires de ma famille. Je m’étais dit que ce serait bien de s’entraîner avec quelque unes, comme font les vrais militaires.

Je pose l’objet près de moi. Puis, je pris l’un des famas. Bon, elles auraient besoin d’un peu d’huile, mais je pense qu’elles sont encore opérationnelles. Celle que j’ai prise, je sais que c’est celle de mon père quand il était plus jeune. Peut-être que mon coach connaissait le modèle. Ils n’ont pas l’air de changer beaucoup leurs armes à l’armée. Je me tournai vers lui, lui expliquant un peu plus ce que j’attendais.

- On ne travaille jamais avec les armes. J’ai peu d’occasion de m’entraîneur avec à Dalis. Je pense que c’est un point faible qu’on pourrait travailler. En face, nos ennemis en ont tous une. On devrait tous savoir les utiliser pour tuer du militaire !

Ou plutôt JE rate tous les entraînements de GengLi avec les armes. Je pense que c’est plutôt ça. Mais quoi qu’il en soit, c’est un fait : je suis mauvaise au tir. Dans ma tête, je ne tiens pas en place, alors rester les bras en l’air à viser une cible, c’est encore trop pour moi. Pas sûre que je serve à quelque chose si je rate ma cible trois fois sur quatre. En pleine mission, je me mettrai plus en danger. Il était donc impératif pour moi que je m’entraîne aux armes, ne serait-ce que pour me défendre. Après tout, on n’est pas là pour faire la paix. On est en guerre et on fait la guerre. Je ne savais pas pourquoi, mais j’ai l’impression qu’il n’était pas de mon avis sur ce coup-là…


 
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MessageSujet: Re: Make me stronger   Dim 19 Juin - 16:53

- Tuer du militaire... Il me semblait que les rebelles combattaient le despotisme et non les pions qui le servent. J'ai dû mal comprendre la cause pour laquelle je pensais pouvoir me battre.

Ma voix s'était faite très autoritaire pour le coup. J'étais bien conscient que l'on n'allait pas prendre le thé avec le gouvernement le jour venu, mais de là à réclamer que le sang de beaucoup d'innocents envahissent la vallée, c'était beaucoup trop. Il fallait que je recadre ce soldat au plus vite avant qu'elle ne fasse des amalgames un peu sur tout, et, de ce fait, sur n'importe quoi. On ne pourchassait pas les soldats de la dictature, mais la dictature en elle-même. Ces gens-là, ceux dont elle parlait si gravement, étaient des gens comme les autres qui n'avaient pensé à rien d'autre, si ce n'est à servir le peuple dans lequel ils étaient nés, avec lequel ils avaient grandi. Ce n'était que des marionnettes à qui l'on taisait les plus grandes trouvailles d'antan et à qui l'on n'avait aucun scrupule à mentir. Au final, ils sont comme les autres, comme nous autres, à un détail près : ils servent les méchants. Malgré tout, ils pensent faire leur devoir et c'est ça qu'il faut retenir. Du coup, tuer pour tuer n'a aucun sens. Pour moi, personnellement, il fallait toucher les plus hauts placés du gouvernement et essayer de sauver ceux qui restaient en contrebas. Facile, dirons-nous, mais loin d'être impossible.

- J'aimerais, avant que je ne jette un œil dans les affaires qui te rendent si fière, que tu te mettes une chose en tête : ne penses pas que je suis là pour que vous coupiez la tête à tous ceux qui n'ont pas la même pensée que vous, que vous puissiez juger sans foi ni loi qui doit vivre ou mourir. Je vous aide simplement au cas où, le moment venu, ça se passe mal, au cas où un imprévu survient et que vous n'ayez d'autres choix que de sortir les armes... Mais ces gens-là, ceux dont tu parles, sont nos semblables. Les tuer vous ferait devenir aussi cons que ces dictat' qui font la loi. Et je doute que ce soit réellement ce que les rebelles valent. Nous sommes bien clairs?!

