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 A drop of free water.

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Âge : 31 ans
Emploi : Pisciculteur / Ancien militaire
Lu GengLi

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MessageSujet: A drop of free water.   Sam 28 Mai - 19:25

“Les mots favorisent l'entente, mais inversement, les mots d'une même langue n'aident guère si l'esprit n'y est pas.”

- Ça y est, t’es réveillée ?

Une fillette, assez petite pour son âge, toute coquette et bichonnée, était sur le bord du lit, la tête dans ses mains. Elle fixait librement la jeune femme qui se trouvait allongée dans le lit, bordée des couvertures assez vieilles de sa grand-mère. Elle souriait. Elle pétillait. Elle resplendissait. Le soleil tombait sur ses deux petites couettes posées de chaque côté d’une hauteur identique, et les rendait quelque peu plus clair. Oui, un châtain très clair. Elle fit une petite moue, tout simplement parce que la demoiselle ne lui répondait pas. Sauf que tout à coup …

La petite fille fit un signe de la main et siffla un « chut » à peine perceptible dans la direction de la brune aux cheveux quelque peu emmêlés, et se glissa sous le lit d’une rapidité monstre pour une gamine dont la croissance n’avait pas fleuri aussi vite que ses petits camarades de classe. Sa robe blanche parsemée de fleurs épousa alors le sol pendant l’action et elle ne dit plus aucun mot alors que l’on entendait, dans le couloir, des pas monter les escaliers et s’approcher de la chambre en bois où était couchée la rescapée. La porte étant entrouverte, deux personnes passèrent le pallier pour se présenter dans la pièce.

- Je t’avais pourtant dit de ne pas monter !

La porte avait grincé quand j’avais tiré sur la poignée. Forcément, elle était vieille de presque quarante ans. En bas du lit, je pouvais apercevoir le pied de ma fille, celui qu’elle avait oublié de cacher pendant son petit jeu de cache-cache. J’avais un regard sévère et mes traits étaient tirés. Je n’avais pas entièrement confiance en la personne qui se trouvait dans le lit de mon frère aîné, j’avais interdit à ma petite espiègle de monter prendre des nouvelles. J’avais donné des règles assez simples à comprendre, mais la curiosité des enfants n’égalait jamais celle des adultes : elle était pire !

- Allons, elle n’aurait jamais fait de mal à cette pauvre Meilan, pas vrai ?

Ma mère… Cette femme ne faisait jamais assez attention. Quelqu’un pourrait entrer dans la propriété avec pour seule idée de la tuer, qu’elle lui offrirait volontiers des petites bouchées paysannes tout juste sorties du feu. Elle tenait dans ses mains un plateau avec du thé, du bon thé fait maison. Elle utilisait les herbes de Lapanalda, qu’elle allait chercher chez un vieil ami qui lui offrait avec plaisir quelques petits brins de sa propre plantation en échange d’un poisson. Je mis mon dos contre le mur, face à notre invitée surprise et la fixait, sans expression.

Maman secoua la tête après m’avoir regardé puis changea de tête en voyant la jeune nénette qui regardait la scène sans mot dit. Elle lui sourit afin de la mettre à l’aise. Elle s’approcha avec délicatesse, un calme dont elle-seule était la reine et posa le plateau sur le lit, à côté de cette personne qui m’avait pris pour un monstre deux à trois heures plus tôt, tandis que ma fille me rejoignit, attrapant ma canne comme si elle m’agrippait avec attention. Elle observait les gestes de sa grand-mère alors que je guettais toute attitude de la donzelle que j’avais apportée à la maison.

- Tu ferais bien de reprendre des forces.

Je faisais la remarque pour qu’elle n’oublie pas l’état dans lequel je l’avais récupéré plus tôt. Elle n’avait pas l’air d’avoir mangé, du moins pas assez pour tenir le coup ou tenir des propos cohérents. Elle n’avait pas l’air de pouvoir se régaler à sa faim tous les jours. Elle n’avait pas l’air d’être dans son assiette et si elle continuait de se freiner de la sorte, je savais que ma mère resterait trop longtemps à son chevet pour lui mettre chaque cuillerée dans la bouche, peu importait combien de temps cela allait prendre. Et il n’était pas question que ma chère génitrice face la mère poule à cette inconnue.

- Ma pauvre petite, que s’est-il passé pour que vous ayez une mine pareille… Restez un instant le temps de vous remettre de vos mésaventures. Nous avons une petite rivière en bas, je pourrais vous y amener pour que vous puissiez vous remettre d’appoint. Mais d’abord, mangez un peu. Cela ne pourrait pas vous faire de mal.

Maman, si pure et aimante, poussa légèrement le plateau vers la jeune femme et l’incita à toucher au moins à un peu tout pour qu’elle sache ce qui lui ferait le plus plaisir de manger. Il y avait du choix, plusieurs assiettes avec des petites confections maison. Tout était maison. Rien était acheté au magasin, ça coûtait beaucoup trop cher pour des paysans tels que nous étions. L’argent, nous préférions le mettre dans des vêtements plus dignes, plus chics.

Lorsque Mademoiselle fût convaincue de grignoter certains mets préparés pour elle, je fis un signe à ma mère de reculer du lit pour revenir auprès de Meilan, histoire de la tenir en laisse, sinon elle n’en ferait qu’à sa tête. Alors que j’abordai les derniers mètres, la nana me fit comprendre qu’elle n’avait pas encore totalement la certitude que j’étais de son côté. Je soufflai alors par le nez, comme un buffle énervé par la couleur rouge, et je serrai, par la même occasion, la mâchoire. Malgré tout, je ne fis plus un pas vers elle et m’adressai tout de même à sa personne.


- Je ne sais pas qui vous pensez que je suis, je ne sais pas ce que vous croyez que je vais vous faire, mais vos pensées ne sont pas très claires en ce moment. Acceptez tranquillement notre hospitalité, le temps de vous remettre d’aplomb, puis vous repartirez comme vous êtes venue.

Je préférai lui expliquer qu’elle n’était pas prisonnière. Que nous cherchions simplement à lui donner un peu de quiétude, un peu de nourriture et de bien-être avant qu’elle ne retourne d’où elle venait. Il n’y avait que peu de sans domicile fixe à Lansan, ils n’étaient pas très bien vus et préféraient se cacher dans les champs au risque d’être remis en place par le gouvernement, à leur manière. Je l’avais sauvé. Elle ne pensait pas comme ça, peut-être, sûrement, mais je l’avais sauvé. Car vu l’état dans lequel je l’avais trouvé, elle se serait sûrement faite prise par la milice, et s’en était fini pour elle.

- Oui, mon papa n’est pas méchant, tu sais. Il est très gentil, il m’achète souvent des fruits sucrés quand il va en ville !

- Tu la connais pour la tutoyer de la sorte Meilan ?


Elle haussa les épaules avant de mettre sa main sur sa bouche. Comme si elle venait d’être prise lors d’un accomplissement d’une bêtise, aussi minime pouvait-elle être. Je la regardai un instant, ne pouvant m’empêcher de la trouver aussi belle que sa mère à cet instant. Elle était la seule à pouvoir me faire ressentir des émotions, des sentiments. Sûrement était-ce la première fois que la demoiselle put lire sur mon visage une quelconque affection. Je repris mes esprits et recherchai de nouveau le regard de mon interlocutrice première afin de lui indiquer ce qui était prévu au programme pour elle.

- Mangez, vous irez prendre un bain dans la rivière accompagnée de ma mère. Vous me rejoindrez à la pisciculture si jamais je ne suis plus à la maison. On vous y amènera si besoin.

Par la suite, je reculai en lui faisant presque face, comme si moi aussi, j’avais des doutes en son égard. De mes yeux, je lui fis comprendre qu’elle se devait de rester calme avec les miens, sinon, elle aurait affaire à moi et ça serait sûrement beaucoup plus dangereux qu’un petit coup de canne dans le nerf du trapèze. Je sortis donc de la chambre pour aller me chercher un petit morceau à me mettre sous la dent. J’étais arrivé en retard, je n’avais donc pas eu le temps de prendre un vrai repas. Ma fille me suivit, contre sa volonté. Je l’avais quelque peu forcé à quitter les lieux. Elle avait des devoirs à finir dans sa chambre et je lui interdis, une bonne fois pour toute, de rentrer en conversation avec l’anonyme.


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Pan Gyalden

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MessageSujet: Re: A drop of free water.   Sam 28 Mai - 23:22

Mon cœur battait à une vitesse folle, ma respiration était saccadée, des gouttes de sueur perlaient mon visage, je venais de voir mon fils se noyait dans un fleuve et je n'avais rien pu faire, encore une fois. Mes membres tremblaient, ma main gauche serrait les couvertures qui me réchauffaient, ma main droite tentait tant bien que mal de l'imiter et entendre cette voix de petite fille me fit sursauter et tourner aussi rapidement que possible mon visage vers le sien. Qui était-elle ? Que me voulait-elle ? Où étais-je ? Étais-je encore dans ce cauchemar ou bien est-ce que le cauchemar était réalité ? Le ruissellement était toujours présent, ce n'était pas loin du tout. Je mordis ma lèvre gercée, le regard inquiet en regardant cette gamine, ne comprenant rien, qu'est-ce que tout cela signifiait ? Les « tocs » aussi étaient toujours là, ils s'approchaient, et avant même que je comprenne quoi que ce soit, la fillette avait disparu à son tour, comme Hiro. Un gémissement de terreur se fit entendre alors que la porte s'ouvrit, une larme coulant le long de ma joue, j'étais droite comme un piquet, fixant avec effroi les silhouettes de mes bourreaux entrer dans la pièce, jusqu'à voir ce paysan fou qui venait de crier des choses que je ne comprenais pas, accompagné d'une vieille dame avec un plateau. Mon réflexe fut de me recroqueviller sous mes couvertures, les observant tous deux, en particulier l'homme qui m'avait fait du mal, derrière son allure calme et posé se cachait un véritable sadique et très certainement était-il venu pour achever le travail.

La vieille s'approchait de moi, comme le médecin s'était approché de moi pour m'injecter un produit, produit qui m'avait fait perdre le quasi-usage de ma main droite. Un tas d'horreurs me revenait en tête, dont particulièrement celle-ci, quand il fit entrer la seringue dans mon corps et que j'eus subitement froid – comme à cet instant, et qu'après plusieurs heures, la sensation de fourmis dans ma main devint de plus en plus forte. Et elle ne disparaîtra jamais. La dame souriait, elle me rappelait l'une des doyennes du camp, la plus âgée devait avoir un peu plus de la cinquantaine, elle était arrivée ici pour une raison idiote, et pourtant elle tentait de garder tant bien que mal le sourire et disait que nous étions tous ses petites-filles, elle méritait davantage la liberté que moi quand on y pense. Alors que la vieille femme ici présente déposait le plateau auprès de moi, j'observais la petite fille courir vers cet homme horrible pour s'agripper à ce morceau de bois qu'il lui permettait de marcher. Il était père et il avait son enfant auprès de lui, une moue se dessina sur ce qu'il restait de mon visage, suite à ma chute je devais certainement avoir quelques égratignures, certainement je devais pas être « pas assez jolie » à son goût. Mon fils devait avoir à peu près le même âge que la petite, la jalousie me rongeait à l'idée de savoir que lui avait le droit d'être heureux et pas moi. Moi aussi j'aimerais qu'il se cache sous mon lit, qu'il s'agrippe à moi, qu'il regarde d'un air curieux ses proches. Au final, je ne savais même pas où il était, peut-être chez son père, peut-être dans un orphelinat, peut-être dans une autre famille … mais certainement pas avec moi, je mordis de nouveau ma joue.
Le paysan me dit d'ailleurs quelque chose que je refusais d'écouter, il ne méritait pas mon attention, pas après ce qu'il m'a fait, je voulais juste la paix et rien de plus et en y repensant je sentais une douleur là où il avait frappé. Puis la dame prit la parole à son tour.

Je ne comprenais rien, étaient-ils bons ou méchants ? Il avait été soldat, il est cependant paysan désormais. Il m'avait proposé de monter dans sa charrette, il avait un peu trop insisté et il m'avait assommé pour m'emmener ici … c'était à n'en plus rien comprendre. J'écoutais la dame en la regardant, pas forcément dans mon assiette, insistant pour que je mange mais n'était-ce pas un piège ? Soupirant doucement avant de prendre quelque chose qui semblait sucré et de le renifler, pour être sûre qu'aucun poison ne se trouvait à l'intérieur, puis mes dents vinrent mordre dedans, mâchant doucement, essayant de distinguer les goûts. C'était bon, aussi bon que ce que Madame Hee me ramenait parfois au grenier, mais la faim n'était pas au rendez-vous, je m'étais d'ailleurs forcée à finir cette gourmandise. Le paysan profita de ce moment pour se rapprocher de moi, mais je n'étais pas dupe et mes yeux posés sur lui exprimaient mieux que moi ce que je ressentais vis-à-vis de lui, il sembla soudainement énervé.

« Je ne sais pas qui vous pensez que je suis, je ne sais pas ce que vous croyez que je vais vous faire, mais vos pensées ne sont pas très claires en ce moment. Acceptez tranquillement notre hospitalité, le temps de vous remettre d'aplomb, puis vous repartirez comme vous êtes venue. »

C'était à mon tour de réagir comme un buffle, j'avais caché ma main droite sous les draps et à l'aide de la gauche, j'avais correctement mis une mèche de cheveux pour pouvoir vraiment le regarder. « Mes pensées sont très claires », dis-je en le regardant droit dans les yeux, il semblait si sûr de lui, mais qui était-il pour juger de mon état ? S'agissait-il d'un médecin ? Paysan, médecin ou soldat ?! A un moment il va falloir choisir ! « et je veux pas être frappée pour repartir », ajoutai-je d'une façon beaucoup moins audible en baissant les yeux vers le plateau dont le parfum du thé encore fumant enivrait mes narines et tout mon être, je n'avais pas senti un thé comme ça depuis bien longtemps. Lorsque j'avais encore une famille et un certain niveau social, j'adorais boire du thé et j'en collectionnais de toutes sortes, il y avait l'embarras du choix lorsque des amis venaient me rendre visite, c'était le bon vieux temps.

La légèreté de la brise fut grondée par le tonnerre, alors que celle-ci n'avait rien fait de mal. C'était une enfant, une enfant semblant pleine de vie, curieuse et qui n'avait pas froid aux yeux, quel était le mal dans le fait de m'adresser la parole ? Certainement moi. Où était l'intérêt de m'amener ici si c'était pour me juger comme la méchante dans l'histoire ? Je baissai les yeux, me sentant de nouveau en bas de l'échelle sociale, comme au camp, avais-je réellement l'air d'un monstre ? Je mordis mon autre joue après un soupire. Mes yeux revinrent vers lui alors que je me sentais observée.

« Mangez, vous irez prendre un bain dans la rivière accompagnée de ma mère. Vous me rejoindrez à la pisciculture si jamais je ne suis plus à la maison. On vous y amènera si besoin. », fut ses dernières paroles, d'un ton des plus froids, tout comme son regard qui en disait bien plus qu'un discours, j'en rebaissai les yeux. L'ancien soldat refusait de me faire confiance alors que contrairement à lui, je n'avais rien d'effrayant, je n'étais ni méchante ni folle, je savais ô combien la famille était importante et jamais ô grand je ne pourrais faire de mal à quelqu'un, je n'ai jamais fait de mal à quelqu'un, ce sont toujours les autres qui m'ont fait du mal et lui y compris. Il s'en alla ensuite avec sa fille, elle m'avait regardé une dernière fois d'une façon interrogée avant que la porte ne se referme. La vieille dame était restée et attendait patiemment après moi, pourquoi est-ce qu'elle ne me laissait pas seule ? Les Hee me laissaient tranquillement dans leur grenier, mais à cause de lui j'étais toute bouleversée. Un soupir, puis deux, puis trois et je finis par me décider à me forcer à manger un peu, au pire mon repas terminera sur cet homme un peu trop sûr de lui.

On me conduisit ensuite à la rivière, semblable à celle de mon rêve, sur le moment cela sembla tellement réaliste que je courus voir si mon bébé ne se trouvait pas au fond de celle-ci, ou bien un panier ou quelque chose … mais rien. Et puis mon bébé avait à présent plus de trois ans, il devait être si beau, encore plus beau que son père, c'était sûr.
Tout n'était que silence, si ce n'est le son apaisant de la rivière qui coulait. Cela peut sembler stupide mais j'avais demandé à la dame de ne pas me regarder nue, j'avais honte de mon corps, honte de ces marques, honte de mon squelette. Un jour, je retrouverai ma silhouette passée, un jour, je me sentirai de nouveau femme.
Le moment fut long, certainement très long et si ma gêne n'avait pas été là, j'aurai félicité cette brave madame pour sa patience. Elle m'avait d'ailleurs ramené une autre robe – ainsi qu'une paire de tongs – apparemment plus récente que celle que madame Hee m'avait passé, elle était bleue avec quelques motifs, une robe bien trop jolie pour moi, je me sentais nulle. L'ancienne m'avait ensuite souri, m'indiquant que j'avais déjà meilleure mine, je dus me forcer pour lui répondre un sourire digne d'elle. Elle n'était pas comme le paysan, elle était plus humaine, elle m'accordait sa confiance et ne me traitait pas comme si j'étais une folle, elle ne me traitait pas comme les Hee me traitaient, elle ne savait pas que je venais d'un camp, de ce fait elle me traitait de la façon la plus naturelle qui soit et au fond, c'était peut-être la meilleure des choses pour moi, pour m'aider à avancer convenablement. Il ne fallait pas qu'elle sache, je ne voulais pas perdre cette vraie tendresse pour une quelque peu forcée. Avec le soleil, cette dernière en déduit que son fils n'était certainement plus au domicile, de ce fait elle m'indiqua la route pour me rendre là où il m'avait demandé, rajoutant que je ne devais pas m'inquiéter, que c'était un brave garçon. Je ne dis rien, préférant simplement partir, me répétant sans cesse les indications pour être sûre de ne pas me perdre, pour finalement me retrouver entourée de quelques bassins. M'approchant de l'un d'entre eux, je m'accroupis pour observer mon visage mais quelque chose vint à la surface et me fit tomber sur mon derrière, c'était un simple poisson.
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Lu GengLi

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MessageSujet: Re: A drop of free water.   Sam 4 Juin - 10:56

Après avoir passé un petit bout de temps dans la cuisine, histoire de rafraîchir ma gorge qui s’était retrouvée assoiffée plus longtemps que prévu, suite à l’obstacle que j’avais rencontré sur mon passage, lors de mon retour de Dalis, je pris le temps de rapidement me servir de l’eau contenu dans une carafe de façon à revigorer quelque peu mon visage et mes cheveux. Ces derniers avaient pris un peu de poussières des routes miséreuses remplies de poudre de terre. Je n’avais pas le temps de passer par la rivière à mon tour, la jeune femme que j’avais ramené devait d’ailleurs y être, il m’était donc impossible de prendre l’eau pour m’aiguayer. Tant pis. Je le ferai une fois le travail achevé.

