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 Hello stranger

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Âge : 26 ans
Emploi : fermière
Pan Gyalden

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MessageSujet: Hello stranger   Jeu 19 Mai - 19:05

Mes pieds étaient chatouillés par l'herbe libre, c'était la deuxième fois. La première fois, je me rappelle avoir couru quelques mètres avant de me stopper, comme incapable de franchir la limite du terrain des Hee. La dernière fois remontait à deux semaines, entre temps j'étais restée dans mon grenier et je descendais partager le repas avec cette famille de fermiers, Sang Min serait fier de moi même si il n'était pas revenu depuis qu'il m'avait offert ma nouvelle identité. Oui, à présent je m'appelais Lin PeiZhi.
La brise fraîche caressait mon visage, contrairement à la première fois, il faisait bien plus lourd il y a deux semaines, là il n'y avait aucun orage à l'horizon. J'avais très peur de l'orage, dans les camps nos cellules étaient illuminées par les éclairs et il y avait parfois des incendies, et parfois des mortes. Aujourd'hui, je me sentais capable d'aller plus loin que la clôture qu'ils avaient construite pour délimiter leur terrain.
Madame Hee m'avait coupé les cheveux remplis de noeuds, ma tignasse ne m'arrivait désormais plus au niveau de mon derrière mais un peu en dessous de mes épaules. Elle m'avait aussi donné quelques vêtements, pas des plus prestigieux mais à la campagne nous en avions bien assez, je portais donc une légère robe blanche adaptée à ce temps dégagé et je m'avançais pieds nus jusqu'à l'endroit où je m'étais arrêtée la dernière fois. Nous étions en fin de matinée, d'ailleurs la dame avait déjà commencé à préparer le repas, je m'étais tournée vers la fenêtre où nous pouvions l'apercevoir, jusqu'à être distraite par le bruit d'un moteur, celui d'un bus dont l'arrêt ne se trouvait qu'à quelques mètres de chez les fermiers. Je l'entendais depuis mon grenier, j'étais même capable de vous indiquer le temps qui espaçait ces machines, aujourd'hui il y en avait un environ toutes les heures. En regardant ce bus que je savais en direction de la ville, j'eus cette soudaine envie d'y aller, je voulais voir mon fils, je voulais voir son père, aussi je voulais prévenir ma famille, lui dire que j'étais de nouveau libre. Tous me manquaient.

Le bus redémarrait et moi je m'étais bêtement mise à courir après, un court instant, jusqu'à ce qu'il ait disparu au loin. Une moue s'était alors dessinée sur mon visage, la ferme n'était pas bien loin je pouvais encore rentrer si le cœur m'en disait, mais l'instinct maternel m'obligeait à avancer, je devais savoir si Hiro était heureux. C'est ce qui me donna la force d'avancer le long de la route, de parfois traverser des champs en pensant qu'il s'agissait de raccourcis. J'avançais, j'avançais encore et le soleil tapait de plus en plus, je faisais parfois des pauses dans les champs si je ne voulais pas tomber, mais il fallait voir le bon côté des choses : Dalis ne devait plus être très loin.

Je n'avais aucune idée de l'heure qu'il pouvait bien être ni depuis quand j'avais quitté la ferme des Hee. Je savais juste que je devais être proche du but et que j'entamais ma sixième pause. Le vent envoyait mes cheveux contre ma joue, je repensais à mon fils, quand la main de mon bébé atteignait mon visage et qu'il me regardait de ses grands yeux qu'il tenait de son père, aujourd'hui ce devait être un mini-lui, j'avais hâte de voir ce spectacle. Je ne sais pas si le père s'était manifesté lors de mon envoi au camp, si il a pu s'occuper de notre enfant, j'espère de tout cœur que le scénario est tel que je l'imagine, et en vue de comment la chance semble tourner pour moi, j'acceptais d'y croire.
J'avais mal aux pieds, le chemin était rempli de gravier et je n'avais pas de chaussures, je les massais un peu avec ma main gauche tout en constatant la noirceur de ces derniers. Jusqu'à entendre des bruits de sabots et un son semblable à celui d'une charrette, comme celle des Hee lorsqu'ils revenaient du marché ! Je relevais la tête, remarquant l'impressionnant cheval mais également l'homme qui conduisait cette voiture de bois. Soudainement, je n'avais plus mal aux pieds, je ne les massais plus avec ma main gauche et ne constatais plus la couleur de ces derniers, j'observais plutôt la noirceur de ce regard, celui de cet homme bien plus haut que moi. Il fallait se taire, se reculer simplement, Sang Min m'a dit que je ne devais pas avoir l'air effrayé face à quelqu'un, qui plus est un soldat. Je déglutis, j'aurais aimé faire comme un animal libre et sauvage – m'enfuir, or je n'étais pas un animal sauvage, juste libre et je souhaitais le rester. De ce fait, j'étais de retour sur mes deux jambes, essayant d'adopter une attitude tout à fait normale même si je tremblais comme une feuille, me sentant tout sauf à l'aise. Peut-être – voir certainement – s'agissait-il d'un des soldats partis à ma recherche, ne surtout pas paniquer.
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MessageSujet: Re: Hello stranger   Sam 21 Mai - 13:41