Elle n'avait pas bronché pendant mon monologue, et heureusement pour elle. Je n'étais pas du genre à me laisser faire, d'autant plus que j'étais l'un des militaires dont elle parle, et que j'aurais pu me retrouver face à eux si ma femme ne s'était pas faite prendre par mégardes. J'étais cloué comme un piquet, me retenant limite de lui coller une gifle pour ce qu'elle venait de déblatérer, y croyant dur comme fer en plus de ça. Je l'avais fixé avec mes traits tirés, mon visage froid et dépourvu d'émotions. Je sentais en elle beaucoup d'audace, mais je doutais qu'elle sache vraiment ce que c'était, une bataille. Faire mourir des personnes que l'on ne connaît pas simplement pour le bon vouloir d'une personne, ça ne faisait pas de bien, non. Et moi aussi, des années en arrière, je ne demandais que ça : tuer des négligés. Le jour où ça m'est arrivé, je ne me suis senti comme un meurtrier de bas étage, un moins que rien, un stupide de plus. Malgré que j'étais presque sûr qu'elle le pensait à moitié, elle confirma mes mots. Je soupirai, avec elle, c'était limite peine perdue. Cela dit, il faudrait peut-être que je parle à un rebelle plus avantagé de manière à faire comprendre à ces intrépides que la mort, ce n'est pas un jeu. Que la mort, c'est une réalité qui nous pourchasse toute notre vie. Bien. Qu'avait-elle donc amené ?

- Voyons voir ce que tu nous as dégoté là Soldat Huang.

Je penchai légèrement ma canne de façon à me renverser vers les objets miraculeux qu'elle avait déniché je ne sais où. La liste n'était pas longue, mais il y avait de quoi faire. Mis à part le harnais dont on ne se servirait pas, à moins que nous soyons catapultés de par les airs, il n'y avait aucun intérêt à se pencher dessus. Des poids, très bon pour muscler des bras, parce que oui, les vieux outils de l'armée que l'on utilisait pesaient une tonne, et, forcément, s'il fallait les utiliser, je disais bien si..., alors il faudrait être capables de les supporter du début à la fin, ce qui semblait, pour l'heure, à la limite du possible. La communication. Très importante ! Je prenais alors dans l'une de mes mains l'un des talkie-walkie et le scrutai dans toutes ses formes. Une grosse boite noire avec un haut parleur, une petite roulette pour se mettre sur la bonne ligne. Vu l'enveloppe de ce dernier et la lourdeur de l'outil, j'aurais bien dit qu'il datait des années 60-70, sans en être certain à cent pour  cent. Ici, à Lansan, nous n'utilisions plus ce gadget, et c'était l'un des avantages puisqu'il était difficile, d'un objet à un autre, de s'entrecroiser, à moins de ne pas être bien intelligents : certaines lignes s'étaient ajoutées dans les nouveaux, mais d'autres avaient disparu également, nous pouvions donc avoir l'avantage avec cet outillage. Le petit moins : le poids et l'imposant poste de commande. Avec ces talkie-walkie, une grosse mallette devait les accompagner. Cette dernière se situait logiquement dans le poste de commande principal, les petits portatifs ne servaient qu'à donner les ordres et prendre des nouvelles des troupes qui pouvaient répondre par des messages rapides, normalement étudiés avant la bataille, afin de ne pas brouiller les lignes. Bon. Peut-être l'avait-elle oublié. En même temps, il était assez gros, beaucoup trop pour qu'elle puisse l'emporter dans un sac.