Je sortis alors en claquant la porte, mauvaise habitude que j’avais prise à l’armée. Les portes étaient tellement lourdes qu’il était impossible de les fermer sans limite les démolir. Ma fille, dans sa chambre, avait dû sursauter, comme à chaque fois que j’utilisais la sortie. Il faisait assez chaud. Nous étions en plein après-midi et le printemps avait fini par nous offrir de bonnes chaleurs, parfois même un peu trop. Sur le côté de la maison en bois m’attendaient un chapeau de paille et une blouse de travail verte, presque identique à celles que les jardiniers mettent sur leur dos. Mes chaussures de ville avaient laissé place aux bottes. Les poissons ne demandaient pas vraiment que l’on soit sur son trente-et-un pour s’occuper d’eux. Une fois équipé, je me rendis derrière la maison et empruntait le chemin qui menait vers les bassins.

Le chemin n’était pas si loin, mais pas tout près non plus. Disons qu’il ne fallait pas se perdre pour rendre la visite agréable et les différents chemins que montraient la forêt se ressemblaient pratiquement tous. En effet, derrière la maisonnette se trouvait un large bois mais pas très épais. Les arbres étaient grands et forts, ils s’élançaient pour montrer leur âge avancé et ils avaient l’air d’en être très fiers. Mais avant, il fallait marcher quelques centaines de mètres pour y arriver. L’herbe asséchée laissait malgré tout pousser des fleurs de différentes couleurs qui faisaient le plaisir de la petite puce que nous avions à la maison. Elle en ramenait pratiquement tous les jours pour embellir la table à manger qui se trouvait dans la cuisine. Bien, le grand jardin passé, la forêt traversée aux endroits indiqués, il fallait à présent trouver le petit abri.

Il était en bois, comme tout ce qui constituait la maison d’ailleurs, pas bien grand, il me permettait d’entasser tout mon bordel. Bordel qui servait à la pisciculture, bien entendu. Des épuisettes, des médicaments naturels, des filets, des petits cercueils et surtout de la nourriture. Evidemment, toute l’expertise comptable, je la faisais, mais plutôt à la maison, au risque de devoir perdre toutes les fiches dans ce foutoir.  Une fois à l’intérieur, je me mis à prendre un seau, de ma canne, je poussais les produits dont je n’avais pas besoin. En effet, nous étions au printemps, les poissons avaient fini leur hibernation et n’avait plus besoin d’autant d’énergie, mais de pouvoir se développer pour la vente : oui ! Je mélangeais alors beaucoup d’ingrédients naturels, notamment du maïs, du son et du tourteau. Tous ces nutriments leur apportaient des glucides, des lipides et des protides en assez grande quantité pour leur développer. Un engraissement naturel mais plus rapide.

C’est avec le seau d’une main que j’avançais péniblement vers les bassins des adolescents. Poissons qui avaient réussi à survivre pendant les grands froids mais également qui semblaient être en bonne condition de ventes. D’ailleurs, je n’étais pas le premier à être arrivé sur les lieux. L’inconnue était déjà présente, sur ses fesses. Elle avait dû être effrayée par les plus vigoureux d’entre eux. Ceux qui, je l’espérais produiraient assez de spermes pour reproduire des poissons encore plus vaillants, mais ça, ce n’était pas pour aujourd’hui. Je m’approchai alors du bassin plus rapidement et laissai tomber le seau de nourriture à terre d’un geste vif, ce qui fit sursauter, encore une fois, la demoiselle en détresse. Je fus amusé, malheureusement, mon visage ne montrait aucune émotion de nouveau.


- Les poissons sont assez joueurs. On les penserait bêtes, pourtant, quand ils ont vu votre silhouette, ils ont directement pensé que c’était l’heure de manger.

C’est alors que je tournai ma tête vers le seau rempli de grains et lui montrai du doigt afin de lui faire comprendre ce qu’ils attendaient, à tous sautés comme ça dans les airs. Je lui expliquai par la suite qu’ils étaient tous adolescents, qu’ils avaient du mal à se contenir et qu’ils avaient besoin de beaucoup de nourriture. En somme, ils avaient faim bien plus souvent que lorsqu’ils étaient enfants, un peu comme les humains. Je détournai mon regard du seau pour poser mes yeux sur elle et soupirai d’un air moqueur.

- Vous êtes quand même plus jolie lorsque vous êtes propre.

Evidemment, je manquais encore et toujours de tact, mais ce n’était pas de ma faute. Si cette dame le prenait mal, c’est qu’elle n’avait encore rien compris à mon personnage. Je me tournai alors pour ne plus avoir à lui faire face et, de ma canne, je tapotai sur le seau quelques coups avant de prendre la parole.

- Les poissons ne vont pas se nourrir tout seuls, si vous voulez rester ici, vous devrez m’aider en contrepartie. Je pense que ça ne vous fera aucun mal de prendre l’air, vous aviez l’air d’être enfermée depuis des jours, voire des semaines. L’air, c’est bon pour la santé. Alors profitez-en auprès de mes poissons.

Je lui montrais alors par la suite les bassins pour qui cette nourriture était destinée et lui ajoutai, par la même occasion, qu’il ne fallait absolument pas se tromper au risque de faire mourir les plus jeunes, mais également les plus vieux qui se rapprochaient de la vente.

- Ce soir, vous aurez la chance de pouvoir déguster des poissons de nos bassins. Je n’ai pas tout vendu ce matin, il nous en reste donc pour le souper. J’espère que vous voudrez bien vous joindre à nous, sans hésiter, cette fois-ci.

Je la dévisageai un instant avant de m’accompagner, seul de ma canne, vers le cabanon de nouveau afin de préparer le repas des plus jeunes. Beaucoup plus de protéines et vitamines pour les rendre puissants. Je revins par la suite avec le seau rempli et, profitant d’un petit temps de pause pour voir si elle faisait bien son boulot, je m’approchai par la suite des bassins A. Le seau posé à terre, lentement je m’accroupissais d’un côté, comme je le pouvais, attrapant une poignée du mélange pour le lancer à mes bébés poiscailles. En même temps, je leur parlais. Comme s’ils allaient m’écouter et laisser leurs frères et sœurs, ou même cousins et cousines manger à leur tour. Ils dansaient. Ils sautaient. Ils étaient joyeux. Ils feraient de bons adultes. Soudain, alors que j’essayais de trouver de quoi converser avec mon assistante, je lui posais une question.

- Vous venez d’où ? Votre départ … Vous avez prévenu quelqu’un avant de vous enfuir de chez vous ? Ou vivez-vous seule ?


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MessageSujet: Re: A drop of free water.   Mer 8 Juin - 20:54

Ce fut aussi rapide que lorsque je fus embarquée, c'en était presque terrifiant, un flash, une lumière, il aurait pu attraper le bout de mon nez si le réflexe de me reculer n'était pas intervenu. Je reprenais sagement ma respiration, ma main défectueuse sur ma poitrine à présent presque inexistante, observant le bassin au cas où ce poisson décidait de revenir à la charge. A vrai dire je n'en avais jamais vu de vivants, aussi bien lorsque j'étais moi-même pleine de vie que lorsque l'on m'avait forcé à intégrer l'un de ces camps afin de travailler jusqu'à en mourir.
Quand j'étais belle et riche, j'étais dans une sorte de chrysalide de laquelle je ne souhaitais pas sortir, j'avais des parents aimants, de nombreux amis ainsi que beaucoup d'argent (le total inverse d'aujourd'hui). L'espoir qu'un jour un homme riche et haut placé venait me passer la bague au doigt n'était pas que dans la tête de mes parents, je ne m'imaginais tout simplement pas travailler, moi qui n'avais jamais fait ça de ma vie, si ce n'est les études, je voulais être une femme mariée pour la règle de la dictature mais libre, aussi libre qu'un oiseau. Je m'autorisais un tas de choses, même interdites, de toute façon mes parents connaissaient des politiciens du régime actuel, je ne risquais rien. C'est d'ailleurs ainsi que j'avais rencontré le père de mon fils, lors d'une de ces soirées mondaines où il fallait sourire à tout le monde, où tout le monde savait ce que tu valais d'un point de vue purement pécuniaire mais pour ce qui était du reste personne ne savait rien. Et puis il y avait cet homme aux allures de soldat, très bel homme, très charmant, au début ce n'était que pour s'amuser jusqu'à ce que mon coeur se mette davantage à battre pour lui, puis je suis tombée enceinte, puis il a disparu. Au fond je ne sais pas grand chose de lui, mais je l'ai aimé et, je crois toujours en l'idée qu'il s'occupe de notre enfant et qu'un beau jour nous serons tous les trois réunis.
Le camp m'a cependant totalement changée, physiquement comme mentalement. J'ai acquis cette notion du travail, mais je n'ai plus cette beauté, peut-être que mon soldat ne m'aimera plus. J'eus un soupire, triste, ces histoires étaient encore bien trop récentes pour moi. Mais un bruit strident vint rompre mes pensées et, un sursaut plus tard, mon visage se tourna vers l'origine du son de ferraille, c'était cet homme avec sa canne, toujours aussi impassible. Il me parla des poissons, du fait qu'ils étaient joueurs, intelligents et qu'ils avaient faim, cela me fit reculer davantage comme par peur que je leur serve de repas. Le bruit provenait donc du seau de nourriture qu'il regarda avant que son regard ne dévia sur moi. « Vous êtes quand même plus jolie lorsque vous êtes propre. », il n'allait jamais s'arrêter, il sera toujours aussi blessant, mes yeux se posèrent sur la robe qu'on m'avait prêtée, bien trop jolie pour moi d'ailleurs, mes doigts se crispèrent du mieux qu'ils pouvaient dans cette dernière. Je n'avais pas l'envie de lui répondre, j'aurais voulu qu'il me laisse tranquille, tout cela me fatiguée.

« Les poissons ne vont pas se nourrir tout seuls, si vous voulez rester ici, vous devez m'aider en contrepartie. »

Il m'avait donc demandé de venir ici pour ça, nourrir ces animaux qui voulaient me sauter au visage il y a un instant, cela ne me rassurait pas, une moue boudeuse se dessina alors sur mon visage tandis que je l'écoutais parler. « Je veux pas rester ici moi. » marmonnai-je dans mon coin tout en me relevant, passant outre de ses remarques sur le fait qu'on aurait dit que j'avais été enfermée. Si il savait. Je finis par me remettre sur mes deux jambes squelettiques afin de m'approcher de lui et de prendre difficilement le seau de ma main gauche, la valide, il ne devait pas voir l'autre, je ne devais pas être repérée, qui sait, peut-être qu'un avis de recherche tournait autour de moi. Il valait mieux ne pas lui tenir tête, être gentille et ne pas être suspecte, c'est pour cela que je m'avançais avec du mal sous ses instructions, devant tout porter d'un seul bras, tout comme lui mais avec beaucoup moins de force, posant le seau pour faire une pause, essoufflée par ce soudain effort, l'écoutant me parler à nouveau.

« J'espère que vous voudrez bien vous joindre à nous, sans hésiter, cette fois-ci. », il y eut un temps, mes yeux fixaient le bassin en face de moi, cherchant que dire. Certes la dame d'ici était très gentille, tout comme la petite fille bien qu'elle portait certains traits de son papa, quant à lui justement, je ne savais pas trop. Ici, ce n'était pas chez moi et mis à part le fait qu'on m'ait forcée à venir ici, ils n'ont pas l'air méchant. Et d'un autre côté il ne me laissera pas m'en aller, ou alors peut-être qu'il préviendra l'armée et là, ce sera la fin. Finalement je préférai rester muette face à la situation et m'occuper de nourrir du mieux que je le pouvais les poissons, ma main droite servant tout simplement d'une petite pelle, peut-être avait-elle trouvé là sa nouvelle fonction. Plus le seau de nourriture se vidait et mieux ça allait.
Souvent, je m'approchais si près des bassins que je sentais des éclaboussures sur mes jambes, c'était agréable voir même amusant à la longue. J'en souriais parfois et plus le temps passait, plus la fraîcheur prenait place, la brise fraîche sur mes joues était comme une caresse, c'était bien. J'en oublia ce bourrin de paysan qui m'avait forcé à venir ici, lui pardonnant presque cet acte, il m'avait tout de même apporté un certain divertissement et de gentilles personnes. Puis il revint soudainement durant mon moment de tranquillité, à croire que sa mission était de toujours me rappeler que j'étais constamment surveillée, telle une criminelle. Mon seul crime fut d'avoir un enfant, or être maman n'est pas un crime, même Sang Min le dit.

« Vous venez d'où ? Votre départ … Vous avez prévenu quelqu'un avant de vous enfuir de chez vous ? Ou vivez-vous seule ? », je secouai vivement la tête, mes cheveux venaient contre mon visage. Non, je n'avais pas prévenu les Hee qui devaient être morts d'inquiétude, j'avais prévu de revenir une fois que je m'étais assurer du sort de mon fils, quand on y pense c'était totalement stupide de ma part. La fatigue, le stresse, le manque d'espace, le manque de discussion, un tas de facteurs jouaient dans mes périodes d'inconscience voir de pure folie, mes regrettables périodes d'inconscience et de pure folie. « Je sais pas. », dis-je d'une voix nouée, non je ne savais pas où vivaient les Hee, et même si je le savais je ne les dénoncerai pas, pas après tout ce qu'ils ont fait pour moi. Le seau de nourriture était à présent vide, j'avais fait ce qu'il m'avait demandé. « Ici c'est où ? Il y a pas de camp là ? », le bruit du seau en ferraille qui cognait contre mes genoux se rapprochait de l'individu à canne avant que je ne le pose à ses pieds, détournant son regard, « on va pas aller là-bas hein ? ... », demandai-je doucement, sans réellement articuler, je devais savoir, je devais être sûre.
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MessageSujet: Re: A drop of free water.   Sam 11 Juin - 14:05

- Des camps ?

Elle s'était approchée de moi, l'air penaud, laissant le seau cogner sur son genou déjà meurtri. Une mélodie s'échappait de sa rotule, mais cette musique n'était pas très jolie. Elle ressemblait à une histoire tellement triste que je ne pus m'empêcher de regarder cette articulation torturée avant d'entendre le récipient tomber par terre suite au relâchement de la jeune femme. Ce bruit me réveilla en quelque sorte de ma somnolence. Elle marmonna une autre question, presque inaudible, mais je la compris malgré tout et elle revint de nouveau à ce récit de baraquements. Mes sourcils se froncèrent alors, d'une manière normale, et essayai de comprendre en vain. Je fis de mon visage un peu gêné, déconcerté, un peu ébahi également de cette question qu'elle réitéra. Je réfléchis un instant dans le silence alors qu'elle s'amusait à regarder l'endroit où elle se trouvait, un peu ailleurs, puis je me mis, de ma voix grave, à lui répondre. Enfin.

- Il n'y a pas de camps ici. Seulement des champs. D'ailleurs, je ne vois absolument pas de quoi vous avez peur, nous sommes à la campagne, rien ne peut arriver ici. Peut-être une petite maladie, peut-être un animal bourru qui nous fonce dessus ou nous marche sur le pied sans faire exprès... Mais nous avons un bon médecin qui est également vétérinaire dans le village d'un côté. Des camps...

Je cherchais mes mots. Je les cherchais parce que je ne savais pas réellement si elle m'écoutait vraiment, si elle comprenait ce que j'essayais de lui faire comprendre. Ma bouche vint à faire une petite moue, bizarre venant de ma personne, mais c'était la seule expression que je pouvais apporter à mon début de réponse.

- Il y a également peu de soldats qui viennent dans le coin. Ils ont autre chose à faire en ville. Rien ne peut arriver de mal ici.

J'avais l'intention de la rassurer. La calmer. L'apaiser. Même peut-être de la consoler, si jamais je pouvais en avoir la capacité. Malheureusement, elle n'avait pas l'air d'être très confiante à mes côtés et je pouvais comprendre la raison. Un homme, aussi grand et fort que moi, même à moitié amoché, faisait peur. Surtout que je ne montrais jamais mes bons sentiments. Mes traits étaient toujours tirés et n'apportaient que très peu de réconfort. Le pire, c'est que mon sourire était inexistant, même si je pensais que je souriais. Je mis ma main légèrement sale sur mon autre main, celle qui tenait ma canne, comme pour soutenir le poids de mon corps qui commençait à être pesant.

- Nous vivons paisiblement et tranquillement ici. La nature est notre alliée et nous fait oublier pas mal de choses, autant le mal que les erreurs commises. Ne vous prenez pas la tête et requinquez vous autant que vous le pouvez. Vous êtes libre, c'est ce qui importe. Beaucoup n'ont pas cette chance et sont meurtris... Ou morts.

Je baissais les yeux sur le seau vide et l'autre à moitié plein. Elle avait fait vite pour nourrir les adolescents et, content de son bon travail, lui accordai un léger merci du bout des lèvres.

- Je termine de donner à manger aux plus petits et nous pourrons repartir vers la maison, à moins que vous vouliez vous retrouver seule aux alentours des bois ?

Ma main libre attrapa le bac à finir et je me dépêchai d'aller faire le tour du bassin pour ne pas nourrir les mêmes poissons. Je fis signe à la jeune femme de me suivre malgré tout, parce que je n'avais pas envie qu'elle se sente seule, bien qu'à mes côtés, cela ne devait pas être réellement une partie de plaisirs. Après quelques hésitations, elle vint à mes côtés et je me permis de lui poser cette question qui, malgré tout, me trottait dans la tête.

- Pourquoi la présence de camps vous obsède tellement ? Vous avez subi un traumatisme ?

Bien évidemment. J'avais une chance sur deux qu'elle veuille me parler de sa vie. Et je comprendrais parfaitement qu'elle n'ait aucune envie de partager ses maux avec moi, je n'étais qu'un inconnu, pas vrai ? Alors, malgré sa réponse, je me permis de lui poser une autre question.

- Qu'alliez-vous faire en ville ? Vous aviez l'air d'être pressée d'y arriver.

Je ne la regardais pas, je me permettais de nourrir mes petits protégés plutôt que de lui offrir mon regard en guise d'acharnement. Je n'avançais pas bien vite, la présence de la jeune femme pour m'aider à nourrir les adolescents m'avait beaucoup aidé. Qu'elle me répondit d'une manière sûre ou d'une manière détournée, je n'insistai pas plus longtemps. Je prenais toutes les réponses et, intérieurement, les assimilais tout en les examinant. Après tout, parfois, certaines phrases en cachaient d'autres et, plus tard, si le temps m'était donné de le pouvoir, je m'adresserai à elle comme un confident, qu'elle ne voyait sûrement pas en moi, pour l'instant.