- Rien de cassé ?

Ma tête s’était tournée dans sa direction. Ma voix s’était adressée à elle sans émotion. Mes yeux ténébreux la fixaient remplis de suspicions. Mes mains tenaient les rennes avec détermination. Mon corps, droit, avait fait effet vu sa réaction. Elle s’était quelque peu crispée et pour cause, mon timbre rauque n’était pas un atout. Et ma carrure n’aidait pas non plus, surtout. Elle avait envie de faire comme si elle n’avait rien entendu. A sa place, j’aurais sûrement fait pareil, bien entendu. Je n’étais pas du genre à m’en faire pour les autres, mais cette jeune femme avait l’air d’être perdue. Etonnée. Egarée. Désorientée. Son visage exprimait une certaine fragilité. Elle n’avait pas répondu à ma question, du coup, je me permis de réclamer une réaction. Elle me regarda puis se détourna sans une explication. Agacé. Impatient. Irrité. J’attrapais ma canne de façon à faire du bruit sur le bois de mon assise, la cognant contre la planche.

Depuis l’aube, j’étais sur les routes. On mettait du temps pour parcourir autant de kilomètres de la province de Naji jusqu’à la ville. La route du retour en passant par Lapanalda n’était pas de tout repos. Les passages obligatoires étaient très mal faits, tout simplement parce que le gouvernement ne se déplaçait jamais dans les petites contrées, du coup, ce n’était pas une priorité de les faire réviser. La vente avait été bonne, mais me forcer à sourire et être généreux envers mes clients, c’était tout un art et ça me demandait beaucoup, beaucoup, beaucoup d’énergie. Ce n’était plus du tout mon humeur habituelle, c’était donc pire que faire du sport pendant des heures, tous les jours. J’étais donc fatigué et je ne demandais que de pouvoir boire un lait bien chaud avec, s’il en restait, un peu de sucre de cannes, mon préféré.

Effectivement, j’aurais pu continuer mon chemin. Effectivement, j’aurais pu faire comme si je ne l’avais pas remarqué. Effectivement, j’aurais pu faire ma vie, et elle la sienne. Mais il en était autrement. Les sabots de mon cheval d’attelage s’étaient arrêtés. J’avais tiré sur la bride. Ma volonté en avait été ainsi. Une petite réponse n’était pas de refus. Elle allait continuer son chemin sans résultat. Je me mis à serrer ma mâchoire pour ne pas m’énerver trop facilement puis je raclai ma gorge.


- Je peux vous aider ? Vos pieds ne vont pas vous amener bien loin si vous continuez de la sorte. Vous vous dirigez vers la ville ?

Après tout, le chemin menait vers Dalis. Lorsqu’elle répondit, sa voix tremblait. Je l’arrêtai donc de suite, ne voulant pas passer pour un mauvais bonhomme.

- Je ne suis pas votre ennemi.


Mes sourcils s’étaient froncés tout seuls. Je n’aimais guère qu’on me prenne pour un mauvais type alors que je n’avais rien fait. Certes, mon corps ne me permettait pas d’être vu comme un gros nounours tout doux et gentil, mais quand même. Ce n’est pas parce que mon visage était fermé, que mes traits ne montraient aucun sentiment, que mes gestes étaient brusques ou faisaient penser à un soldat bien-pensant servant le gouvernement, que j’étais cet homme-là.

- J’étais militaire à l’époque, je connais très bien tous les coins de Lansan, je peux peut-être vous aider à trouver votre chemin ?