Les armes, maintenant. Un pistolet de type 14, sûrement des années 30, un très beau spécimen pour son âge et qui avait l'air d'être en parfaite santé. Étrier de verrouillage inversé, bon, ça ne devait pas tellement poser de problèmes, il fallait simplement s'y habituer. Le souci, avec ce genre d'armes, c'est encore et toujours le poids, mais une fois habitués, les petits soldats de la liberté n'auront aucun soucis. Le calibre devrait être du neuf millimètres, peu rare, donc vachement pratique pour le coup et peu cher s'il fallait s'en procurer au marché noir. Il faudrait tout de même penser à la décrasser un peu, aujourd'hui, il serait donc inutilisable. Par contre, je fus surpris par son voisin, beaucoup plus imposant, mais tellement plus jeune et facile d'usage : le famas commando ! C'est l'une des rares fois où j'ai pu voir un outil pareil. Très rares sur le marché, je ne m'en suis jamais servi, par contre, il m'est arrivé de porter son fidèle frangin le G1. J'arrêtais subitement mon épilogue, parce que oui, certaines de mes pensées sur tel ou tel objet s'évadaient de ma bouche et la demoiselle ne devait rien comprendre à mon charabia de militaire fanatique. Je raclai alors ma gorge et, tout en rangeant le matériel, je m'adressai à mon interlocutrice.


- Pas ici. C'est bien trop risqué et bruyant. Si nous prenons cette responsabilité de nous entraîner ici, il n'en adviendra pas seulement de nos vies, mais celles de tous nos compatriotes réunis. Éloignons-nous d'un kilomètre.

Un kilomètre, pour un homme dont l'une des jambes était déchue, c'était loin et très long. Je lui indiquai alors que j'avais ma charrette attelée de mes chevaux derrière des broussailles, je lui demandai gentiment de me suivre une fois son sac sur le dos de nouveau. Je ne pouvais pas m'aventurer à le porter, malgré mon envie d'être un gentleman... Ou pas. Finalement, elle voulait s'entraîner, l'entraînement commençait alors dès maintenant.

Dès lors que nous nous étions installés dans ma charrue, je me tus. Je pensais alors au passé, aux chers amis de l'armée que j'avais ou n'avais plus. Je pensais alors à ces durs entraînements, mais également à ce qui suivait après, avec les autres recrues. Mon esprit était ailleurs et je n'avais pas réellement envie de taper la discussion avec ma voisine de voiture. Loin de là. J'aimais être au calme, surtout avant un exercice où les armes étaient nos alliées, et parfois même nos ennemis. J'avais besoin d'autant de concentrations que le Soldat Huang et j'espérais, d'ailleurs, qu'elle puisse en faire autant. Ce n'était pas rien de tenir une arme, on se sentait un peu tout puissant, sans vraiment l'être, surtout les premières fois.

Arrivés à l'endroit qui me semblait être le bon, je fis arrêter les chevaux de trait d'un petit claquement de langue au palais puis me mis à descendre, ordonnant alors à la jeune guerrière de faire de même, d'aller chercher le sac et de venir à moi, en plein milieu des bois. C'était un endroit rempli d'échos, un endroit où, si des militaires du gouvernement se trouvaient dans le coin, ils mettraient du temps à nous trouver, et nous aurions donc le temps de nous échapper avant l'assaut. Les échos pouvaient être notre pire cauchemar, mais également des associés. Il fallait simplement réfléchir à la manière de les utiliser. L'emplacement était le bon, j'en étais sûr d'après ce que j'avais pu apprendre dans la salle d'apprentissage de l'officier chargé des missions dites « intelligentes ».


- Sais-tu combien pèse ce semi-automatique après une demi heure de port même si tu décides de rester sur place ? … Deux tonnes. Imagine alors que tu dois te balader avec dans une position des moins confortables : sur l'épaule, tu lui rajoutes le double. Et si tu l'utilises, tu lui ajoutes le quintuple. Travailler avec des armes aussi imposantes n'est pas de tout repos et, pour ça, il faut revigorer tes épaules. Tous tes muscles qui se trouvent aux omoplates, au niveau de la nuque et de tes bras vont te faire souffrir à un point où tu te sentiras presque mourir avant même d'avoir commencé la bataille. Surtout que, pour un famas de la sorte, les à-coups que tu vas recevoir lorsque tu appuieras sur la gachette te propulseront légèrement en arrière … Tu as bien fait de prendre tes poids …

L'air mesquin, je lui montrai alors qu'il était temps de les sortir et de s'aviser à quelques exercices qui lui feraient prendre du galon, mais également qui lui feraient sentir la douleur qu'elle devrait surmonter. Après quoi, il sera temps de lui faire prendre l'arme comme il se doit. Pendant ce temps, alors que je la regardais exécuter mes ordres comme un vrai petit pantin, je me permis de nettoyer l'arme dont elle se servirait par la suite : le fameux commando de 40cm. Une beauté qu'il fallait malgré tout astiquer, ce qui permettait, en même temps, d'être sûr qu'il n'existe pas de déraillement quelconque qui pourrait mettre ma petite protégée en danger.