- Bon, maintenant que les choses sont faîtes et que les adultes ne seront nourris que ce soir avant le repas, que voulez-vous faire ? Découvrir les alentours seule, accompagnée de ma fille et moi-même ou rentrer pour vous retrouver avec vous-même ?


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MessageSujet: Re: A drop of free water.   Dim 12 Juin - 21:28

Je regardais les mouvements de l'eau au contact avec la nourriture pour poissons et ces derniers venant la récupérer, muette, je me regardais au travers de ces mouvements, cette ombre triste et terne, cette poupée de chiffon abîmée par le temps et le manque de soin, je fis un pas en arrière pour ne plus à avoir à assumer ce corps. Je ne m'attendais pas à ce qu'il parle, mon cœur fit un bon puis je l'écoutais en le regardant d'un air totalement neutre et fatigué.

« J'aime pas ça. », dis-je d'une voix rauque et froide. Je n'osais pas en parler davantage je ne le connaissais pas et ma méfiance envers ce personnage était toujours là bien qu'apaisée depuis notre première rencontre. Et, quand bien même il s'agissait du gentil de l'histoire je ne voulais pas qu'il prenne pitié de moi, je ne voulais pas que ce soit comme chez les Hee, peut-être trop gentils pour que je me réadapte correctement, avec ce bourrin je n'avais pas d'autre choix que de devoir faire face à la vie et au fond, c'était peut-être mieux ainsi. Et encore une autre question aussi délicate que la précédente, pourquoi tout ça ? Je n'arrivais pas à répondre au tac au tac, il eut donc un temps mort, un temps mort durant lequel je regardais autre part, le ciel prenait une couleur vermeille. « Un enfant à l'orphelinat, tout seul ... », reculant encore un peu du bassin, son visage vint prendre possession de mon esprit, j'étais alors dos au paysan et je soupirai profondément, attristée de ne pas pouvoir être là ni comme il fallait pour pouvoir prendre mon enfant sous mon aile. « Votre fille a de la chance, elle n'est pas seule, elle. », ce n'était pas vraiment un reproche pour la petite Meilan, mais plutôt pour lui, lui qui pouvait être père alors que moi, je ne pouvais être rien à part une fugitive et qui plus est avec une fausse identité dont j'avais encore du mal à assimiler le nom. « Pei..zhi... » murmurai-je avant de hocher la tête et de me tourner vers mon patron improvisé qui venait de terminer le seau et de me demander ce que j'aimerais faire en attendant l'heure du repas. Un silence. J'observais un peu ce qui nous entourait, ma main droite toujours cachée derrière mon dos. « Je veux rester avec les poissons. », dis-je calmement en regardant l'un des bassins. Et, avant qu'il ne soit trop loin, je l'interpellais d'un « au fait ... » pour qu'il se retourne et me regarde, ma main droite était posée contre ma poitrine, « Peizhi. ».

L'herbe était douce et c'était agréable de sentir cette caresse contre ma joue, je regardais le bassin contenant les adolescents, là où l'un d'entre eux était arrivé par surprise. Ils nageaient sans cesse, à croire qu'ils n'étaient jamais fatigués, on pouvait penser qu'ils étaient bien plus forts que nous, c'était assez effrayant comme constat d'ailleurs. Tout comme le paysan, je leur parlais, je savais qu'ils ne diraient rien à personne, qu'ils ne me jugeraient pas et c'est tout ce dont j'avais besoin. Je leur parlai un moment, de mon enfant qui me manquait horriblement, de cet homme qui me manquait énormément, des conditions de vie au camp, de ce que j'ai subi, de comment j'ai perdu l'usage presque intégral de ma main droite, et ils ne disaient rien, me laissant parler, ils n'essayaient pas de se mettre à ma place, et je ne souhaitais pas que l'on fasse ça. Sang Min était comme ça, les Hee aussi et ce n'était pas ce que je voulais, je voulais me mettre à leur place et non l'inverse. C'est bête mais, parfois, je leur posais des questions et je m'imaginais quelle réponse ils pourraient bien me donner et parfois ils m'en posaient aussi, j'ai même souri à l'une de leurs interrogations. Ma dernière réponse fut « non, je ne suis pas bien, je ne suis pas heureuse. » après quoi, plus personne ne parlait, pendant un petit moment, jusqu'à ce qu'une voix extérieure s'imposa. C'était celle d'une petite fille qui riait et qui racontait des choses à la personne qui l'accompagnait. Je relevai la tête, marquée très certainement par l'herbe sur laquelle j'étais allongée et vit la petite Meilan en compagnie de son papa, un spectacle drôle et touchant, la petite marchait devant mais non loin de son père mais nous sentions qu'elle aurait voulu s'éloigner davantage. Je me redressais. Les deux s'approchèrent et dès que son père tourna les yeux, elle courut me voir me posant mille questions à la minute comme pourquoi j'étais allongée là, pourquoi je restais près des poissons, est-ce que je dormais et j'en passe. Qu'elle était mignonne, un sourire doux et discret se dessina sur mon visage et puis, je me relevai pour regarder son père qui veillait sur elle avant de s'en aller vers une cabane, l'enfant courut le rejoindre avec le seau qui ne se trouvait pas loin de moi. Il fallait nourrir les adultes.

La petite aidait son père tout en parlant de ses aventures extraordinaires, tout en se plaignant des petits garçons de sa classe, tout en le questionnant sur divers sujets. Elle était vraiment à croquer, je me demande si mon fils était aussi curieux et ouvert que la petite Meilan, ce devait être tellement agréable d'être parent d'un bout de chou pareil. Je baissai les yeux, soudainement attristée. Malgré le fait que j'étais soulagée grâce aux confidences racontées aux petits animaux marins, le manque certain de mon Hiro était présent, je passais mes doigts autour de mes yeux pour ne pas que ces derniers brillent, je ne devais pas être suspecte. Et puis l'on vint tirer sur ma robe, c'était la petite fille qui me souriait de toutes ses dents, elle m'informait que nous allions bientôt manger et qu'il fallait rentrer car il allait bientôt faire noir, demandant même la confirmation à son père avant de me prendre la main pour me montrer le chemin, elle semblait si débrouillarde. Tenir la main d'un enfant était une chose merveilleuse, surtout lorsque ce dernier tenait la notre, cela prouvait une certaine affection à notre égard et cela réchauffait ma poitrine. Cependant un nuage vint ennuyer mon songe, j'eus soudainement en tête le visage du paternel en tête, lorsque je m'étais réveillée ici et qu'il me considérait comme dangereuse pour sa princesse, comme si j'étais une criminelle, une femme horrible. Libérant ma main gauche de son emprise je vins croiser les bras d'une façon effrayée et squelettique, me les caressant comme pour capter une quelconque chaleur, « pardon ... » avouai-je d'une voix nouée, les yeux brillants avant de me remettre à avancer, d'une marche plus rapide et les dépassant comme si je connaissais la route. Je me sentais mal, j'avais oublié que je n'avais pas le rôle de la gentille ici, comme au camp.
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MessageSujet: Re: A drop of free water.   Sam 18 Juin - 13:52

- Par ici.

A vouloir aller plus vite que les habitants du coin, la jeune femme s'était trompée de chemin. Je n'avais pas compris son geste, mouvement rapide et incompréhensible qu'elle avait fait à l'encontre de ma fille pour lui lâcher la main, subitement. Cela valait bien de garder un œil sur elle, ses actions étaient parfois un peu brusques, sans le vouloir, je me doute, et bizarres. Oui, plus bizarres que méchantes. Je ne voyais pas en elle une personne mauvaise au point d'appeler l'armée, -le gouvernement avait d'autres choses à faire que de courir après une jeune demoiselle un peu folle sur les bords-. Je prendrais donc naturellement les choses en mains sans demander l'aide d'amis -ou d'ennemis-. La petite Meilan se joint à moi, alors, laissant un peu seule la nouvelle, elle me regarda d'un air qui me fit comprendre qu'elle n'avait pas deviné ce qui clochait chez notre invitée. Tant mieux d'un côté. Je lui fis un sourire qui sonna un peu faux, je l'avouai, mais elle n'en cogita pas plus que ça et alla cueillir des fleurs qui se trouvaient sur le chemin, prétextant que ce serait pour égayer un peu plus la table de ce soir : il fallait que ce soit beau, d'après elle.

- Vous voulez vous rafraîchir le visage avant de passer à table ?

Nous étions arrivés devant la porte, sous le auvent construit en bois. Je lui pointai alors de mon menton la petite bassine d'eau qui était changée à chaque fois qu'elle paraissait sale, ou lorsqu'elle était trop souvent utilisée. Je lui expliquai alors qu'avant chaque repas nous avions coutume de nous laver les mains, mais si le visage avait besoin d'être passé à l'eau, il n'y avait pas de problème. On mettait moins de temps à atteindre la bassine que la rivière en contrebas. D'ailleurs, la petite fille n'attendit pas que je finisse de parler pour se rincer les mains vigoureusement dans le bac après être montée sur une petite cagette en bois, trop petite pour parvenir jusqu'à la planche où était suspendu le récipient. D'ailleurs, un petit miroir faisait partie du décor. Un peu sale dû à la poussière lors des journées venteuses, mais il faisait l'affaire pour se recoiffer rapidement. La fillette fit alors des grimaces devant avec des bruitages d'animaux ou, tout simplement, enfantins, qui n'appartenaient qu'à eux, à leur âge. Elle prit le petit bouquet de fleurs et entra comme une furie dans la maisonnette, n'oubliant pas d'enlever ses chaussures d'une vitesse qui l'habitait de manière permanente.

- Ne faîtes pas attention, elle est toujours comme ça. Elle a hérité ça de sa mère.

Je regardai un instant la porte qui s'était à moitié refermer sur mon enfant avant de revenir à moi, quelques micro-secondes plus tard, pour proposer à PeiZhi d'utiliser le bassin en premier. Elle se regarda sûrement un instant dans le miroir, ou peut-être allait-ce durer une éternité, mais j'écourtai la sensation qu'elle pouvait ressentir en découvrant son reflet comme un écho.

- Ma mère est une excellente coiffeuse amatrice. Elle n'a pas eu de filles, mais elle aime beaucoup s'occuper des cheveux de celles qui passent par ici. Elle s'est entraînée avec Meilan. Ce soir, elle pourra sûrement vous arranger ça.

Je la laissai tranquillement terminer avant de prendre sa place. Je plongeai alors mes mains dans l'eau tiède qui m'était présentée et je soupirai de bien-être car, effectivement, travailler manuellement n'était pas de tout repos, mes doigts étaient scarifiés de pas mal de blessures, certaines fortement entaillées depuis un moment, d'autres n'étaient que des coupures partielles. Je pouvais bien évidemment faire mon boulot avec des gants, comme tous paysans du coin, mais je n'aimais pas me sentir prisonnier. La liberté de mon épiderme était importante pour moi, j'avais l'impression de pouvoir soulever plus de montagnes que n'importe qui.

- Je sens que vous allez aimer le repas de ce soir.

En effet, de dehors, nous pouvions sentir une très bonne odeur parfumer l'air, et celle-ci provenait de la cuisine. Ma mère avait dû faire mille et une merveilles pour que la jeune femme se sente comme chez elle et apprécie un peu plus le repas. Le goûter avait été tellement rapide... Je savais que je pouvais confier cette tâche à ma vieille paysanne sans problème. Elle était tellement dévouée aux autres.

- J'espère que vous allez enfin vous régaler ce soir. Ne soyez pas timide, ma mère pourrait penser que vous n'aimez pas ce qu'elle a mit autant de temps à préparer.

Je passais alors devant elle pour ouvrir la porte afin qu'elle découvre la table remplie de belles choses, et surtout parce que j'avais l'impression qu'elle était effrayée de passer l'entrebâillement de cette dernière, à croire qu'elle était ensorcelée par des méchants lutins qui allaient lui sauter dessus. Une fois à l'intérieur, elle s'arrêta, sûrement parce qu'elle ne savait pas où se placer, Meilan fût la première à lui dégoter une place, et pas des moindres, à côté d'elle. La petite fille fit plusieurs signes à PeiZhi afin qu'elle daigne bouger du minuscule couloir qui séparait l'entrée et la salle à manger.

- Vous ne pouvez pas vous perdre cette fois-ci, vous n'avez qu'à suivre la voix de ma fille.

Un peu d'ironie. Je marchai alors vers la place qui m'avait été destinée depuis mon enfance car, malgré que je fus l'homme de la maison à ce jour, il m'était impossible de prendre la place de mon paternel, pour plusieurs raisons qui m'étaient propres. La première, et la principale : je ne voulais pas lui ressembler. Homme très dur avec ses enfants, il n'était pas réellement apprécié en tant que père. Il était froid et méchant. Les règles étaient les règles et si par malheur nous devions les contourner, nous avions le droit à une bonne correction et un repas en moins dans l'estomac. La deuxième : parce que ma mère l'aimait malgré tout. Je m'en voudrais de faire comme s'il n'avait jamais existé, comme s'il n'était plus présent à ses côtés, comme s'il ne méritait pas un peu d'honneur, encore. Et la troisième, un peu plus personnelle cette fois-ci : j'avais envie qu'il me regarde de cette chaise où il m'a longtemps sermonné. J'aime le fait de m'imaginer qu'il est là, avec nous, de manière à lui prouver que je suis quelqu'un, que même si je n'ai pas suivi ses recommandations, je suis le seul d'entre mon frère aîné et moi-même à être revenu pour prendre soin de la femme qu'il a tant chéri, à sa façon.

- Chaud. Chaud.

La petite vieille d'une soixantaine d'années arriva en criant de la cuisine jusqu'à la table, courant presque aussi vite qu'une tortue, elle était mignonne. Elle portait un plat en cuivre rectangle avec les bords ronds, ce qui annonçait donc le poisson. Elle s'était aidé de chiffons pris dans la cuisine et qui servaient, quelques instants auparavant, à essuyer la vaisselle. Je fis de la place précipitamment sur le napperon principal afin qu'elle puisse y déposer, non pas avec adresse, le met indispensable pour accompagner les différents légumes cuits de différentes manières : pochés, à la vapeur, poêlés, enfournés... Je doutais réellement que l'on puisse avaler tout ça, même si nous étions quatre autour de la tablée.

- Ca sent trop bon ! Les jolies couleurs...

Meilan, après s'être concentrée sur les différents ingrédients proposés sur la table, regarda alors son maigre bouquet de fleurs et fût, rapidement, triste. Elle expliqua alors, avec ses mots d'enfants, qu'elle trouvait sa botte de marguerite ridicule à côté d'autant de nuances. Je souris rapidement et la rassurai très vite. Les marguerites allaient parfaitement avec la couleur du napperon. Elle fût remplie de joie et se tourna subitement vers la jeune invitée pour lui demander son avis.

- Tu trouves aussi ?

Avec des yeux remplis de lueurs, remplis d'innocence et de beaucoup de tendresse, elle fixait la femme qui était à ses côtés, attendant des mots de réconfort qu'elle espérait grandement. A ce moment là, je fus un peu anxieux. Je ne savais pas comment pouvait réagir la jeune femme auprès d'une enfant. Elle semblait être dans un autre monde entourée d'adultes, j'avais peur qu'elle ne puisse comprendre qu'une fillette ait besoin d'être rassurée. Je stoppai alors la discussion concernant les fleurs très rapidement en frappant dans mes mains, ayant posé la canne contre l'une de mes cuisses.

- Et si nous commencions à manger avant que ça ne refroidisse, je meurs de faim après une journée aussi éprouvante !

Ma mère s'empressa alors de couper le poisson fris et de servir, dans une assiette plate qui appartenait à la famille depuis des générations déjà, la même quantité à chacun d'entre nous. Je m'empressai alors de prendre les couverts couleur argent pour goûter à toutes ces jolies choses préparées avec grâce et audace : elle n'avait eu que quelques heures pour se mettre à la tâche, tout de même ! Je fus stupéfait dès la première bouchée de tous ces goûts qui explosaient en bouche, ils se mariaient parfaitement les uns avec les autres et je ne pus me retenir de lancer un bruit pour faire comprendre que mes papilles entraient dans une jouissance culinaire.

- Vous en pensez quoi, Mad'moiselle ?

Ma mère n'avait pas encore touché à son assiette et avait attendu que la jeune enfant qu'elle avait accueilli comme la sienne en début d'après-midi lui dise ce qu'elle pouvait penser de ce qu'elle venait de préparer. Ses yeux s'étaient arrondis à l'idée de connaître l'opinion de cette PeiZhi.

- Elle veut peut-être tout simplement apprécier le repas ? Arrêtez de lui poser des questions à la fin ! Vous n'êtes pas obligée de répondre PeiZhi, insistai-je donc en tournant mon regard vers cette dernière, les sourcils encore froncés par la remarque que je fis aux deux autres filles qui se trouvaient autour de la table.


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MessageSujet: Re: A drop of free water.   Sam 18 Juin - 19:27

Il y avait tellement de choses sur cette table, je n'avais rien vu de tel depuis avant mon entrée au camp, quand nous faisions des réceptions au sein du lieu de vie familiale je me rappelais de cet énorme buffet avec des tas de bonnes choses, c'était coloré et brillant comme une viennoiserie sortie du four. J'étais friande de la bonne nourriture, toujours proche du buffet, prête à me resservir à tout instant et même que parfois ma mère me faisait une réflexion en disant qu'aucun homme influant ne voudrait d'une baleine, et puis je reprenais une bouchée juste derrière en riant. Cette ambiance me manquait terriblement, ma famille me manquait terriblement. Quant aux Hee, l'unique vrai repas que j'ai partagé avec eux fut bien modeste, un bouillon des plus classiques – mais bien meilleur que celui servi là où l'on me retenait captive.