Qu’est-ce que je n’avais pas dit là. Cette jeune femme prit instantanément peur à l’entente de ce mot et sa réaction fût automatique. Elle paniqua. Limite, elle ne savait plus quoi faire et se perdait dans ses mots, dans ses gestes. J’avais l’impression qu’elle partait dans une folie à l’idée de devoir se confronter à ma personne. Je fus choqué. Pourtant j’en avais vu dans ma vie, mais là, c’était vraiment la première fois que je voyais une terreur pareille. J’avais beau essayé de la calmer, de la rassurer, rien n’y faisait, elle ne m’entendait pas, elle ne voulait pas m’entendre. Et que fais-je encore lorsque je pris ma canne pour descendre de ma charrette. Que fais-je encore ! Je mis ma main libre en avant, comme si je me rendais à la milice du gouvernement. J’étais comme devant un animal effrayé.

- Je suis paysan. J’ai un élevage de poissons que je vends au marché. Je rentre tout juste de Dalis et vous ne pourrez jamais y accéder à pattes sans vous faire mal. Vous n’avez même pas chaussures à vos pieds, soyez sensée ! Laissez-moi vous ramener chez vous ou … venez boire un lait chaud chez ma mère ?

Je n’avais pas forcément de cœur, du moins, je ne le montrais pas. Mais je ne laissais jamais mon prochain dans la mouise. On ne m’avait pas élevé comme ça et j’avais quand même des principes. Une femme n’avait pas à se faire mal simplement pour atteindre un but.

- Si vous me suivez, on croisera sûrement un bus qui passera non loin d’où je vis avec ma fille. Ne soyez pas têtue, vous ne pourrez jamais arriver intacte en ville. Vous passerez pour une folle, peu importe ce que vous voulez y faire.


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MessageSujet: Re: Hello stranger   Sam 21 Mai - 15:08

Ne pas avoir peur, rester calme et surtout : ne pas avoir l'air coupable de quelque chose. Telles étaient les trois conseils que m'avaient prescris Sang Min, rajoutant que je n'avais d'ailleurs pas à me sentir coupable car je ne l'étais pas, être maman n'était en rien un crime.
Son ton était froid, sans émotion, sa question à mon égard n'était qu'une sorte de forme de politesse, histoire de se donner bonne conscience mais, comment avoir bonne conscience lorsque nous étions soldats ? Il était droit, sûr de lui et en vue de son corps nous comprenions bien vite qu'il valait mieux ne pas l'embêter, d'où le choix de ne pas lui répondre, afin qu'il passe son chemin, afin que je n'ai pas à l'affronter davantage, je n'avais pas la prestance requise et encore moins l'envie. Plus les soldats se voulaient loin de moi et mieux je me portais.

Je m'étais relevée, plaçant ma main droite dans mon dos comme par réflexe, il ne fallait pas que le militaire remarque ce handicape qui m'était propre, il ne fallait pas que le militaire me sache vulnérable non plus, sinon j'étais fichue. Mes pieds avaient retrouvé l'herbe verte, m'étant reculée de la route pour ne pas être trop proche du canasson qui était tout aussi impressionnant que son propriétaire. J'inspire, j'expire, j'inspire, j'expire, et ce, de plus en plus fort, pour calmer mon stress, ma peur, mon sauveur m'avait dit de ne pas avoir peur et de rester calme, or j'avais plutôt l'air coupable à réagir de la sorte. J'étais en train de rater l'épreuve de la mise en situation.

Il ne semblait pas prêt à vouloir partir, il devait avoir des doutes, étais-je fichue ? Je serrais fermement ma main droite dans mon dos à l'aide de ma main valide, me mordant la joue et regardant d'un air peiné la route par laquelle cet homme était venu, j'étais comme désemparée, ressentant cet arrière-goût amer qu'était mon inconscience, jamais je n'aurais dû quitter mon grenier. Et tandis que mes quelques souvenirs de liberté traversaient mon esprit, il me posait d'autres questions, ce qui me fit grimacer quelque peu, devant réfléchir à une réponse ne paraissant pas suspecte, sans oublier que j'allais devoir lui dire d'une façon calme, sans avoir peur.

« J'ai rien fait ! », dit le stress d'une voix tremblante et agressive.