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MessageSujet: Re: Make me stronger   Mer 29 Juin - 15:01

Si je m’attendais à ça…qu’est-ce que je le déteste quand il me reprend comme ça. Passant du choc à l’intimidation, je l’écoutais en le regardant dans les yeux, assez soumise pour le coup. La position ne m’aidait pas à retrouver une quelconque domination sur lui. Toujours accroupie près de mon sac, je me contentai d’hocher de la tête, ayant perdu ma langue en route. A ce moment-là, j’avoue qu’il me faisait assez peur. Mais j’étais loin d’être d’accord avec ce qu’il me disait. Oui il nous aide, mais il fait plus ça. Et s’il croit que l’on fera une différence le jour de la grande bataille, il se fait de graves illusions. Malheureusement, tous ceux qui ont participés d’une façon ou d’une autre à ce système, alors qu’ils avaient la possibilité de faire comme nous, ne méritent pas de vivre. Je le pense fermement et ce n’est pas lui ou un  autre grand fou qui me fera changer d’avis. Jamais je ne m’ôterai de l’esprit tous nos frères et sœurs rebelles trépassés injustement à cause de tous ces traîtres. Mais soit, donnons-lui raison pour avancer. C’est quand même incroyable de trouver un froussard comme lui parce que monsieur a perdu une patte dans une bataille.

Regardant les objets de ma famille, je le laissai faire son inspection. Je ne portais plus d’espoir sur ça. Mais chose surprenante, je le vis pour la première fois s’intéresser à quelque chose intensément. Je le regardais, à la fois intriguée et amusée. Je ne pus retenir un petit sourire en coin. On aurait dit un papy qui redécouvrait un album de famille. J’aurais aimé que les autres aient été là pour voir le commandant Lu. Je me demande bien quel grade avait-il dans l’armée.
Quelques instants plus tard, nous avons grimpés sur sa charrette pour s’éloigner de la population. Oui, moi citadine, je suis montée sur cet engin pour la première fois de ma vie. Le sac n’était pas léger sur mes épaules, mais je ne me suis pas trop mal débrouillée pour grimper et m’asseoir à côté de lui. Très rural, mais très agréable.

Arrivés à destination, j’obéis à Lu. Il y avait effectivement beaucoup d’échos par ici, ce qui ne me plaisait guère. Je ne suis pas bête, je sais qu’une arme est bruyante. Dans cette horrible clairière, j’ai un peu peur d’y laisser mes tympans, mais j’essayais de ne pas y penser. Face à Lu en attendant de nouveaux ordres, ce boiteux se fit un plaisir de me décourager sur le port d’une arme. Je le fixai –assez vexée- mais impassible à ses paroles. Alors comme ça, j’allais me « sentir mourir » ? Mais bien sûr. S’il croyait que j’allais me dégonfler après lui avoir demandé de moi-même de m’entraîner, il me sous-estimait bêtement.

Bien, les poids. Echauffement du haut du corps pour commencer. Je pris le petit poids –mais qui me paraissait déjà bien lourd- pour échauffer les biceps. J’effectuais une série sur chaque bras de quinze répétitions en faisant le même geste horizontal où il faut juste soulever et remonter du ventre à l’épaule. Ensuite, j’échauffais les triceps en décalant une jambe en arrière. Me remettant debout, j’effectuais différents mouvements pour échauffer l’avant, l’arrière et l’ensemble des épaules, alternant toujours un bras puis l’autre pour une série de quinze répétitions toujours. J’ai dû y passer un bon quart d’heure. C’est là que je réalisai que je manquais cruellement de muscle en haut du corps. Mes poids ne faisaient que cinq kilos, pourtant j’avais l’impression de soulever des montagnes…à mi-parcours, je commençais déjà à m’essouffler.