La vieille dame s'était donnée du mal pour faire un tel repas, je ne savais d'où donner de l'oeil, tout me donnait envie, c'était beau, ça sentait bon, bref un rêve. Cependant il y avait un hic, je serai incapable de manger tout ça, même mon assiette sera une réelle épreuve pour moi. Une moue s'était d'ailleurs dessinée sur mon visage, gênée, surtout en repensant aux paroles du paysan concernant sa mère qui pourrait s'imaginer sa cuisine infecte. Je ne savais encore que faire. Et puis la petite qui vint me poser une question, je n'avais pas écouté, je ne savais pas de quoi elle parlait, j'avoue avoir paniqué l'espace d'un instant, chagrinée à l'idée de ne pouvoir lui donner une réponse digne de ses jolies prunelles, au lieu de ça, je l'avais fixé un moment, avant que le paternel vint couper ce temps, nous encourageant à manger. Le stress montait alors, je sentais mon cœur battre plus fort dans ma poitrine alors que je prenais d'une main fébrile l'assiette que la dame me tendait, ça sentait affreusement bon, je regardai la portion dans mon plat, rien que ce morceau de poisson était bien trop imposant pour mon petit estomac. Je ne pouvais pas leur dire que j'avais passé trois ans de ma vie dans un camp, il y va de ma sécurité et de la leur, je ne pouvais pas dire que mon alimentation fut principalement constituée d'un bouillon proche de l'eau, avec quelques morceaux de navet très fades, d'une ridicule portion de riz et d'un morceau de pain dur. Bien sûr que mon appétit en avait pris un coup, bien sûr que je ne serai plus jamais friande des bonnes choses comme autrefois, il me faudra au moins plusieurs années avant de retrouver un poids correct, mon poids d'autrefois. Des bruits de couverts se firent entendre, ainsi que des bruits affirmant que la nourriture était aussi délicieuse qu'elle le laissait paraître, mes yeux restaient fixés sur ces couverts d'ailleurs, ma main droite allait être un véritable handicap cette fois-ci et cela m'inquiéta, refusant toujours qu'ils constataient cet aspect physique qui m'était propre. Je ne pris que la fourchette en argent à l'aide de ma main gauche, heureusement que le poisson se cassait facilement, je soufflai sur le morceau avant de doucement l'emmener à ma bouche. Il y avait tellement de goûts différents apportés par la cuisson et la sauce, le poisson fondait en bouche et moi j'aurais pu fondre en larmes, m'étant simplement retenue pour ne laisser paraître mes émotions qu'à travers des yeux brillants, je n'avais pas mangé de poisson depuis si longtemps, j'en avais oublié la saveur et la texture jusqu'à ce soir où ces dernières vinrent en me mettant une claque en plein visage, c'était bon, beaucoup trop bon. Je n'eus le temps d'avaler ma bouchée qu'une autre question vint à m'être posée, par cette fois-ci la cuisinière. J'avais rougi et reposé ma fourchette afin de pouvoir cacher ma timidité et en même temps pouvoir finir mon morceau sans que l'on m'observe mâcher. C'était compliqué de répondre à une inconnue, ne pas savoir la réaction que la personne pouvait avoir était frustrant, car j'aurais aimé lui dire que ce met était divin mais j'aurais aimé rajouter que je n'arriverai pas à finir même avec toute la volonté du monde, elle ne me comprendrait peut-être pas, elle me jugerait peut-être. Et puis le paysan qui m'avait amené ici intervint une nouvelle fois, je baissais les yeux pour regarder les motifs de la robe que je portais au niveau des jambes, trouvant cela soudainement intéressant. J'essayais de fuir ce soudain changement d'ambiance dont j'étais le cœur du problème, je ne voulais pas que l'on criait à cause de moi, je ne voulais pas créer une dispute familiale. Je me tus, hochant simplement la tête pour afficher que j'avais bien compris ce que venait de me conseiller l'homme dont je ne savais même pas le nom. Puis il y eut un temps durant lequel les sons de l'argenterie faisait un certain rythme, ils s'étaient remis à manger sauf moi qui repris mon couvert qu'un instant plus tard, mangeant extrêmement doucement, essayant de faire de mon mieux pour avaler le plus de chose pour ne pas les vexer. J'aimais beaucoup les légumes à la vapeur mais le riz parfumée était une merveille aussi, j'avais l'impression de manger des tonnes de nourriture et pourtant il n'y avait que de très petites portions dans mon assiette, rappelons cependant que j'étais en train de me forcer. Jusqu'à arrêter pour me tenir le ventre comme pour signe que j'avais bien mangé, je souris faiblement à la paysanne pour la remercier pour ensuite regarder les autres finir leur repas et écouter la petite Meilan continuer de raconter ses extraordinaires aventures.

Et puis tout le monde se mit à bouger autour de ma personne, le repas était fini et tout le monde se pressait telle une fourmilière pour débarrasser la table, j'aurais aimé les aider mais je ne me sentais pas très bien. J'étais lourde, je formais beaucoup de salive et je respirais plus fort qu'avant, non, quelque chose n'allait pas. Quand l'homme revint, mes yeux rivèrent sur lui, je devais être un peu plus pâle. « Pourquoi est-ce que vous voulez encore me couper les cheveux ? … », Madame Hee s'en était chargée, j'avais perdu la seconde moitié de mon dos en longueur ainsi que beaucoup de nœuds, je lui avais demandé d'une faible voix nouée, pourquoi cette question maintenant ? Apparemment aucune raison particulière, peut-être simplement parce que sa gentille maman ne se trouvait pas dans les parages, une fois sur mes deux pieds je me maintenais à la chaise, toujours en le regardant d'une façon peinée, « ils sont bien là ... ». Après cet échange il y eut un rot, je mis ma main semi-paralysée devant ma bouche, là n'était pas le problème mais plutôt ce qui arrivait. J'ai donc couru à travers la pièce pour sortir de la maisonnette, m'éloignant le plus possible avant de rendre mes tripes contre un arbre. Je me sentais humiliée et terriblement gênée, recrachant tout le repas que la vieille dame avait tendrement préparé, je n'aurais jamais dû me forcer, je n'aurais jamais dû penser que je pouvais faire beaucoup mieux que mes capacités actuelles d'un coup, je n'aurais jamais dû mentir, qu'est-ce qu'elle ira croire maintenant ? Que je suis une femme sans respect, sans valeur, une bonne à rien, ces mêmes mots qu'on nous rabâchait sans cesse dans le camp, toujours soutenue par le tronc d'arbre et je mis à pleurer à chaudes larmes, j'en criais presque, c'était de la peine, de la pure peine, comme si toute la douleur accumulée sortait d'un coup du petit corps que j'étais, ce n'était pas comme chez les Hee non, c'était bien plus violent. Les visages de ces soldats me firent frapper ce vieux tronc d'arbre jusqu'à finir à sang, je ne contrôlais plus rien, je devais évacuer cette peine. Des pas s'approchèrent cependant, je les avais entendus ce qui m'avait permis de m'éloigner davantage pour pouvoir m'adosser à un autre arbre un peu plus gros, plus loin, afin de pleurer en cachette bien que mes gémissements me trahirent bien vite et j'eus soudainement peur. « Laissez-moi, laissez-moi s'il vous plaît ! », je serrai les dents, me recroquevillant davantage contre cet arbre, « je veux plus retourner là-bas ! Pas les camps ! Nan pas les camps ... », un tas de démons ressortaient, ils étaient tous autour de moi et moi, je me cachais dans mes mains pour pleurer, tremblante comme une feuille, me balançant d'avant en arrière et me cognant à plusieurs reprises contre ce dossier de bois. J'avais mal, j'avais froid, j'avais peur.
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MessageSujet: Re: A drop of free water.   Dim 26 Juin - 10:43

- Ce n'est que moi...

Ma voix s'était faite un peu plus douce, je n'avais pas utilisé un ton autoritaire comme les dernières fois où je lui avais adressé la parole. Cependant, je ne dis que ces mots, ne sachant vraiment ce que je pouvais rajouter. Elle était comme paralysée auprès de cet arbre grâce auquel elle essayait de se cacher. De se cacher, oui, mais de qui ? Tout  ce qu'elle demandait, c'était simplement ne pas retourner dans les fameux camps dont elle n'arrêtait pas de déblatérer des choses incompréhensibles. Ces fameux camps dont sa seule question envers mon personnage avait été de savoir s'il en existait dans les parages et si j'avais l'intention de l'y ramener. Je commençais réellement à m'y perdre un peu. Il y avait forcément un rapport, un lien que je n'arrivais malheureusement pas à trouver. Qui était-elle ? D'où venait-elle ? Qu'avait-elle subi ? Beaucoup de questions rentrèrent en ligne de mire en un si court instant. Mais je devais me concentrer sur cette pauvre gamine qui semblait terrorisée.

- Ce n'est pas si grave. Ma mère comprendra que vous n'ayez pu garder son repas. Elle en a fait tellement qu'elle ne se posera sûrement aucune question d'ailleurs. Vu votre apparence chétive, elle s'en voudra plutôt d'avoir fait autant de plats. Elle m'a dit qu'elle vous préparait un peu de bouillon de volaille et une purée de légumes frais pour ce soir accompagnés d'une tisane. Ça passera sûrement beaucoup mieux que tous ces mets solides.

Elle n'avait rien dit. Même lorsque je me tus pour lui laisser la parole. Elle resta silencieuse un instant, toujours au niveau de ce vieil arbre qui semblait être le seul à même de la protéger et rendre l'endroit sécuritaire, bien plus que moi je ne le pourrais à ses yeux pour l'heure. Je regardais alors autour de nous, l'emplacement était si calme que l'on pouvait entendre le cours de la rivière aller d'un point à un autre, les petits oiseaux grimper dans les arbres le bec rempli de nourriture, et même les petits poissons non comestibles sauter de l'eau formant alors de nombreux cercles. Je n'avais plus le temps de m'arrêter sur ses choses-là, tout du moins, je ne me le permettais plus, un peu dépasser par les événements, un peu dépasser par le travail à fournir. Je pris alors une grande inspiration et me mis à sourire intérieurement en regardant cette nature qui nous laissait pas mal de choses à contempler.

- Une fois qu'elle aura fini de tout préparer, ma mère vous coiffera. Elle m'a dit qu'elle rêvait de vous faire une jolie tresse pour cette nuit. Elle vous a d'ailleurs préparé une robe que vous pourrez enfiler afin d'être plus à l'aise pendant votre sommeil.

Robe qui appartenait, d'ailleurs, à ma défunte femme. Mais je taisais ce détail.  Mon épouse était fine, un peu moins que PeiZhi, mais la vieille dame était sûre que malgré tout, l'invitée surprise la porterait sans problème. Je claquai mes doigts sur le haut de ma canne avant de reprendre la parole.

- Lorsque vous vous sentirez de retourner à l'intérieur, vous pourrez monter dans la chambre qui vous est destinée, ma mère vous rejoindra. Ma fille dort, alors faites simplement attention lorsque vous monterez les escaliers. Je rentrerai un peu plus tard.

Plus tard, oui, tout simplement parce que je devais préparer le bassin des poissons que je devrais vendre dès le lendemain dans les différents marchés avec lesquels j'avais signé un accord. Les affaires fonctionnaient bien en ce moment, et il était impensable pour moi de laisser passer une chose de me faire de l'argent, même l'invitée surprise ne pouvait me faire changer d'avis là-dessus. Nous avions besoin d'argent, d'une très grosse somme, pour refaire le toit de la maison qui, dès les premiers orages de l'automne prochain, tombera en ruine sans attendre que nous soyons en sécurité. Je m'étais formellement interdit de faire passer autre chose avant ça, bien que je m'inquiéterais forcément sur le chemin de savoir si tout se passe bien entre ma mère et l'inconnue. Je me poserais sans aucun doute la question ayant rapport avec la sûreté de ma fille aux côtés de PeiZhi.

- Comme je vous l'ai répété, vous êtes à l'abri ici et personne ne compte vous faire du mal... Bien que vous ayez du mal à y croire, j'ai l'impression.

Ce n'était pas un reproche, loin de là. Mais j'avais du mal à garder mon sang froid lorsque l'on me faisait rabâcher les mêmes choses une journée entière. J'avais ce côté impatient qui n'était pas parti avec le costume militaire que j'avais rendu, loin de là, cela faisait maintenant partie de mon caractère et il était difficile pour moi de gérer ce défaut de ma personne.

- Je ne vais pas pouvoir passer mon temps à vous expliquer qu'il n'y a pas de camps dans les alentours et que nous sommes bien trop loin du camp militaire de Lapanalda pour que des soldats viennent roder dans les parages, maintenant, si vous ne voulez pas vous mettre ça en tête, sachez que je ne pourrais courir après vous indéfiniment du fait de mon handicap.

Il est vrai que j'avais haussé un peu le ton, comme l'on pourrait gronder une petite fille qui nous agace ou qui vient de commettre une bêtise. J'étais père, après tout. Je pris malgré tout une grande inspiration, prêt à tourner les talons avant de comprendre que j'y avais été, peut-être, sûrement même, un peu fort avec elle et je sortis un léger « pardon » avant de lui expliquer ce que je voulais vraiment dire.

- Si je vous fais peur, je ne peux pas vous empêcher de vous en aller. Je vous avais prévenu que dès lors où vous auriez pris un peu de nourriture, je pourrais vous faire prendre le bus qui vous ramènerait chez vous. Le plus gros souci, maintenant, c'est l'heure. Il est tard, et je doute que l'un d'entre eux va passer ce soir. De ce fait, vous restez une nuit ici, et si vraiment, vous ne vous sentez pas capable de rester plus longtemps parmi nous, vous prenez votre petit-déjeuner demain matin et ma mère vous amènera à l'arrêt. C'est aussi simple. Mais je ne peux faire des efforts si, de votre côté, vous n'en faites pas également.

Elle s'était tût pendant tout mon monologue, et même par la suite, elle restait muette accolée à son arbre. J'avais eu une dure journée et la limite de la patience que je pouvais avoir avec une personne avait, depuis longtemps, été dépassée. Je ne pouvais pas la supporter plus longtemps. Il fallait que je m'éloigne de cette jeune femme avant que je ne regrette une action, un geste. Je râlai alors entre mes dents avant de lui balancer ce que je lui demandais de faire et qui me semblait, pour moi, facile à comprendre.

- Rentrez à la maison, rejoignez votre chambre, faites vous pouponner et ne faites pas la gamine auprès de ma mère qui reste affaiblie par le poids du travail fourni toute sa vie. C'est tout ce que je vous demande de faire pour la plus grande sérénité de tous. Restez bien à l'intérieur, et si vous avez besoin de me parler, qui sait, attendez que je revienne du bac à poissons. J'ai besoin de prendre l'air, moi !

La dernière phrase, je l'avais envoyé comme ça, en tournant les talons. J'étais à bout de nerf et il fallait que je me retrouve avec, pour seule compagnie, moi-même. J'avais tellement à faire et mon cerveau était tellement retournée à cause de cette inconnue que j'avais croisé par hasard. Si j'avais su... Je ne pouvais plus supporter cette jeune femme qui se comportait comme une femme préhistorique, qui venait d'un autre temps, et qui n'avait rien à faire de toutes ces paroles rassurantes que l'on lui répétait sans cesse. Elle n'entendait rien. Rien du tout. Et moi, j'étais fatigué.


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MessageSujet: Re: A drop of free water.   Dim 26 Juin - 17:07

A cet instant précis, j'avais envie de disparaître. Mon corps se collait au tronc comme dans l'espoir de finir à l'intérieur, d'être caché ou mieux encore : d'être absorbé à jamais. Je n'aimais pas qu'on me crie dessus, ce ton froid me rappelait un passé encore bien trop récent, cela me rappelait également que je n'étais pas à ma place ici. Ici, j'étais une femme pas jolie, suspecte, surveillée, potentiellement dangereuse alors que je n'étais qu'une victime. Je triturais mes doigts, torturais mon être à me taire, à ne pas répondre à ses remarques, à me retenir de pleurer, mes larmes avaient d'ailleurs collé certaines de mes mèches sur mon visage.
Pourquoi ces soudains reproches ? Ce changement de ton ? Je n'avais pas demandé tout ça moi, il n'était même pas obligé de venir me voir, surtout pour être comme ça avec moi, moi qui avais besoin d'un certain réconfort et de tendresse, pas d'un bourrin qui me grondait d'un coup d'un seul alors que j'avais simplement le cafard. Pourquoi m'avait-il ramenée ici si il n'était pas capable de me supporter ni même de me faire confiance ? Avais-je réellement des airs de coupable ou bien même de méchante ? Surtout vu mon état, même sa fille pourrait me mettre à terre. Ma main droite essuya mes yeux, ma mâchoire était toute engourdie de m'être retenue de crier et de pleurer davantage, mes lèvres tremblaient, tout mon corps tremblait. Il s'était excusé pour m'engueuler davantage, ça me faisait mal au cœur, j'espérais avoir trouvé ma place ici, à m'occuper des poissons, aider la vieille dame à s'occuper de la maison et de la petite fille, mais comment se sentir à sa place si le chef de famille ne vous aimait pas ? J'allais devoir partir, par chance le bus m'emmènera chez les Hee – je ne connaissais pas la route, autrement je m'arrêterai là où bon me semblera, là où peut-être quelqu'un acceptera de me prendre sous son toit le temps que tout aille mieux et que ce quelqu'un m'accepte et m'apprécie, contrairement à ici.

Je n'avais plus de voix, aucun son ne sortait de ma bouche alors que je souhaitais lui présenter mes excuses du fait de tous les déranger et de profiter de leur gentillesse sans rien pouvoir donner en retour, que je partirai demain et qu'ils n'entendront plus jamais parler de moi, qu'ils retrouveront leur quotidien, mais rien ne venait. J'étais peut-être trop émue, il y avait quelque chose de lourd sur ma poitrine, ma respiration avait elle aussi pris un coup. Quelque chose de tiède coulait sur mes joues, sans bruit, mais tout comme lui j'étais à bout et je n'arrivais plus à retenir mes pleurs, c'était trop dur pour moi.

Des bruits de feuilles piétinées se faisaient soudainement entendre, certaines s'envolaient certainement, je courrais au travers des arbres alors que le paysan n'avait eu le temps d'aller bien loin, des traces d'eau apparaissaient sur ces feuilles, c'était mes larmes. Je m'exécutais, je courrais vers leur maison de bois, je courrais vers elle car je ne voulais plus me sentir mal, je me sentais mal parce que le chef de famille avait passé ses nerfs sur moi. Adossée au mur, mes mains tremblantes essayaient de me rendre présentable, essuyant comme elles le pouvaient quelconques preuves de tristesse. Inspirant, expirant, inspirant, expirant, cette opération dura un moment afin que mon cœur ne me fasse plus mal du fait qu'il battait très vite et très fort, cela se termina par un long soupire.

D'une façon discrète, je rentrai dans la maison et empruntai les escaliers tout aussi furtivement sous demande du père pour cause que la petite Meilan dormait. Les traits de mon visage étaient tirés comme si des poids étaient accrochés à chaque extrémité, la peine se lisait tout autant que la détresse et la solitude, j'avais besoin des miens que je ne reverrai peut-être plus jamais ou pire, qui me rejetteront. L'image de mes parents me vint en tête, ils étaient droits et dignes mais en même temps tellement protecteurs et aimant, ils m'ont protégé comme ils l'ont pu lors de ma grossesse ou bien même après – même si ce ne fut qu'une seule semaine. Et puis mon Hiro, mon doux petit qui devait attendre mon retour, demandant à son père pourquoi je n'étais pas là. A ce même moment, je passai devant la porte de la petite fille, où était sa mère à elle aussi ? Le pire me vint en tête : elle devait être au camp. Une grimace triste vint se dessinait sur mon bien pauvre visage. Quelque chose – ou quelqu'un, m'interdisait de l'approcher, j'étais dangereuse, mais je souhaitais voir cette petite perle dormir, mes yeux restaient bêtement sur son nom en lettres de bois sur la porte dont la peinture n'était plus bien fraîche, ma main inutile sur la poignée, la lèvre mordue, incertaine, mon visage se tourna vers l'escalier, et constatant le silence, je finis par entrer doucement dans la chambre de la petite, laissant l'obscurité reine des lieux. Ce devait être une vraie chambre de petite fille, avec un tas de poupées, de peluches et de fleurs, et pourtant quelque chose m'empêchait de sourire : la savoir sans sa maman alors que moi, j'avais eu la chance de sortir. M'approchant du lit, je me mis à genoux afin de mieux admirer son ombre, la seule chose qu je pouvais observer de sa personne, elle était si petite et fragile … comme mon fils doit l'être aujourd'hui. Quelque chose me pinçait le cœur, mon enfant me manquait terriblement, je ne pouvais plus le protéger, je ne pouvais plus assouvir mon rôle de maman comme il se devait. Tout comme la maman de Meilan, cette petite puce qui n'avait rien demandé à personne … Ma tête se posa sur les couvertures et ma main sur la sienne qui semblait minuscule, comme celle d'une petite poupée. Nous restâmes un moment comme ça, jusqu'à ce qu'elle se mit à bouger et faire de petits bruits pendant son sommeil comme si elle allait se réveiller, ce fut le pourquoi je m'empressai de sortir de la chambre, pour ne pas qu'elle me reconnaisse et aille le dire à son père, j'avais encore ce regard froid en tête, je venais de toucher à ce qu'il avait de plus précieux, j'avais peur des représailles.

Alors que je regardais par la fenêtre de la chambre, assise sur le rebord, comme si de rien n'était – il ne fallait surtout pas avoir l'air suspecte, la dame Lu se présenta à ma porte en toquant d'une façon à peine audible et extrêmement paisible, ce qui la représentait parfaitement. Elle me souriait d'une façon navrée, comme si elle s'en voulait de ce qu'il venait de se passer, avec un plateau contenant un bol, une tasse et une petite assiettes fumants. Qu'est-ce qui clochait chez son fils pour ne pas être comme elle ? La grand-mère s'excusa, je secouai simplement la tête, elle n'avait pas à s'excuser. Posant le plateau de nourriture sur le lit, elle m'invita à manger ce qu'elle m'avait fait, tout ce que le paysan m'avait dit tout à l'heure. Je me forçai une deuxième fois, buvant l'intégralité du bouillon dans un joli bol de porcelaine, laissant un peu de purée et gardant la tasse pour plus tard, c'était toujours aussi bon, et je me sentais mieux que tout à l'heure.
Je me changeai, mettant la robe de nuit que la dame m'avait gentiment apporté – bien qu'un peu grande pour moi, après quoi je me fis coiffer. Elle chantonnait parfois, c'était étrange, comme si cela me rappelait un lointain souvenir, au camp personne ne chantait, personne ne faisait de musique, pas même un bruit, c'était le vide et la terreur. Elle me parlait aussi de sa famille qui l'entourait aujourd'hui, comme quoi élever des enfants était une chose merveilleuse, je m'étais forcée à sourire alors qu'elle continuait à démêler mes nœuds.
Sur toute la durée de la coiffure, elle m'affirma au moins cinq fois que je pouvais rester ici tout le temps que j'avais besoin et que je serai toujours la bienvenue. Cette madame était si gentille, j'aimerais l'aider avec plaisir ici, aussi longtemps que possible mais son fils rendait la toile plus sombre, il fallait que j'en parle, mais parler me fait peur, surtout avec lui.

La grand-mère quitta ma chambre après m'avoir souhaité une bonne nuit, je lui rendis son souhait tout en m'inclinant puis retournai à la fenêtre regarder le temps passer – et le chef de famille rentrer.
Tout était sombre dehors, le vent donnait parfois un mouvement aux arbres et des animaux nocturnes se baladaient parfois, il n'y avait pas un tel paysage – pourtant si banal – au camp. Là-bas, quand on regardait par notre minuscule carreau on voyait un grillage au loin, un grillage et des soldats. Quelque chose de lent s'approcha de la maison, c'était le père, durant mon attente j'avais oublié ce problème de jambe et pensai un court instant qu'il lui était arrivé quelque chose. D'une façon aussi discrète que pour monter, je descendis les marches afin d'aller le voir dans leur espèce de salon, faisant mine d'une toux pour qu'il me regarde. « Je veux rester là ... », ma main découvrit ma tresse pour la première fois, je ne m'étais même pas regarder pour voir de quoi j'avais l'air, « je veux m'occuper des poissons et aider votre maman … et Meilan. », je baisse les yeux, gênée et effrayée à l'idée qu'il me rejette, « je sais pas comment retourner dans mon grenier, je sais même pas où il est en fait ... », je tripote à ce moment là ma main inerte avec ma main gauche dans mon dos, un peu tremblante pour cause je ne connais pas ses réactions, « et pardon ... », un temps, « je fais déjà beaucoup d'efforts même si vous ne devez pas le remarquer parce que vous pouvez pas comprendre mais … si vous me laissez ici j'en ferai plus, je fournirai deux fois plus de travail et j'aurais certainement l'air moins bizarre … », la peur de prendre le bus et de me retrouver nez à nez avec un soldat était aussi une cause bien entendu.
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MessageSujet: Re: A drop of free water.   Dim 26 Juin - 18:56

- Vous pouvez.

Ce fût les seuls mots que je pus dire après m'être retourné vers mon interlocutrice lorsque j'entendis ses paroles qui, d'une façon ou d'une autre, me touchèrent malgré tout. Elle avait compris, et ça me fit plaisir. Je regardai alors ses cheveux bruns joliment tressés qui s'étaient posés sur l'une de ses épaules et la magnifique robe qu'elle portait, je me mis alors à voyager dans un passé lointain, un passé où même Meilan était absente et je me souvins alors. Je me souvins de ces soirées où mon épouse dansait dans les escaliers, venant à ma rencontre une fois que j'eus la permission de sortie. Je me souvins de ses mains qui se posaient agréablement sur mon torse de manière à déposer un doux baiser sur l'une de mes joues, ravie de ma présence à la maison. Je me souvins de son sourire, de sa bouche qui laissait échapper un petit rire avant de m'amener à la table du salon de notre propre maison pour que je déguste une fabuleuse tisane encore fumante. Je me souvins de son empressement à connaître tous les détails de ma journée, toutes les personnes que j'avais pu croiser. Je me souvins...

Rapidement, le flash back s'effaça, rendant mon visage aussi triste que je le pouvais puis mes yeux se posèrent sur la jeune femme qui était restée en face de moi, silencieuse, me fixant de ses yeux fatigués. J'émis rapidement un bâillement de manière à ce que mes sentiments ne soient pas détectés par la demoiselle alors que mes yeux étaient légèrement humides. Grâce au ciel, ma mère intervint dans notre petite entrevue m'apportant gentiment cette fameuse tasse fumante que j'avais l'habitude de prendre après une bonne journée de travail, une journée si épuisante. Elle vint au bon moment, je m'écartai alors de cette fameuse Peizhi pour m'asseoir autour de la table, sur ma chaise fétiche avant de lui demander de m'accompagner à l'emplacement que lui avait réservé Meilan. Je changeai alors subitement de chaise afin de me retrouver en face d'elle et attrapai le récipient d'une main, lui proposant alors si elle en voulait une également. Quelque fût sa réponse, ma mère partit à l'étage, nous laissant alors seul à seul. Je me devais de parler à cette femme, il fallait que je brise l'abcès, car j'avais surtout l'impression qu'elle me prenait pour un ogre, monstre que je n'étais pas, et qu'elle réagissait avec moi différemment de la façon dont elle agissait avec les deux autres personnes du foyer.


- Je suis ce que je suis : un ancien soldat, assez baraqué et grand. Une personne qui pourrait faire peur à n'importe qui. Mais il faut parfois passer outre l'apparence physique et percevoir l'état d'âme de chacune des personnes que l'on rencontre, moi y compris.

Ce qui était bien avec Peizhi, c'est qu'elle laissait parler les autres avant de se permettre une quelconque phrase, chose que j'avais, moi-même, parfois du mal à faire lorsque j'étais contrarié. Je pouvais donc lui montrer parfaitement où je voulais en venir sans pour autant faire des dizaines de phrases à la suite, je me permis donc de boire une petite gorgée du breuvage avant qu'il ne refroidisse et me remis à lui expliquer mes intentions. Je lui indiquai donc que j'avais envie qu'elle reste parmi nous de manière à revigorer un peu son corps et son âme, qu'elle avait besoin de nous et qu'on avait, d'une certaine façon, besoin d'elle aussi. Je lui apprenais alors que ma mère avait toujours eu envie d'avoir une fille, que j'avais besoin d'une personne supplémentaire à la pisciculture et que Meilan avait enfin une amie avec qui jouer du matin au soir. Je manifestai également ma façon de la voir : je n'avais aucunement l'envie de la prendre pour une folle furieuse, une personne incapable de se contenir, je voulais qu'elle se sente ici au mieux et qu'elle apprenne à vivre en communauté, chose qu'elle avait sûrement dû oublier pour une raison ou une autre.

- Tout ce que je veux Peizhi, c'est que vous agissiez avec nous comme vous voudriez que l'on agisse avec vous, que vous ne nous mentiez pas, sur aucun point et que vous n'hésitiez pas à parler. Nous vous donnerons le temps qu'il vous faudra pour vous remettre, en contrepartie, je veux que vous m'aidiez aux bassins et que vous appreniez à faire quelques tâches à la maison pour ne pas alourdir le travail ménager de ma mère, pouvez-vous honorer ça ?

Je n'avais pas envie de la brusquer plus que ça, et je n'avais pas non plus le temps de rester autour de la table pendant des heures. J'avais parlé des points qui me trottaient dans la tête mais, alors que je pris ma canne de manière à me lever et rejoindre l'escalier, je m'arrêtai rapidement, tenant la chaise sur laquelle j'étais assis quelques instants auparavant et rajoutai, alors, que j'avais également besoin de connaître son histoire autant qu'elle avait besoin de connaître la mienne pour deviner le pourquoi je réagissais de cette façon. En somme, je lui tendais la main, à elle, à présent, de faire un pas vers moi lorsqu'elle se sentirait prête. Je regardai l'heure d'un coup d'oeil et reposai mon intention sur mon interlocutrice.

- Il se fait tard et je commence tôt demain. Vous montez avec moi ?

Je la fixai un instant avant de prendre ma tasse pour l'amener à la cuisine qui se trouvait juste à côté. Je l'attendis alors au pied de l'escalier et lui fis signe de me rejoindre, qu'elle le veuille ou non, elle avait besoin de force et une bonne nuit de sommeil. Je la laissai passer en premier et la secondai, prenant mon temps pour grimper chaque marche, exténué, comme tous les soirs, peut-être même un peu plus aujourd'hui, par la dure labeur que je subissais chaque jour afin de nourrir ma famille et de faire en sorte que Meilan puisse avoir un avenir.

Arrivés en haut, je m'arrêtai alors subitement à côté de ma porte alors que la jeune demoiselle s'en allait vers sa chambre. Je lui fis un signe du menton furtif afin de lui souhaiter une bonne nuit réparatrice, j'indiquai également que je ne serai pas présent demain matin, mais qu'elle n'avait pas besoin de se lever très tôt. Je lui expliquai alors qu'elle devait s'apprêter avant le déjeuner puisque ma mère aurait sûrement besoin d'elle en cuisine et qu'elle se ferait, surtout, un honneur de lui apprendre certains mets simples à réaliser. Je la renseignai que Meilan ne serait pas présente demain midi, puisqu'elle mangerait chez des voisins, les parents d'une bonne amie. Je supposai, alors, qu'elle passerait une bonne matinée avec ma mère qui la prendrait en charge sans soucis et que mon retour serait aux environs de quatorze heures.


- Prenez votre temps. Ces jours-ci, nous pouvons faire sans vous. Cela dit, dans une semaine, si vous êtes encore des nôtres, je vous apprendrai à agir en tant que réelle piscicultrice. Vous verrez, ce n'est pas si ennuyant que ça.

Je fis un rapide sourire dans sa direction avant d'ouvrir la porte de ma chambre, n'oubliant pas de lui spécifier qu'elle pourrait, à toute heure, compter sur moi si quelque chose la tracassait. Une fois la porte refermée, je ne pus trouver la force de me changer, et me laissai tomber sur les draps non défaits dans un grincement de lit en cerisier.

Mon départ fût programmé pour cinq heures quarante-huit minutes, précisément.


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MessageSujet: Re: A drop of free water.   Mer 29 Juin - 10:27

J'avais souri bêtement en m'asseyant sur le lit, sans que personne ne puisse me juger, j'avais enfin trouvé ma place.

Les jours qui suivirent furent assez intenses pour moi, la grand-mère comme Meilan me parlaient beaucoup, pas avec la même énergie certes mais j'étais beaucoup demandé. Les deux semblaient aux anges à l'idée qu'il y ait une nouvelle femme à la maison, une telle ambiance me faisait du bien même si mon corps se voulait encore trop faible, même la vieille femme était plus réactive que moi, alors ne parlons même pas de la petite fille. Je m'occupais principalement du ménage, je savais le faire et cela évitait à Mme. Lu de se fatiguer davantage à m'expliquer la cuisine, chose que je ne saurai jamais faire. Je n'avais plus vraiment la sensation du goût, je fonctionnai aux odeurs, aux souvenirs, à l'aspect, certes je savais que la nourriture servie ici était bien meilleure qu'au camp mais de là à dire si il y avait trop ou pas assez de sel était bien trop pour moi. C'était comme demander à un aveugle de dessiner ou à un sourd de répéter ce que l'on venait de dire, c'était peine perdu. Quant au ménage, Meilan n'était jamais très loin, soit pour me présenter chacune de ses peluches, soit pour me conter ses incroyables aventures, elle était si mignonne et bavarde, être en sa compagnie était un vrai plaisir, j'enviais son père, et après quoi, je pensais à mon Hiro et une douleur à la poitrine venait rompre ce moment de joie.

A chaque repas, je me sentais un peu plus proche de cette famille même si je ne parlais presque pas, voir pas du tout, même si je ne mangeais toujours presque pas, ce sera certainement l'étape la plus longue de mon rétablissement. Mais le temps fait bien les choses comme on dit, je commençais même à apprécier le chef de famille, il ne m'effrayait plus du tout bien au contraire, à Naji je me sentais bien plus en sécurité que n'importe où à Lansan et vous vous doutez bien que ce n'est pas grâce à la grand-mère … GengLi m'expliquait le métier de pisciculteur de façon très pédagogue, un peu comme un professeur face à une jeune classe, je le regardais faire ses mélanges bizarres pour les poissons, faisant à chaque fois cette même moue inquiète, incertaine de pouvoir reproduire la même chose prochainement, peut-être n'étais-je bonne qu'à jeter de la nourriture à l'eau.

Le sixième soir – tout du moins début de soirée, alors que je restais immobile dans l'eau de la rivière, nue, je profitais de ce moment de détente pour rire, rire sans aucune raison, rire pour constater que je pouvais encore ressentir cette sensation dans mon ventre, sensation que je pensais avoir perdu lors de mon entrée au camp, camp qui n'était qu'une histoire ancienne, j'étais libre à présent ! Je tapais la surface de l'eau, appréciant ses mouvements fluides et gracieux, me sentant peut-être plus forte que cette substance aqueuse. Cependant, quelque chose vint ternir ce très sympathique moment et le gros nuage au dessus de moi n'était pas la simple cause. Le camp. Je n'étais pas simplement une paysanne perdue en pleine nature arrivée par hasard ici, non, j'étais une rescapée, ou bien une fugitive. Au travers du mouvement de l'eau, je constatais ma maigreur et les marques qui ornaient d'une certaine façon mon corps, ainsi que ma main droite dont j'avais inventé une raison pour ne pas que les Lu me suspectent de quelque chose. Le paysan, quelques jours plus tôt, m'avait demandé de ne surtout jamais mentir mais … était-ce une bonne chose de tout leur dire ? Ne prendraient-ils pas peur, tout du moins, ne se méfieraient-ils pas ? Je revoyais le regard sévère du paternel à mon égard, j'eus soudainement froid, j'eus soudainement la sensation d'un vide en moi, j'eus soudainement l'impression que quelque chose n'allait plus sur ce tableau, comme un problème de couleur ou d'harmonie. Je m'étais séchée rapidement et enfilée un sous-vêtement ainsi qu'une robe avant de me mettre à courir, bras croisés, essayant de capter de la chaleur humaine, j'en oubliai même mes chaussures et les affaires de toilette mais qu'importe, je devais rentrer et vite.
Claquant la porte, je courus à l'étage puis dans ma chambre pour m'y enfermer un moment, pour réfléchir.

« Tu ne dois rien dire, tu es PeiZhi … tu es PeiZhi ... », marmonnai-je en me tenant le crâne avec détresse, j'avais peur d'être rejetée, j'avais peur d'être trahie, j'avais peur d'être à nouveau toute seule, mais si un jour la vérité tombait, de par mon mensonge, je serai rejetée, car je les aurais trahi, du fait que j'avais peur d'être à nouveau toute seule. C'était terrible, c'était insupportable.

Peser le pour et le contre ne me rendait que plus folle, je tapais sur mon crâne comme pour me persuader d'aller tout dire à GengLi, au risque qu'il me chasse de chez lui, sauf que je ne voulais pas qu'il me chasse de chez lui, j'étais bien ici et j'avais trouvé ma place ! Je me sentais bien en ces lieux et trop de risques étaient présents pour que je leur avoue ma véritable identité ainsi que mon véritable passé. Mais dans tous les cas ils m'en voudront, autant crever l'abcès maintenant non ?
Et puis quelqu'un toqua à la porte, c'était la petite Meilan qui m'informait que nous allions manger, un faible « j'arrive » plus tard, je descendis avec elle, me lavai les mains avant de rejoindre tout le monde à table, plus discrète que les soirs précédents, plus terne et triste, je gâchais ce joli tableau familial.
C'était comme si nous étions revenus six jours en arrière, comme si cette semaine ne m'avait rien apportée, j'étais tout aussi pâle, maigre et incapable de parler pour le coup. Je me sentais mal, pas à ma place, comme une menteuse, une profiteuse, une mauvaise personne. Heureusement que la petite retenait l'attention en racontant sa journée si trépidante, cela me permit de me nourrir à ma faim c'est à dire juste un peu de soupe et quelques petits légumes croquants. De temps à autre, mes yeux rivaient sur le père, j'essayais d'imaginer ce qu'il pourrait penser, si par la suite il allait perdre la confiance difficile qu'il avait su m'accorder. Je sortis de table, j'avais besoin de prendre l'air, d'être un peu seule pour réfléchir encore mais plus rien ne semblait vouloir fonctionner à l'intérieur, je restai donc telle une coquille vide, à prendre le vent et à attendre, regardant au loin.