Mais c’est en partie ma faute. A Dalis, je pratique comme les autres la musculation, mais je me suis peu focalisé sur les bras ou le torse…pour moi, c’était une routine de mec. Moi qui voulais garder ma féminité envers et contre tout, j’ai surtout travaillé le cardio, les jambes et la souplesse pour être fluide au combat au corps à corps. Mais actuellement, je comprenais mieux pourquoi les hommes se donnaient autant de mal pour avoir des biceps et une poitrine d’acier. Une fois terminée, Lu me rappela. Ma veste à ma taille, je laissai lourdement retomber le poids pour revenir vers lui d’un pas lent…pour tout dire, j’appréhendais la suite. Et s’il avait raison tout  à l’heure ? Je ne l’avais pas cru un mot, mais j’avais peut-être tort…

Nous passons enfin au maniement de l’arme. Ça me redonna le sourire. Contente de passer aux choses sérieuses. A ses ordres, J’étais toute excitée…Lu ne pouvait pas savoir ce que ça signifiait pour moi. Moi, Tassanee, fonctionnaire de bureau, je vais être l’une des rares femmes à tenir une arme dans ses mains, pour de vrai…pour n’importe quel citoyen lambda, c’est du jamais vu. J’écoutais donc toutes ses instructions d’une attention que je lui ai rarement gratifiée, les yeux animés d’une excitation singulière. Je vais tenir une arme…un vieux rêve de puissance qui allait se réaliser ici et maintenant. Je n’avais jamais connu une telle excitation. C’était un mélange de joie et d’appréhension. Je m’imaginais déjà à la tête d’un bataillon, fièrement armée contre l’oppresseur. A sa demande de confirmation de lui obéir, je lui hochai la tête automatiquement. Je n’en pouvais plus d’attendre.

Les arbres et les buissons nous serviront de cible selon ses dires. Bien. Je me plaçai comme il me dit. C’est là qu’il me tendit l’arme en question. Je la pris comme il me le disait. Elle était affreusement lourde. Mais bizarrement, je ne me sentais pas écrasé sous l’engin…comme si son poids me donnait de la force pour honorer sa puissance. Je la reluquais dans toute sa longueur, regardant son canon et mes doigts la tenir avec un certain émerveillement sur le visage.

- C’est incroyable… Marmonnais-je. Un murmure qui était sorti tout seul de ma bouche, et qui était destiné à aucun autre interlocuteur que moi-même.

Je sentais que je pouvais aller loin avec un tel objet…que rien ne pourrait m’arrêter, pas même mes collègues de bureau, pas même mon frère militaire, pas même le Dictateur. Je pourrais rentrer dans n’importe quel endroit, j’en suis sûre, je me ferais respecter par tout le monde. C’est là que j’eus un éclair d’inspiration. Il fallait tout de suite que je le communique à Lu, il ne pouvait qu’être d’accord avec moi. Reportant les yeux sur lui qui se trouvait encore près de moi, et le lui partageai avec une certaine passion.

- Franchement, vous ne trouvez pas que si nous tous, tous les rebelles, avaient une arme, on pourrait prendre des villes entières dans différentes provinces et créer un contre-pouvoir. Voyant son regard resté insensible, je me disais qu’il allait falloir expliquer un peu mieux la chose. L’armée ne surveille pas de nombreuses villes, comme Naji. Ce serait facile de prendre le pouvoir de plusieurs d’entre elles sans passer par une guerre civile, juste munissant quelques-uns d’entre nous de ces objets.

Magnifiques objets aurais-je dû dire. J’abordai un magnifique sourire sur ces derniers mots, pour appuyer mon propos et convaincre mon interlocuteur en douceur. Vieille technique de vente. Charmer l’interlocteur pour lui faire approuver quelque chose dont il aurait refusé sans ce moyen. Une technique qui marchait très bien, surtout d’une femme face à un homme. Je doute un peu que mon charme puisse avoir un effet sur lui –il n’y a que les hommes qui sont sexy à l’entraînement- mais mes traits harmonieux et mon assurance du moment me rendaient étrangement confiante.