Le ciel était rempli d'étoiles, il n'était pas encore totalement noir ce qui nous offrait un très beau spectacle, il semblait tellement plus grand et majestueux que depuis ma cellule, il scintillait de partout et parfois, les ombres des volatiles venaient offrir un spectacle élégant. C'était beau, j'étais bien à ce moment là, mais la petite vint de nouveau me couper dans mes songes, m'informant qu'elle allait se coucher, Meilan disparut après un baiser sur son front et un rapide câlin. Je rentrai moi aussi, il commençait à faire froid, je soupirai alors.

Le chef de famille était encore dans la salle à manger, la grand-mère devait être dans la cuisine, une expression inquiète vint se poser sur mon visage, j'allais devoir parler de toute façon, mon comportement était bien trop étrange. J'attendis que la petite monta pour m'approcher de la table et m'asseoir à ma place, ne regardant cependant pas le père.

« Est-ce que vous allez vous fâchez si, par pur exemple, je vous ai menti ? Vous m'obligerez à repartir ? », ces questions avaient pour but de ne pas me faire paraître suspecte, mais je supposais que c'était raté. « c'est pas ma faute je vous jure … on m'a dit que c'était mieux pour moi … je … non rien. Bonne nuit. », après quoi, je courus me réfugier dans ma chambre, recroquevillée contre un mur, non ce n'était pas une bonne idée de lui dire, non, pas bonne du tout. Surtout qu'il faisait nuit et que j'avais nulle part où aller.
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MessageSujet: Re: A drop of free water.   Lun 18 Juil - 14:36

- Je peux entrer ?

Une demi heure avant, la jeune femme était venue s'asseoir en face de moi, à la place que lui avait octroyé Meilan, c'est-à-dire près d'elle, alors que je buvais tranquillement ma tisane bien chaude, lisant par la même occasion le journal que nous avions reçu, le fameux journal de Lansan. La jeune femme s'était mise à parler, ses paroles je ne les avais entendu qu'à moitié du fait que j'étais plongé dans les absurdités qui étaient écrites sur le papier, du coup, lorsqu'elle prit la peine de me souhaiter un « bonne nuit », je relevai ma tête d'une vitesse inexpliquée, pensant alors que je l'avais froissé par mon manque d'attention envers elle. C'était légitime, après tout. Je m'étais alors mordu le coin de la lèvre, la regardant monter rapidement à l'étage de manière à rejoindre sa chambre. Elle avait fermé la porte et plus aucun son ne me parvenait. Pour la première fois, je m'étais sentis mal. J'avais tellement été concentré sur les abominations racontées que j'en avais oublié une chose : le respect par l'écoute.

J'avais alors demandé à ma mère de me laisser la cuisine et j'avais préparé moi-même l'infusion de PeiZhi. Cela dit, n'étant pas un fin expert j'avais trop laissé mijoter les herbes dans l'eau bouillante, ce qui devait donner un goût assez fort, très prononcé et fade. Pour rattraper ma bêtise, j'avais alors rajouté du sucre, une cuillère et demi, seulement, l'amertume ne pouvait pas être totalement masquée, ce que je ne savais pas. Et puis, je me mis à préparer également quelques friandises pour qu'elle puisse ne ressentir aucune faim durant la nuit, elle mangeait si peu... Sauf que, forcément, les petits cakes salés manquaient de sel pour certains et étaient trop épicés pour d'autres, j'avais oublié un ou deux ingrédients. Une pure catastrophe, mais pas au point que ce ne soit immangeable pour le coup. J'étais alors monté avec le plateau repas et, après une courte hésitation, avais frappé quelques coups à la porte avant de l'entrouvrir pour lui demander son autorisation.

La jeune femme était recroquevillée près d'un mur et n'avait pas vraiment l'intention de s'aventurer dans une autre partie de la pièce, elle restait là, la tête presque enfouie entre ses jambes qu'elle avait replié sur elle-même, elle n'avait même pas répondu à ma demande, juste un haussement minime de ses épaules m'avait fait comprendre que je le pouvais si j'en avais envie. J'étais resté dans l'entrebâillement un petit instant pour la fixer, me décidant par la suite d'entrer pour faire moins sot, également pour ne pas que ma mère se demande ce que je faisais sur le pas de la porte, aussi. Je posai alors le plateau repas sur la couverture du lit que nous lui avions cédé, bien au milieu du meuble, de manière à ce qu'elle puisse s'asseoir et apprécier ce que je lui avais préparé.


- J'espère que vous apprécierez.

Ce fût la seule phrase qui me vint à l'esprit, alors que beaucoup d'autres auraient été plus propices à la situation dans laquelle je me trouvais : gêné, confus et honteux. Je n'osais même plus poser le regard sur cette demoiselle à qui j'avais sans doute froissé l'estime, et le pire, c'est que je ne savais pas comment réparer mon erreur. Quelques friandises et une infusion n'allaient pas clore ce qui s'était passé, et il fallait que j'entame alors les excuses.

- Pardon si je vous ai semblé insolent. Je ne voulais pas vous causer du tort, j'étais simplement pris dans la lecture de l'article et …

Je tournai enfin ma tête vers le visage de mon interlocutrice qui n'avait dit aucun mot depuis mon entrée sur son territoire, elle semblait impassible. Peut-être ne comprenait-elle pas où je voulais en venir, ou peut-être n'avais-je pas compris le pourquoi elle s'était envolée aussi rapidement qu'un oiseau lors de son envol. Quoi qu'il en était, je m'excusai de nouveau de mon comportement et lui demandais de me pardonner d'une manière presque suppliante.

- J'ai fait quelques petites choses salées pour vous, je ne sais pas ce que cela vaut, mais ça vous permettra de tenir la nuit sans avoir faim.

Je laissai alors un léger sourire apparaître sur mes lèvres, bien que celui-ci s'évapora aussi vite qu'il fût arrivé, et je me permis de m'installer au bout du lit, posant ma canne à terre, presque en-dessous du meuble, par habitude, pour qu'il ne se passe aucun accident. La jeune femme, par pure politesse sûrement, vint s'asseoir sur le lit pour venir goûter à quelques bouchées et boire quelques gorgées de la boisson chaude. Je la regardai alors, sans mot dire, mais je vis quelques grimaces cachées au niveau de ses sourcils et ses lèvres. Elle n'était pas une très fine menteuse, autant que je n'étais pas un compétent cordon bleu. Je me permis alors de prendre un petit salé pour goûter, ce dernier fût fade, presque infecte, mais consommable. Je fis alors une mine dégoûtée du fait que mes petits friands n'étaient pas si savoureux que je l'espérais.

- Vous n'êtes pas obligée de vous forcer.

La couleur était terne, l'odeur n'était pas alléchante et il ne fallait même pas parler de la saveur qui me semblait dégoûtante. Soudain, un petit hoquet de rire vint percer le silence, puis deux, puis trois. Je ne faisais que m'excuser, mais les contorsions de mon visage étaient beaucoup plus fortes que moi. Pour une fois, je n'arrivais pas à garder un sérieux approprié à la situation, pour la première fois devant PeiZhi, je n'arrivais pas à contrôler mes émotions et je les laissais, malgré mon désir d'y mettre fin, se propager dans mon corps. Ma main se posa alors sur ma bouche rapidement afin d'affaiblir mon petit fou rire, mon regard souvent inexpressif se transforma en regard moqueur, mes joues qui se trouvaient logiquement faiblardes se soulevèrent pour former des fossettes. Cela dura un petit moment sans que je me rende compte si mon interlocutrice avait suivi le train ou si elle était complètement larguée et faisait encore la tête.

- Pardon... Mais c'est dégueulasse.

Ma bonne humeur s'apaisa sans pour autant ne pas disparaître autant par respect pour la jeune femme que pour ceux qui venaient de se coucher dans les autres chambres et avaient besoin de repos. De plus, je me rappelai du pourquoi j'étais venu la voir, et je ne pouvais lui faire oublier ce malheureux accident que par un fou rire que j'avais longtemps gardé en moi avant de le partager avec elle, ce n'était pas équitable. Je pris alors sur moi de manière à redevenir « sérieux », puis je pris la parole d'une manière tout aussi sincère, parce qu'il fallait bien briser la glace avant que ça ne s'envenime et ne devienne plus lourd dans la relation amicale que nous étions entrain de construire petit à petit. Je raclai alors ma gorge très rapidement pour ne pas perdre plus de temps.

- Vous voulez bien me répéter ce dont vous vouliez me parler un peu plus tôt ? Je n'ai pas envie que nous restions en de mauvais terme à cause de la réaction minable que j'ai eu...

Et j'aurais pu ajouter que j'étais plutôt heureux qu'elle daigne me parler, moi qui lui faisais si peur à son arrivée. De plus, elle parlait tellement peu lors des réunions familiales telles que lors des repas, que j'étais plutôt satisfait qu'elle pense à s'ouvrir un peu, ça lui ferait sûrement du bien, peu importe le sujet qu'elle voulait entamer avec ma personne, j'étais tout ouïe et je comptais bien lui montrer que je n'étais pas seulement un ex-soldat, que je n'étais pas simplement un homme carré, fort et imposant, que je n'étais pas qu'un homme de famille aigri par les situations qu'il avait vécu dans le passé, non. Je suis avant tout une personne comme les autres qui a besoin de converser, de ressentir des émotions bien que je ne puis m'autoriser à les montrer, et que j'avais surtout une écoute très attentive. Surtout qu'elle faisait partie de la famille, enfin, c'était tout comme, pour nous à présent.

- Vous voulez bien ? insistai-je alors qu'elle hésitait à commencer son explication.



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MessageSujet: Re: A drop of free water.   Dim 31 Juil - 1:11

« C'est que … c'est compliqué … , mes yeux s'en allèrent en direction de mes pieds, les trouvant soudainement intéressants, eux qui pouvaient m'éviter de devoir regarder le chef de famille, je triturais de ma main gauche ma main inerte qui maintenant la tasse contenant la boisson peu fameuse qu'il avait d'ailleurs fait pour moi.

Plusieurs fois, j'avais tenté de dire quelque chose, ne serait-ce qu'un mot mais il y avait comme un blocage, un stress certain m'empêchant d'énoncer quoi que ce soit. Ma mine était morne, loin des plus souriantes et enjouée et plus le temps passait, plus la pression appuyait sur mes traits, GengLi allait s'impatienter et s'énerver, me poussera à tout avouer et sera encore plus en colère contre moi, je fermai les yeux très fort à cette crainte avant de soudainement me lever, tasse toujours dans la main et de me tourner face à lui bien que toujours incapable d'oser croiser son regard. Même ma main presque inactive tremblait, il y avait un tas de questions qui traversaient mon esprit, je tentais en vain de peser le pour et le contre, lui dire ou non, de dire quelque chose tout court. Mon argument premier était qu'il le saurait tôt ou tard mais un autre argument était que je voulais une famille, cette famille, depuis ma libération je ne me suis jamais sentie aussi bien qu'en ces lieux et certainement avais-je encore envie d'en profiter un peu, quand votre seul sentiment était la terreur durant plus de trois ans, vous êtes friand d'affection et d'attention, ce qui était plus ou moins logique. On me poussait vers le bout du couloir, vers mon destin, il n'y avait aucune porte, aucune issue, j'étais piégée et un très long soupir s'échappa de mon frêle corps, tournant mon visage vers la fenêtre pour constater la nuit noire, une crainte supplémentaire, l'idée d'être jetée dehors maintenant m'effrayait autant que la possibilité qu'on me renvoie dans un de ces atroces endroits dont je ne voulais même plus entendre le nom.

« Vous … vous n'allez pas être content du tout ... », j'avais posé ma tasse sur le meuble le plus proche, ma voix était nouée et mes yeux avaient une certaine lueur. Je m'étais mise dos à lui, un peu plus loin, recherchant un peu de chaleur en me prenant dans mes propres bras, alors que je relevais les yeux vers l'un des vieux tableaux qui ornaient le mur de la pièce, tableau que j'avais fini par apprécier bien que ses tons jaunâtres, tableau que j'avais finalement considéré comme mien du fait qu'il se trouvait dans une pièce que j'avais considéré, le temps de quelques jours, comme mienne, quelques larmes perlaient mes joues, je reniflais parfois et d'une voix tremblante je m'excusai. Un sourire triste se dessina sur mon visage alors que je repensais à quelques bons souvenirs qui avaient eu lieu au sein de cette maison, m'excusant ensuite une deuxième fois.
Après quoi, je me retournai vers lui, essuyant mes yeux de ma main inactive avant de regarder le paysan qui n'avait pas bougé, et d'une voix tout aussi nouée je dis : « je vous jure que si j'avais pu, j'aurais pas fait ça mais je … j'avais peur et on m'a mise en garde, je … », je secoue alors fébrilement la tête avant de lever les yeux vers le vieux lustre, désignant le seul ciel que nous avons à présent, puis je ris d'une façon horriblement nerveuse en disant « je voulais juste pas retourner là-bas, vous n'imaginez pas à quel point c'est horrible, surtout que je n'ai rien fait ! ». En voyant une partie de la canne en dessous de mon lit je me précipitai de la prendre avant de me reculer pour être sûre qu'il ne puisse pas m'atteindre, à cet instant j'avais peur et je n'étais plus vraiment sous contrôle, je ne voulais pas qu'il me jette dehors, d'ailleurs cette nouvelle montée de stress me fit pleurer. Mon cœur battait plus vite, je tremblais et tenais à peine sur mes deux jambes alors que je maintenais fermement la canne contre moi, comme une personne que vous voulez protéger de quelqu'un, j'en avais trop dit, j'en avais trop fait, il était bien trop tard pour reculer et il fallait que ça sorte. « Je suis Pan Gyalden, j'étais riche et j'ai mis au monde un enfant alors que je n'étais pas mariée ! », je tends alors la canne vers la personne sur mon lit comme pour la menacer, je tremblais et n'arrivais pas à arrêter mes larmes, « j'ai plus rien maintenant, je ne sais même pas comment va mon bébé et ça me tue ! »

Je finis à terre, sur mes genoux à pleurer d'une façon à la fois douloureuse mais en même temps tellement bénéfique, un poids s'envolait, je tenais toujours cette vieille canne, mouillant le planché de mes larmes. Le visage de mon enfant me hantait, me permettait d'être encore debout alors que je ne savais rien de ce qu'il en était de lui aujourd'hui, je refusais de m'imaginer le pire, je devais encore y croire, une mère ne pouvait pas laisser son enfant seul sans savoir si son environnement était convenable, je voulais simplement savoir si il était heureux, si une famille avait su lui offrir tout l'amour que j'avais pu directement lui apporter. Cette idée me déchirait, me donnait enfin de planter mes ongles dans la peau de mon visage et de tirer jusqu'à ma gorge, comme si il s'agissait de la seule façon apte à apaiser ma douleur morale, bien plus douloureuse que n'importe quel traitement subi au cours de ces trois pénibles années, toutes les prisonnières, toutes les mamans diront la même chose que moi.

Ma vue se troublait, l'adrénaline redescendait avec le stress, ma main se tenait toujours à la canne bien que ma force commençait à me lâcher, je regarde GengLi une dernière fois, « je veux rester là … au moins cette nuit … pardon ... », après quoi, je sentis mon corps lourd tomber contre ce sol qui grinçait à chaque pas qu'on effectuait sur celui-ci, après quoi mes paupières s'alourdirent jusqu'à finir dans les ténèbres.
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MessageSujet: Re: A drop of free water.   Jeu 4 Aoû - 16:06

- Peizhi !

Je la vis s'écrouler sur place dans un bruit sourd. La canne glissa de ses doigts et roula à terre jusqu'à mes pieds, comme si ma fidèle amie voulait que j'accours également pour aider cette pauvre jeune femme. Ce que je fis, d'ailleurs, sans perdre une seconde. Le morceau de bois en main, je m'aidais de ce dernier afin de me mettre à son niveau, bien que ce fût assez hasardeux du fait de ma blessure encore présente, je ne m'étalai pas à crier ma douleur lorsque je posai les deux genoux à terre, laissant ma canne, de nouveau, tomber inerte comme un tronc d'arbre à qui l'on venait de couper les racines. Je la rappelai une fois, puis deux. Elle ne répondit pas. J'avais beau la secouer dans tous les sens pour qu'elle se réveille, en vain. La jeune femme devait crouler de fatigue, et son corps encore si faible ne devait pas lui permettre de supporter autant d'émotions. Je me mis alors à vérifier sa température à l'aide de mes lèvres sur son front, comme je le faisais si bien à ma chère et tendre petite fille : elle avait de la fièvre. Ni une, ni deux, et surtout sans réfléchir aux conséquences de mes actes, je la portai. Je ne pus d'ailleurs savoir comment, mes bras trouvèrent une force inépuisable de la porter jusqu'à son lit, sans oublier également ma terrible jambe meurtrie qui me lança des signaux de douleurs ahurissants, comme si des fractures apparaissaient sur mes muscles, sur mes os. Je suai à grosses gouttes d'ailleurs, mais je serrais les dents et ne voyais que l'état de santé assez préoccupant de notre invitée.

Ayant été alertée par le bruit fracassant de son corps contre le plancher, la vieille dame et la fillette s'étaient réveillées, accourant dans la chambre de Peizhi. Alors que ma douce mère se posait mille et une questions à voix haute, ma fille se tenait la bouche de ses deux mains ne sachant que dire, elle paniquait. Je jurai alors que je n'avais rien fait, comme s'il fallait que je le dise pour qu'elles en soient rassurées, comme s'il fallait que je les avertisse alors qu'elles savaient pertinemment que jamais, au grand jamais, je ne pourrais faire de mal à une personne aussi vulnérable. Ma mère reprit ses esprits beaucoup plus vite que Meilan et moi, nous donna des ordres auxquels nous devions répondre par des actes : Meilan devait apporter une bassine d'eau tiède et un linge propre pendant que je devais rester aux côtés de la jeune femme vu le coup presque mortel qu'avait reçu ma jambe pendant l'effort, quant à la maîtresse de maison, elle partit préparer une petite « potion » comme elle aimait si bien appeler ses nombreuses tisanes médicinales.


- Pourquoi vous efforcez vous à vous faire vivre tellement de chocs psychologiques …

J'étais confus et ce fût la seule question qui me vint en tête malgré la douleur qui m’asseyait et faisait perler des gouttes aussi grosses que des flocons de neige en hiver. En effet, toutes ces phrases qu'elle avait pu blablater, je n'y avais rien compris, et je pensais vraiment que tous ces mots n'étaient signe qu'elle rechutait dans une diabolique euphorie, dans un état psychique que je ne pourrais expliquer, comme le premier jour de notre rencontre. Elle était retournée dans un monde parallèle, sûrement, un monde qu'elle s'était inventée bien avant que je la trouvai sur la route, mais en une soirée toute sa mémoire avait reçu un électrochoc et elle s'était remise à penser à cet endroit qu'elle avait totalement imaginé : une histoire aussi absurde qu'effrayante. Ca lui jouait d'ailleurs des tours physiquement parlant également. Elle restait si maigrichonne à ne pas pouvoir reprendre du poids aussi rapidement que n'importe qui à Lansan. Elle restait à sa place comme une esclave. Bon dieu, mais que lui arrivait-il vraiment ? Je restais alors à la regarder longuement, limite à fixer quelques parties de son visage tout en pensant, tout en réfléchissant à la façon dont je pourrais être utile à sa vie, lui faire oublier ces nombreuses choses imaginaires qui la détruisent à petit feu.

Très rapidement, ma mère arriva précédée de Meilan qui avait posé le bassin d'eau à côté du lit  et installa un tabouret afin que sa grand-mère puisse accéder plus facilement et rester plus longuement aux côtés de Peizhi. Malgré le mal que je ressentais, mon envie de rester auprès de la jeune femme était plus forte, mais une maman est toujours aux bons soins avec ses enfants, et cette dame en face de moi n'était pas une mère indigne de porter son rôle jusqu'au bout.


- Je dois la déshabiller pour faire tomber la fièvre au maximum, une fois que ce sera fait je t'appellerai. Mais en attendant, tu devrais penser un peu à toi et aller mettre sur ta douleur un peu de baume du tigre et de l'eau infusée que Meilan t'apportera dans ta chambre. Quant à toi, ma chérie, tu as école demain, et il est hors de question que tu déroges à tes priorités.

Meilan voulut contredire sa grand-mère, mais cette dernière ouvrit des yeux aussi grands que ceux d'un hibou en pleine nuit, ce qui interdit alors la fillette à dire mots. Elle exécuta les ordres de la vieille dame en allant chercher l'eau infusée de plantes que Madame Lu avait préparé pour son fils en même temps que l'eau pour Peizhi, puis repartit se coucher. Tout en même temps, j'étais sorti de la pièce afin de laisser ma vieille mère s'occuper comme elle savait si bien le faire, de notre invitée et je rejoignis rapidement le lit où je pus m'affaler. Ma main attrapa rapidement la poignée du tiroir de la table de chevet et tira dessus afin de piocher la fameuse baume. Tout en respirant à vive allure du fait des maux que me transmettaient mes nombreux synapses, je me mis à défaire ma ceinture et baisser mon pantalon. Ce que découvrit ce bout de tissus me donna presque envie de vomir. L'endroit même où ma cicatrice avait presque fini de dessiner une zone éclaircie, juste en bas, un très gros cercle noir venait de se former en quelques instants. L'hématome prenait environ la moitié de la partie basse de la jambe, seul un bout de mollet ne devenait pas bleu nuit. Je me doutais un peu que cette action me laisserait des séquelles, surtout que lors de l'attaque il y a quelques mois de ça beaucoup d'endroits avaient été touchés : os, tendon, muscle... Le coup perdu avait été tiré de si près. Localement, ça gonflait et noircissait. Il n'y avait qu'une chose à faire : reposer ma jambe au maximum et consulter le lendemain de très bonne heure, car cela pouvait annoncer quelque chose de banal comme quelque chose de grave.

Après avoir vaincu les touchers incessants que je devais faire au niveau de la blessure ré-ouverte ainsi que les nombreux passages de la compresse tiède, j'entendis ma mère faire appel à moi. Il ne me fallut pas longtemps avant de me rhabiller, non pas sans mal, et de retrouver la chambre qui se trouvait en face de la mienne à l'aide de deux longs bouts de bois que ma fille n'avait pas omis de me passer avant de retrouver son ami le marchand de sable. J'entrais alors sans frapper et demandais immédiatement des nouvelles de cette pauvre femme allongée sur le lit. Apparemment, elle n'avait plus beaucoup de fièvre, celle-ci était descendue en-dessous des 38°C, ce qui n'était pas si mal, cependant, ma mère était très inquiète quant à la santé physique et mentale de la demoiselle. Elle ne cessa de me répéter qu'il faudrait peut-être faire appel à un médecin de l'hôpital de la ville, car elle ne pourrait pas faire quoi que ce soit d'autre que de la gaver, et vu qu'elle ne gardait rien du tout si ce n'est les soupes et les tisanes … Je compris rapidement le malaise de Madame Lu et je n'avais d'autre choix que d'acquiescer. Lorsqu'elle sera remise sur pied, je lui en ferai part, car il était hors de question que je lui prescrive un rendez-vous sans qu'elle ne soit au courant. Ma mère vint alors de mon côté et fixa ma jambe, je souris rapidement avant de lui demander d'aller dormir car elle devrait reprendre le chevet de la demoiselle à trois heures du matin, heure à laquelle j'allais me rendre sur la route vers la ville, où je connaissais le médecin qui m'avait suivi jusqu'alors pour ma jambe, mais ça, j'omis de lui soumettre
.

- Vous allez me rendre fou.

Je parlais doucement, chuchotant presque afin que personne d'autre à part elle et moi ne put entendre tous ces mots que j'allais lui envoyer. Elle me faisait peur, mais pas de la même façon qu'à notre rencontre, non. Au début, je ne vouais pas à lui donner ma confiance, aujourd'hui, elle la possédait, je n'avais donc plus peur d'elle mais de ce qui pouvait à présent lui arriver. Elle était devenue une amie, une très bonne amie, et même si j'étais parfois dure avec elle ou si je ne lui portais pas toute l'attention dont elle avait besoin ou qu'elle méritait, ce n'était pas pour autant qu'elle ne comptait pas à mes yeux, loin de là. Elle s'occupait parfaitement de la maison, aidait ma mère comme il le fallait et jouait avec Meilan comme une maman le ferait.

- Après tout ce que j'ai accepté de vous, vous n'allez pas réussir à vous en tirer comme ça, vous n'allez pas réussir à partir d'ici avant que vous soyez totalement remise de ce que vous vous infligez.

Et peut-être que si j'avais eu vent de ce qui lui était arrivé, j'aurais réagi autrement, j'aurais pensé autrement et j'aurais essayé de l'aider d'une autre manière plus adéquate, malheureusement, à l'heure actuelle, je prenais toutes ces paroles comme provenues d'une imagination un peu trop débordante. J'essayais de la voir dans sa vie, perdue, désarmée, seule sûrement, que la solitude lui pèserait plus qu'elle ne voudrait l'admettre d'où le fait qu'elle se serait inventée une vie totalement absurde : un enfant, des camps, des ordres. Je ne voyais pas vraiment d'endroits à Lansan où on enfermerait une femme qui, d'autant plus, serait mère. Ayant été soldat, je ne voyais pas où cet endroit pourrait être caché car rares étaient les choses qui nous étaient cachées... Quoi que, en y repensant, beaucoup de choses nous ont été cachées. A force de réfléchir, je m'étais endormi sur la couverture qui recouvrait ce corps si frêle et si fragile de Peizhi. Du moins, jusqu'à ce que la plus âgée d'entre nous vienne me réveiller afin que je ne sois pas en retard.

A contre cœur, après avoir eu du mal à me réveiller, je laissais la jeune femme dans les mains de ma maternelle. A contre cœur mais sans vraiment craindre quoi que ce soit. Cette dernière savait y faire, elle avait eu deux enfants et était une femme exceptionnelle. Aussitôt, elle prit le relais et je pus aller préparer les chevaux et la charrette, non pas sans mal, une fois de plus, je partis au trot vers la ville afin d'aller y retrouver le médecin qui m'avait ausculté pendant toute ma convalescence, médecin qui faisait également partie des rebelles.  


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MessageSujet: Re: A drop of free water.   Ven 5 Aoû - 21:56

Un bébé pleurait de plus en plus, il criait si fort qu'il aurait pu briser le cœur de n'importe quelle mère, mais ce n'était pas n'importe quel bébé non, c'était le mien, c'était Hiro qui inondait l'espace de ses cris, comme lorsque lui et moi fûmes séparés. Il faisait noir et incroyablement chaud, comme lorsqu'un gros orage se préparait, le nourrisson hurlait si fort à ce moment là que c'en devenait insoutenable, de plus, je ne savais pas où chercher l'origine du bruit semblait venir de partout et à la fois de nulle part, c'était atroce, mon enfant n'était pas loin, souffrait le martyr et j'étais incapable de faire quoi que ce soit.
Je ne voyais même pas le sol, tout était noir, purement noir, et moi je pleurais et hurlais aussi dans l'espoir stupide que Hiro me réponde, ce n'était qu'un petit bébé mais que voulez-vous, j'avais ce besoin de croire en quelque chose.
Une soudaine brise fraîche se fit sentir, l'enfant ne criait plus aussi fort qu'il y a un instant, fallait-il être soulagée ou au contraire s'inquiéter ? Et au plus le temps passait, au plus le bébé se calmait et au plus je m'imaginais le pire. Une voix grave s'adressait à moi, elle disait que je ne pourrai pas partir d'ici, l'atmosphère n'était pas des plus chaleureux, la voix rendait la chose encore plus terrifiante mais en aucun cas je ne comptais partir sans mon trésor, bien que la quête s'annonçait des plus difficiles désormais du fait qu'il ne pleurait plus, et si il était … non je refusais de croire une telle chose, pas lui, pas mon fils.
La recherche semblait interminable, mes pieds ne ressentaient aucune douleur mais une certaine forme de fatigue se faisait tout au moins sentir, et toujours aucune trace de mon enfant, j'avais terriblement peur de la suite, j'en perdais des larmes jusqu'à ce que finalement, quelque chose de chaud et doux se retrouva contre ma poitrine, c'était mon fils endormi, je souris alors avant de le cajoler comme il se devait, nous étions enfin réunis …

Et puis j'ouvris les paupières, en sueur, Madame Lu était à mon chevet et reposait un tissu humide sur mon front, je ne pus m'empêcher de la regarder avec de grands yeux à la recherche de réponses. Pourquoi ? Comment ? Où était Hiro ? Par réflexe ma main se posa contre ma poitrine, dans l'espoir qu'il soit toujours là pour finalement y trouver quelque chose de duveteux et mou, un ours en peluche. La maîtresse de maison me regarda d'un air à la fois rassurée et fatiguée, me souriant avant de me prévenir qu'elle allait me préparer une bonne tisane. Que venait-il de se passer ? C'était un rêve ? Il fallait absolument que je me calme pour retrouver mes esprits et comprendre la situation, jusqu'à me rappeler. J'avais tout avoué à GengLi, et j'étais encore ici, il ne m'avait donc pas chassée, un grand sourire se dessina alors sur mes lèvres, je serrai fort dans mes bras cet ours devant très probablement appartenir à la petite Meilan, tout allait être tellement mieux et plus simple à présent. Plus besoin de mentir, plus besoin de me cacher, j'avais définitivement trouvé ma famille et c'était la plus belle des victoires après toutes ces épreuves.
Le père de famille n'était pas là, j'aurais aimé le remercier d'avoir compris ma situation, il n'était pas dur que ça finalement. Je me sentais tellement plus légère, cet espèce de nœud avait finalement disparu, il n'y avait plus cette mystérieuse gêne lorsque j'inspirais. En m'étirant, une brise vint directement caresser ma peau, j'étais dénudée et pour le coup, je n'avais pas souvenance de m'être déshabillée hier soir d'ailleurs après ma chute je n'ai plus aucun souvenir, il devait bien y avoir une raison de toute façon.
En entendant Madame Lu revenir, je m'empressai de cacher ma poitrine avant d'observer la dame rentrer, toujours avec ce même plateau aux allures modestes avec les quelques merveilles qu'elle avait comme à son habitude préparée. Cela fait peu de temps que ma vie se passe ici, toujours juste une semaine à vrai dire, et pourtant grâce aux mets de cette femme j'avais l'impression d'avoir repris du poil de la bête, même si pour l'instant je n'avalais pas grand chose, mon estomac s'habituait petit à petit à accueillir de la nourriture solide, j'avais même l'impression d'avoir repris du poids ! Je remerciai alors la gentille mamie quand elle déposa le support sur mes draps, elle sourit avant de s'asseoir sur le tabouret posé juste à côté de mon lit, reprenant le tissu sur mon front pour l'humidifier à nouveau pour l'y reposer. Elle me demanda si je me sentais mieux, j'avais hoché vivement la tête en me redressant, cachant au mieux ma nudité, avant de poser mes lèvres sur la tasse. La Lu m'informa que je fus atteinte d'une forte fièvre hier soir, qu'elle s'était calmée mais qu'il était préférable que je ne bouge pas du lit, une moue se dessina sur mon visage bien que j'acquiesçai, je ne voulais pas la fatiguer plus que ça elle semblait exténuée. Elle m'informa qu'ils s'étaient tous inquiétés, la petite Meilan était venue voir mon état avant de partir à l'école avant de me donner l'un de ses doudous pour que ça aille mieux, cette enfant était tellement adorable, la dame finit cependant sa phrase en m'appelant PeiZhi, mon faciès changea alors.

« GengLi ne vous en a pas parlé ? Je … je m'appelle Gyalden en vérité ... », j'avais rougi tout en détournant son regard, gênée de devoir lui apprendre par moi-même, j'aurais aimé éviter de devoir refaire ce même discours que la veille. Une main se posa alors sur mon épaule, me forçant à me rallonger correctement dans le lit, ce n'était pas d'une force exceptionnelle, bien loin de là, avec un peu de vigueur j'aurais pu résister, mais je ne voulais pas la vexer plus qu'elle ne devait l'être. Elle caressa alors mon visage en me souriant d'une façon presque fausse, je ne l'avais jamais vu sourire ainsi et cela m'inquiéta, Madame Lu me dit d'une voix douce que je devais me reposer et que si j'avais besoin de quoi que ce soit, il me suffisait de l'appeler, avant de humidifier une nouvelle fois le tissu, de le reposer sur mon front et de partir de la chambre.
Je revoyais son sourire peu convaincant et peu convaincu, comme si elle n'y croyait pas, à croire que ma propre identité avait été gommée du monde. Je mordis ma joue, serrant alors la peluche contre moi. Comment nier son histoire, sa vie passée et son nom après avoir finalement trouvé la force de tout avouer ? Un lourd soupir se fit entendre, comme si un autre poids avait remplacé celui à peine disparu.

Une durée indéterminée plus tard – du fait qu'il n'y avait rien pour m'indiquer l'heure et que je ne pouvais bouger du lit, une flèche courut à l'étage peu de temps après avoir passé le seuil de la maison, Meilan eut un grand sourire en constatant que j'étais réveillée et s'approcha de moi pour me poser la question afin de bien être sûre. Encore une fois, une tornade de questions enfantines, est-ce que j'étais malade, est-ce que j'avais vu sa peluche, est-ce que ça allait mieux, la petite avait le don de me faire sourire, puis elle grimpa sur le lit pour me faire un câlin, me serrant comme elle le pouvait et m'avouant qu'elle avait eu peur, je m'excusai tout en lui caressant ses cheveux détachés. Une voix depuis le bas de l'escalier dit de laisser « PeiZhi » se reposer, la dame ne me croyait donc pas, je pris un air peiné en marmonnant que je m'appelais Gyalden, sans penser que la gamine allait se mettre aux barreaux de bois de l'étage pour dire à sa mamie que je m'appelle Gyalden « d'abord » avant de me regarder avec un sourire fier et de descendre aussi rapidement qu'elle avait gravi les marches pour me rejoindre. Pourquoi le chef de famille ne lui avait rien dit ? C'était à la fois perturbant et blessant, est-ce que lui non plus, ne me croyait pas ? Une moue refit surface sur mon visage, et une peine semblable à celle de mon premier jour ici fit surface, il fallait que je lui en parle au plus vite.
Le paysan rentra un peu plus tard, offrant un instant aux femmes de sa vie avant de l'entendre monter, lui aussi voulait certainement voir mon état. Toquant comme à son habitude avant d'entrer, je constatai que sa démarche était plus difficile que d'habitude alors qu'il se précipita sur le tabouret à mon chevet, le regardant par la suite d'une façon peinée de haut en bas et de bas en haut. « Je suis désolée si vous vous êtes blessé à cause de moi ... », il aurait très bien pu se blesser au cour de sa journée de travail mais bizarrement quelque chose me disait que cela datait de mon malaise. Je soupirai alors, préférant lui en parler tout de suite avant de me dégonfler comme il m'était arrivé si souvent depuis mon arrivée ici.

« Pourquoi vous n'avez rien dit à votre mère ? Elle doit savoir elle aussi ... », j'hésitai à continuer, soupirant en triturant et regardant ma main inerte, « vous … vous aviez dit qu'il était important que je vous parle de mon passé mais … mais si c'est pour le cacher ... », je grimace alors, un autre sentiment peu agréable voulait apparaître, je serre les dents pour éviter de montrer ma douleur mais quelques larmes coulent le long de mes joues alors que je relève la tête vers lui, « elle me croit pas quand je lui dis mon vrai prénom, elle me croit pas ... », je lève les yeux vers le plafond comme si cela allait m'aider à ne plus pleurer, j'essuie mes larmes à l'aide de ma main inutile, elle n'était bonne qu'à ça de toute façon, après quoi je regarde de nouveau mon interlocuteur, me forçant à sourire alors que j'étais prête à reprendre mes larmes, « mais vous me croyez … hein GengLi ? Vous me croyez vous ? », si lui-même ne me croyait pas alors pour quoi allais-je passer ? Comment allais-je prouver que je disais la vérité ? Je n'avais rien sur moi, pas même les papiers que Sang Min m'avait passé, je n'avais que ma parole qui ne semblait, finalement, pas crédible.
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MessageSujet: Re: A drop of free water.   Dim 21 Aoû - 11:06

- Je … Je ne sais pas.

Tout simplement parce que je n'ai que de brèves paroles qui sortent de sa bouche, tout simplement parce que je ne peux moi-même imaginer son histoire ou même l'inventer, tout simplement parce que je n'ai aucunement les détails qui pourraient m'indiquer si elle ment ou si elle dit vrai, tout simplement parce qu'il est dur, pour moi, de savoir. Elle avait l'air déçue de ma réponse, tout comme je l'étais également. J'aurais aimé pouvoir la voir sourire après que j'eus acquiescé à sa demande, j'aurais aimé pouvoir la voir radieuse et pleine de vie après que j'eus insisté sur le fait que je la croyais, j'aurais aimé pouvoir la voir enfin épanouie dans cette maison après que j'eus serré sa main en l'appelant Gyalden, lui disant alors que j'étais enchanté de faire sa véritable connaissance, que j'étais prêt à entendre son histoire entière, mais il en fût autrement.

- Je dois aller me reposer.