 
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MessageSujet: Re: Make me stronger   Lun 1 Aoû - 10:08

J'étais longtemps resté impassible devant sa réflexion aussi naïve que peu inventive. Malgré ma tête  qui montrait quelque peu mon ressenti sur la chose mais également le fait que je me sentais de plus en plus désarmé devant cette jeune femme niaise et inexpérimentée, malgré que je m'étais arrêté de mouvoir la moindre parcelle dont j'étais composé, mon corps s'était retrouvé tout de même dans une position statique, ce qui arrivait très rarement  ; à croire qu'elle m'avait massacré sur place par ses phrases ahurissantes -nouvelle arme de combat qui avait, apparemment, son petit effet-, et malgré le fait qu'elle avait glacé sur place mes milliards de neurones pourtant toujours en action, cette demoiselle, à qui j'étais en train de léguer toutes mes connaissances, en qui j'avais le plus confiance et, surtout, en qui j'avais fondé le plus d'espoir, venait tout de même de me faire comprendre qu'elle n'écoutait pas, ou peu, ce que je pouvais bien lui raconter. Intérieurement j'étais hors de moi, extérieurement... Et bien extérieurement, il n'y avait plus grand chose qui se passait, en fait. De longues secondes, presque éprouvantes, s'étaient écoulées depuis la fin de sa dernière phrase dans un silence qui ferait parler les morts. Mes yeux fixaient toujours le visage de cette pauvre petite sotte qu'était le soldat que je préférais. Imaginez quand même la déception d'un maître d'armes, imaginez combien l'on se sent aussi inutile qu'un pot de peinture non entamé dans une pièce déjà fraîchement peinte.

- Sais-tu combien de temps dure la mémoire d'un poisson ?

Question très peu importante pour le Soldat Huang, j'imagine, puisqu'elle portait quand même un armement conséquent et beaucoup plus intéressant que cette demande subite. Cependant, ce fût les seuls mots qui me vinrent à l'esprit, histoire de briser la glace qu'elle avait réussi à construire gelant mon corps ainsi que mon esprit. Malgré tout, et pour ne pas me vexer plus qu'elle semblait l'avoir fait, elle essayait de répondre, donnant alors des réponses approximatives. A ses différentes affirmations, je ne répondais pas, la laissant alors réfléchir un peu, ce qui ne pouvait pas lui faire grand mal. Par la suite, voyant parfaitement qu'elle ne trouvait pas la réponse, il fallut tout de même que je puisse lui donner un retour.

- Je ne sais pas non plus. Mais ta mémoire doit être aussi défaillante qu'un poisson. C'est tout ce que je peux supposer.

Et voilà ce que l'on appelle une très belle répartie. Encore fallait-il qu'elle se rappelle de notre conversation précédente concernant les armes, la bataille, la guerre, mais je lui faisais assez confiance pour qu'elle comprenne où je voulais en venir. J'avais tout de même exigé de ma personne de la mitrailler du regard un court instant afin de la pousser à ses retranchements si jamais elle voulait que le petit exercice d'armes à feu puisse continuer dans de bonnes conditions.

- Encore un mot concernant tes envies de gloire et c'est moi qui me servirai de cet engin pour faire exploser ta tête, c'est compris ?

Ce genre de menaces était ma marque de fabrique, j'étais l'un des seuls à savoir m'y prendre comme il le fallait, tout simplement parce que j'avais l'attitude et le physique qui collaient bien à ce type de personnage. D'ailleurs, mon Chef était bien content de me compter dans les rangs lorsqu'il fallait aller chercher les citoyens à mettre au cachot, dans les réserves ou tout simplement lorsqu'il fallait aller les réprimander en leur donnant un avertissement qui serait le dernier. Mes yeux se posèrent maintenant sur le bijou que Tassannee portait du bout des bras et je me permis alors de mettre les mains dessus afin de bien le positionner.