Le médecin me l'avait conseillé après avoir examiné ma jambe entièrement. Rien n'était bon et j'avais troqué ma canne pour une paire de béquilles. Ce n'était pas la faute de cette jeune femme, bien qu'elle pensait l'inverse. J'avais pensé tout le long de ma convalescence que je pourrais retrouver l'usage complet de ma jambe un jour ou l'autre, que les séquelles s'en iront aussi vite que le temps qui passe, mais il en était tout autre et le verdict m'était tombé à la figure comme un coup de massue : j'allais marcher sur trois jambes le restant de ma vie. Les lésions étaient beaucoup trop importantes autant au niveau de mon muscle, qui s'affaiblissait, du coup, autant au niveau de mon os qui avait subi une fissuration au moment de l'impact de balles. Bref, les détails croustillants, je ne les avais pas réellement écouté, je ne pouvais en parler de manière très descriptive, le principal qu'il fallait retenir c'était que j'allais être un estropié pour le restant de mon existence. Il m'avait prescrit des cachets composés d'anesthésiques afin que je ne ressente pas les douleurs horribles les prochaines semaines, mais ces derniers pouvaient me donner une certaine sensation de fatigue, ce qui m'arrivait à l'instant même où je me trouvais devant la demoiselle. J'avais besoin de repos, et je ne devais pas forcer. C'est donc sur ces derniers mots que je la laissais, n'oubliant pas tout de même, de lui souhaiter un grand repos.

- Je viendrai vous parler plus tard vers la fin d'après-midi. Malheureusement, je ne peux réellement pas tenir plus longtemps dans cette position.

Et elle le comprit. J'avais attendu malgré tout quelques instants à sa porte, remarquant son visage triste, elle me fit terriblement de peine pour le coup, mais était-ce mieux de lui mentir et de la voir sourire pour un mensonge ? Je ne le pensais pas. Je ne pensais pas qu'un mensonge pouvait rendre une personne aussi heureuse, parce que le jour où la vérité devrait éclater, elle se sentirait encore plus trahie. Rapidement, j'avais baissé les yeux et m'étais retiré dans le couloir pour rejoindre la porte de ma chambre. Une fois à l'intérieur de la pièce, j'avais glissé l'une de mes mains dans ma poche pour en sortir une boîte de médicaments. Ces fameux médicaments qui me permettront de ne pas sentir une douleur trop importante. J'avançai par la suite vers la table de chevet et ouvris le tiroir où je balançai les cachetons restant. Assis sur le bord du lit, je me permis enfin de respirer convenablement et d'évacuer tous mes soucis par le nez lors d'expirations profondes. Allongé sur le lit, sans avoir eu le temps d'enlever les couvertures qui le recouvrait, j'attendis patiemment que le sommeil me gagne.

* * *    * * *    * * *

- Salut ?

Peizhi était au bord de la rivière, celle dans laquelle les poissons étaient en liberté et non emprisonnés pour la consommation du peuple de Lansan. Ma mère m'avait confié qu'elle n'avait pas l'air dans son assiette, elle n'avait pratiquement pas goûté à la collation de seize heures. Je savais le pourquoi de cette réaction, mais je m'étais interdit de lui avouer le problème qui nous liait, elle et moi, car ça ne regardait personne d'autre : Peizhi s'entendait très bien avec la vieille dame et Meilan, j'étais sûrement le seul qui posait problème dans l'histoire, et cela venait forcément de mon rôle d'homme de maison. Cette incompréhension énorme qui faisait obstacle à une entente à la limite de la perfection allait dévaster, un jour ou l'autre, la bonne ambiance qui régnait dans le foyer et je ne voulais pas en être la principale cause.

- Je peux, lui avais-je demandé poliment en montrant du menton son épaule que je voulais comme appui pour m'asseoir à ses côtés.

Une fois assis, le silence reprit son droit et aucun de nous deux ne voulut commencer à prendre la parole, si bien que l'on regardait, ensemble, les poissons et autres animaux de la rivière faire leur vie sans que l'on puisse réellement faire la nôtre. Mais, soudain, je me rappelais des paroles de ma mère alors que j'étais dans l'entrebâillement de l'entrée. Elle m'avait dit avec une voix douce qu'il serait peut-être temps que l'on mette les choses à plat et que l'on arrive enfin à parler des douleurs qui nous assaillaient. Elle n'avait pas tort, si j'avais eu l'idée de ramener cette jeune femme à la maison, c'était sûrement que j'avais eu un déclic, que j'avais vu en elle quelque chose qui m'échappait encore mais qui était bien présent, que j'avais ressenti un problème qui n'était pas si éloigné du mien.

- Une balle. J'ai pris une balle dans le mollet le jour de l'émeute datant de la fin d'année dernière. La pression de l'arme était tellement forte que la balle a faillit traverser entièrement ma jambe. Elle a touché un tendon, le muscle et un os. Si je suis dans cet état, ce n'est pas de votre faute, je suis simplement trop con d'avoir pensé que je pourrais guérir de cette blessure, d'avoir pensé que je pourrais marcher de nouveau, d'avoir pensé que les miracles existaient et, peut-être qu'en vous portant pour vous amener dans votre lit, … C'est bête.

J'avais baissé, à la suite de ses paroles, mes yeux vers ma jambe encerclée de bandage puisque le médecin m'avait endormi la partie touchée localement pour aller farfouiller et recoudre ou recoller ce qui n'allait pas, sans pour autant me guérir de cette connerie.

- Je l'ai reçu... Simplement parce que j'ai voulu sauver notre Gouverneur actuel. Mais si jamais j'avais su ce qu'il se serait passé des mois après le drame, je n'aurais jamais bougé de ma place pour prendre cette balle à sa place.

Dans ma voix, l'on pouvait ressentir de la rancoeur, un mal beaucoup plus profond qu'uniquement physique. Je montrais devant cette jeune femme, qui peut-être adulait notre cher Dictateur, ma rage contre cet homme qui m'avait tout pris, mais ça, elle ne le savait pas encore. Je pris un caillou proche de mes béquilles, qui faisaient maintenant office de meilleures amies, et je le fis rebondir dans l'eau plusieurs fois, comme pour faire passer le mal qui me rongeait de l'intérieur. Je répétai plusieurs fois le même procédé, faisant fuir les animaux de la rivière mais qu'importait à ce moment-là. La jeune femme attendait la suite, parce qu'effectivement, il y avait une suite. J'avais décidé de parler, alors elle ne me coupa pas et attendit tranquillement, comme à son habitude, que je me confis à elle, et ce, pour la première fois depuis son arrivée. Que dis-je, depuis la première fois de mon existence, je confiais quelque chose à une personne que je ne connaissais que très peu.

- J'avais rencontré ma femme le jour de mon mariage. J'avais pensé qu'une femme de caractère me conviendrait le mieux, mais je me suis retrouvée devant une femme très douce et très attentionnée, qui pensait aux autres avant elle-même. Je n'aurais jamais imaginé que ça pourrait faire autant de bien d'être accompagné par une femme gentille en étant soldat, j'avais toujours pensé qu'il me faudrait une femme forte, très droite, très carré, qui savait où elle voulait aller et qui m'engueulerait quand je déposerai mes chaussettes à côté de la panière à linges...

J'eus un sourire à ce moment-là, car jamais, au grand jamais, cette jeune femme que j'avais épousé ne m'avait reproché quoi que ce soit. Elle me suivait, partout où j'allais, et ramassait absolument tout ce que je laissais traîner sans s'en lasser. Mais mes lèvres se refermèrent presque aussitôt, lorsque j'eus pensé à la suite que j'allais donner à cette histoire qui semblait être parfumée à l'eau de rose.

- J'ai... Je l'ai vu mourir de mes propres yeux.

Elle pensait tellement aux autres qu'elle était prête à se sacrifier pour que les gens à qui elle tenait, et même ceux qu'elle ne connaissait que vaguement ou absolument pas, puissent vivre en liberté, puissent vivre sans que l'on leur mente, puissent vivre avec tout le savoir qu'ils méritaient. Elle aimait sa famille, mais elle aimait particulièrement la vérité et détestait le mensonge.

- Et mes amis, enfin ceux que je pensais être mes amis, ne m'ont même pas averti du sort qui lui était réservé. Je n'étais même pas au courant que ce jour-là, ce jour où je me tenais droit, fièrement sur l'estrade, j'allais être aux premières loges de la mort de la femme qui m'avait été donnée à marier. Cet homme, qui m'avait choisi pour être son mari, a également choisi de m'enlever cette femme qu'il m'avait volontiers octroyé pour la vie.

Mes yeux regardaient dans le vide, mes paupières restaient très longtemps ouvertes, comme si tous les détails passaient et repassaient devant mon regard, comme si je revivais ce jour infiniment.

- J'imaginais perdre ma femme lorsque j'aurais des rides, des cheveux blancs, une barbe et de l'arthrose. J'imaginais aussi penser à prendre ma retraite tôt pour que l'on puisse se consacrer à vivre ici, ensemble, près de ma mère, avec notre princesse … J'imaginais tellement de choses qui ne peuvent plus être réalisées désormais.

En somme, j'avouais à cette jeune inconnue que je n'étais pas l'homme que je prétendais être, que je l'étais simplement pour me sentir fort, pour que les autres pensent que j'étais fort malgré ce qu'il m'était arrivé, malgré le drame qui s'était abattu sur notre famille, mais il en était tout autre. J'étais un lâche. Un lâche qui continuait dans les pas de sa femme au lieu de l'avoir compris bien avant et de l'aider. Un lâche qui pense encore aujourd'hui à se cacher plutôt qu'à aller fusiller le mec qui lui a pris son épouse. Comme une grosse marguerite, j'agis dans l'anonymat, j'agis dans la peur d'être découvert. Comme un gros con, je me cache pour entraîner des nouvelles recrues tout en essayant de leur montrer qu'il ne faut avoir peur de rien, alors que, moi-même, parfois, j'ai peur de tout.

- J'ai été assez brave pour vous montrer que je n'étais qu'un mec pourri avec une vie totalement inutile, pourquoi vous ne le seriez pas à votre tour,? Gyalden, Peizhi, qui êtes qui en réalité ?


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Dernière édition par Lu GengLi le Lun 22 Aoû - 14:27, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: A drop of free water.   Dim 21 Aoû - 22:19

Une grimace, les dents serrés, c'était tout ce que nous pouvions retenir de mon visage au moment où le paysan me racontait sa tragique histoire. Je ne grimaçais pas du fait de la peine que faisait ressentir le narrateur, je ne serrais pas les dents pour me retenir de pleurer face à la tristesse de ces propos non, je me rendais compte que j'étais devenue une personne cruelle et atroce, sans la moindre empathie, sans la moindre humanité, j'étais juste un buvard empêchant les sentiments de m'atteindre. Le camp m'avait radicalement transformé. Il avait ses raisons d'agir comme ça, je le conçois, il avait ses raisons d'être triste et c'était normal en vue de son histoire, c'est moi qui n'étais pas normale, moi, j'ai vécu pire, j'ai vécu bien pire et ce serait la raison qui me pousse à ne pas ressentir une quelconque peine ? Pour le coup, je m'en voulais, ne sachant quoi dire ou quoi penser, vu mon état actuel j'aurais été capable de lui dire un « ha c'est triste » avide d'émotions et je ne voulais pas que notre relation s'aggrave, j'avais fait suffisamment de bêtises comme ça.

« Je vous ai déjà tout dit. », dis-je d'une voix lourde de mépris et de colère, avec une pointe de tristesse cependant, je ne pensais pas que cette phrase aurait retenti de la sorte. « Moi aussi j'ai été assez brave hier soir et ce n'est pas pour autant qu'on me croit plus que ça, au contraire même. », j'expire bruyamment comme pour tenter de retirer toutes les mauvaises pensées qui manipulaient mes cordes vocales, pour finalement me retrouver avec une voix nouée : « je vous ai caché des choses pendant plusieurs jours de peur d'être rejetée, j'avais peur de les dire car j'avais retrouvé cette impression de bonheur ici et que je ne voulais pas que ça s'arrête … et maintenant que c'est sorti, on ne croit pas en mon histoire, on nie ou ne veut pas connaître ma véritable identité … alors que quelques jours plus tôt ça me demandait de me confier, qu'il ne fallait pas de secrets et j'en passe. », je tousse avant d'enrouler mes bras autour de moi, essayant de capter une chaleur certaine, avant de finalement rester silencieuse. Je ne le regardais pas, je regardais le courant de l'eau sur lequel j'ai tant de fois imaginé mon fils, je fronçai alors les sourcils, « on veut aussi nier l'existence de mon enfant et ça, je ne le permettrai jamais, il n'a pas à être gommé de l'histoire. », encore une fois un long silence. Mes propos étaient durs et sévères, mon ton froid et désagréable mais en même temps si triste, c'était une sorte de ras-le-bol, encore, alors qu'au fond de moi-même je pouvais très bien comprendre leur incertitude à mon sujet, mais c'était comme remuer le couteau dans la plaie, quelque chose d'insupportable, je soupirai alors, « pardon de réagir ainsi, je vous parle mal alors que vous n'avez rien demandé mais c'est difficile à encaisser ... », je tousse alors avant de reprendre, « mais je vais vous réexpliquer plus calmement l'histoire de Gyalden, mon histoire. »

Je m'étais redressée, me tournant un peu afin d'avoir affaire plus directement à mon interlocuteur bien que je gardais les yeux baissés sur mes mains sur lesquelles se trouvaient un peu de terre, à cette vue je les retirai de la robe de couleur claire afin de ne pas la salir plus que ça.

J'avais vaguement expliqué ma richesse de l'époque, qui j'étais, qui était ma famille aux yeux du dictateur, de ma famille en elle-même, du chat que nous avions, de ma grande collection de thés, un tas d'anecdotes inutiles que je voulais malgré tout transmettre à quelqu'un, comme si je voulais que quelqu'un puisse raconter ces choses aux autres si je venais à m'éteindre, comme si je voulais laisser une marque de mon passage dans ce monde, mon histoire était bien trop dure pour que je sois oubliée. Il m'écoutait, toujours de son air neutre qui lui était propre, un peu comme sa signature, il ne disait rien même lorsque je m'arrêtais pendant quelques secondes. Et puis j'en viens au fait que j'avais rencontré quelqu'un avec qui je m'amusais, car je voulais profiter de la vie et que j'en avais la possibilité du fait de mon rang social. « Et puis je suis tombée enceinte. », j'avais souri, regardant un petit animal au loin grimper dans son arbre, alors que je posais mes mains de façon nostalgique sur mon ventre, « l'homme que j'avais fini par aimer était parti à ce moment-là mais vous savez ... », je le regarde et lui offre un sourire fatigué, « je garde espoir qu'un jour il vienne me chercher et que  nous puissions enfin vivre ensemble et heureux, lui, notre enfant et moi. », le sourire était resté sur mes lèvres mais mes yeux s'étaient rapidement baissés, il devait bien me trouver idiote de penser une telle chose, il devait avoir pitié de moi mais qu'importe, j'y croyais.

« C'est merveilleux de tenir pour la première fois son enfant dans ses bras n'est-ce pas ? Vous deviez être l'homme le plus heureux du pays à ce moment- là je me trompe ? Vous avez cette sensation que ce tout petit cœur vous aime déjà alors que c'est votre première rencontre, c'est ce que j'ai ressenti lorsque j'ai eu mon Hiro dans les bras. », je m'enlaçais à nouveau de mes bras, imaginant un court instant mon bébé blottit contre moi, se sentant en sécurité auprès de sa maman, mon sourire devint forcé, « imaginez un instant que vous ne pouvez pas l'emmener dehors, pour une raison qui ne le concerne pas, vous auriez pu tenir vous ? L'empêcher de profiter du ciel, du soleil, des parfums, parce que vous ne pouvez pas vous montrer ? Ce serait extrêmement égoïste vous ne trouvez pas ? », j'expliquai alors qu'après une semaine j'avais finalement décidé de sortir, qu'importe les risques il n'avait pas à subir pour moi, et puis j'étais riche, j'avais un traitement de faveur différent pensais-je, mais bon, je tentai d'expliquer à GengLi alors que ma voix était de moins en moins compréhensible, mes yeux brillaient et une larme avait coulé, « il n'y a rien de plus horrible que d'entendre son bébé hurler parce qu'on le sépare de sa mère et qu'il est effrayé, j'aurais préféré passer mille ans au camp et qu'il n'ait jamais à endurer ça, vraiment. ».

Mon cœur se serra, mon corps entier se crispa et je pleurai un peu, un temps, le temps qu'il fallait pour que les larmes noient cette pensée de ma tête, j'avais si froid sur le moment, comme lorsqu'on m'avait arraché Hiro des mains, lorsque j'étais devenue une coquille vide, lorsque j'avais rendu mon fils orphelin. « Et puis on m'a emmené au camp, on était toutes des mamans dont on nous avait retiré nos bébés, nos enfants, nos familles. Nous étions seules face à l'évidence qu'on allait finir nos vies ici, qu'on allait mourir sans avoir vu notre progéniture grandir ... », je renifle avant de le regarder, comme pour vérifier qu'il m'écoutait toujours. Le ciel s'était assombri, cependant je serais incapable de dire depuis combien de temps je parlais, le père de famille avait dû plus m'entendre maintenant que durant tout mon séjour ici. Un nouveau soupire. Je me retournai alors, me trouvant dos à lui et, d'une main tremblante, je retirai les bretelles de ma robe et bougeai mes cheveux pour laisser apparaître mon dos squelettique et imprimé de traces comme des coups de fouet, de bâton ou encore des brûlures de cigarettes, « ça, c'est le résumé de trois ans d'enfer ... », je pleure, gênée, même Sang Min n'avait pas vu le livre qu'était l'arrière de mon corps, je tente d'ajouter quelque chose d'une voix complètement détruite « et l'état de ma main n'est pas dû à un manque de soin … elle est pas cassée … c'est juste le résultat d'une expérience ... », je m'empressai de me rhabiller  pour pouvoir de nouveau lui faire face, mes yeux devaient être rouges, ils me piquaient et m'empêchaient de voir correctement en face de moi, je finis sur ces mots « c'est grâce aux rebelles si je suis plus là-bas, excusez-moi mais j'ai plus la force de parler de tout ça ... », et puis j'éclatai encore une fois en sanglot. Une fois de plus, je me sentais libérée, je me sentais plus légère, j'avais juste l'espoir désormais de ne plus avoir à raconter cette histoire ou tout du moins plus pour le moment, je voulais avancer désormais, je ne voulais plus me retourner sur le passé sans pour autant oublier, mon fils était toujours là, quelque part, ainsi que l'homme que j'aimais. Mes bras finirent par enlacer GengLi, j'étais comme une gamine qui pleurait de chagrin dans les bras de son père, qui avait besoin de réconfort et tout simplement d'un câlin, oui c'est ça, juste un câlin. « J'veux juste que vous me croyez, et si vous ne le faites pas pour moi, faites le pour mon fils, mon Hiro existe autant que votre Meilan et il mérite tout autant d'importance ! », mon front était collé au niveau de sa poitrine, son haut était trempé par mes pleurs et certainement déformé par ma main qui le tenait d'une poigne de fer.
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A drop of free water.

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