- Le cul contre l'épaule pour éviter de te broyer les os, les bras fléchis pour éviter que les retours soient trop secs et qu'à longueur de temps tu ne puisses plus les supporter, la main droite comme si tu tenais ton couteau tout en étant ferme comme lorsque tu agrippes un marteau, l'index flexible dès la première phalange mais toujours éloigné de la gâchette pour éviter de tirer par peur ou par surprise, la main gauche tu la poses ici de manière à équilibrer le poids du dispositif, quant à ton regard …

Je me permis alors de m'arrêter de parler pour venir me placer derrière elle afin de placer son dos droit pour permettre au poids de la charge de s'équilibrer autant sur le côté gauche que droit ; si la position n'était pas bonne, elle risquerait de tasser ses vertèbres de manière totalement bête, mon crâne vint presque se coller à l'arrière du sien afin que je puisse évaluer le placement qu'il fallait qu'elle obtienne du fait de sa taille et de celle de la machine, une seule de mes mains arriva à placer sa tête légèrement penchée sur le côté afin d'avoir un angle assez approximatif lorsqu'elle jetterait un coup d'oeil dans le viseur. Je m'appuyai par la suite contre ma canne de manière à reculer, regardant alors chaque partie de son corps, jugeant si l'attitude était aussi bonne que je l'espérais.

- Mets ta jambe gauche légèrement en avant, tu pivotes ton corps vers la droite, et tu plies un peu les genoux. Et ce, sans bouger le reste.

Elle exécuta mes ordres et malgré le taux d'adrénaline qui commençait à monter ; sachant qu'elle allait bientôt pour tirer pour la première fois de sa vie, je sentais également en elle une autre façon de voir cette chose qu'elle tenait, elle prenait sûrement conscience qu'elle ne pouvait plus reculer au risque de me faire arrêter les exercices particuliers que je voulais bien lui octroyer à présent, de temps en temps. Je me tenais toujours derrière elle, je l'avais placé en sorte que lorsqu'elle entendrait mon feu vert, la seule munition que j'avais laissé dans son arme vienne se loger dans un tronc d'arbre, ou bien à côté. Mais je la laissais quelques instants dans cet état afin qu'elle prenne bien conscience de l'armement qu'elle portait du bout de ses bras. Puis, ayant assez attendu, ayant assez fait monter le stress et l'excitation, je me mis, d'un coup, à crier.

- Feu !

Ma voix avait une portée gigantesque lorsque je me mettais à crier ou hurler pour donner des ordres ou réprimander des incompétents. Ses oreilles durent sûrement trembler quelque peu avant qu'elle n'ose appuyer sur la gâchette. Une fois cette dernière actionnée, le coup partit et la demoiselle fit un ou deux pas en arrière, sûrement à cause de la puissance de l'éjection, ce qui me fit également reculer pour ne pas qu'elle me marche dessus ; il ne manquerait plus qu'elle achève ma jambe malade ou qu'elle m'entame l'autre ! L'impact ne se logea pas vraiment dans le tronc choisi mais atteignit l'une des branches d'un arbre qui se trouvait à côté et fit même tomber cette dernière sur la terre ferme. J'avais regardé la chute du bois silencieusement pendant que le Soldat Huang se remettait de ses émotions car, forcément, je ne l'avais pas prévenu que le famas était chargé.

- Bon, ça ne tombera pas plus bas.

Je dépassai par la suite la jeune femme pour me rendre où l'impact de la balle avait fait des dégâts. En chemin, j'avais sommé Tassannee de me suivre sans répliquer, ce qu'elle fit, bien entendu. Pendant le petit laps de temps où nous nous retrouvions tous les deux, marchant pour aller voir l'explosion qu'elle avait commis à cet être vivant, je laissais passer des regards scruteurs sur le visage de la demoiselle qui était toute silencieuse, sans pour autant que je n'en sache le pourquoi.

- Tu as peur de montrer ton contentement en la présence de ma personne ou tu te rends compte de l'ampleur des dégâts que tu peux causer avec cette chose Soldat Huang ?


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