La réponse n'était ni adéquate, ni bénéfique pour ma couverture, à présent j'étais dans de sales draps. Me filant des baffes intérieurement, je regardais mon interlocuteur avec des yeux brillants, mal à l'aise, voir carrément effrayée. Le fil de la liberté glissait entre mes doigts et cette fois-ci il n'y avait plus d'espoir pour que je le rattrape et, même si il m'affirmait ne pas être mon ennemi, sa personne ne m'inspirait pas confiance, certainement était-il trop carré, certainement son regard et son faciès me semblaient beaucoup trop sombres.

« J'étais militaire à l'époque. », phrase qui me crispa net, j'eus un soudain blocage, j'eus la vision de la personnification de la Peur elle-même en face de moi. Mon cœur battait à une vitesse folle, contrairement au temps qui semblait s'être arrêté le temps d'un instant, le temps qu'il fallait pour me soulever, m'embarquer dans sa charrette et me ramener au camp. Je fermai automatiquement les yeux, me protégeant avec mes bras squelettiques que j'avais placé devant mon visage, tout en reculant, jusqu'à trébucher et tomber directement sur mon derrière. Je lui hurlais de me laisser tranquille, que je n'avais rien fait, qu'il me laisse partir mais rien y faisait, il venait de descendre de sa voiture, je l'entendais, ne regardant toujours pas, il s'était approché tandis que je me recroquevillais davantage. Quelque chose de chaud coulait le long de mes joues, des larmes, mon inconscience m'a mené une nouvelle fois à ma perte, je pensais à Hiro, mon fils, je pensais à mon enfant que je ne reverrai jamais.
Je l'entendais vaguement me parler, il se disait paysan, vendeur de poissons et que je ne pourrai pas atteindre Dalis à pied. Mes yeux s'ouvrirent, brillants, descendant mes bras pour pouvoir l'observer. Je ne pourrai jamais rejoindre la capitale ? Et mon fils alors ? Et son père ? Et ma famille ? Mes lèvres tremblaient, j'étais prête à pleurer. « C'est vrai ? ... », à vrai dire je n'avais même pas écouté sa proposition. De plus, j'avais peur qu'il me mentait, qu'il usait de la ruse pour m'emmener plus facilement au camp.

« Si vous me suivez, on croisera sûrement un bus qui passera non loin d'où je vis avec ma fille. Ne soyez pas têtue, vous ne pourrez jamais arriver intacte en ville. Vous passerez pour une folle, peu importe ce que vous voulez y faire. »

Le soleil tapait très fort, je n'avais rien mangé depuis la veille au soir et les nerfs commençaient à lâcher, je m'énervais, fronçant les sourcils et le regardant d'un air mauvais. « Je ne suis pas folle ! », et là, le rideau tomba, m'allongeant par terre, à la recherche de fraîcheur que seule l'herbe semblait pouvoir m'apporter, ma main valide se mit à serrer fort cette dernière comme pour lutter, « je suis pas folle ... », les larmes se mirent à couler de nouveau, « laissez-moi tranquille … j'ai rien fait ... », la force qu'il y avait en moi s'était totalement évaporée.
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MessageSujet: Re: Hello stranger   Sam 21 Mai - 17:25

Étonnant tout autant que choquant. Le comportement de la jeune femme était limite inquiétant. Elle scandait des aberrations, et ce, à toutes mes questions. J’avais peur de bouger. Je ne m’autorisais pas à avancer. J’aurais été insensé de faire un pas vers elle, alors qu’elle prononçait de telles choses si inhabituelles. Elle me faisait penser aux Monü, ces sorcières d’antan un peu farfelues. Elle semblait, par des démons, possédée. Ces actions semblaient provenir d’un sortilège, comme hypnotisée. Elle m’inquiétait. Elle m’alarmait. Ses réactions m’oppressaient. Sa voix, épouvantée, me tétanisait. Je ne pouvais faire grand-chose lorsqu’elle se mit à terre. La douceur de l’herbe semblait tellement lui plaire. Elle se mit à laisser couler des larmes. Ses sentiments ressortirent, elle baissa donc les armes. Je n’avais aucunement l’envie qu’elle pense que je la voyais comme mentalement déséquilibrée. Pour moi, il n’y avait aucun doute : elle était simplement esseulée.

Alors qu’elle se trouvait à moitié allongée, je pris mon courage à deux mains pour lui montrer un signe amical. De ma poche, je sortis un mouchoir. Le regardant un instant, hésitant, par la suite, le tendis en espérant qu’elle veuille bien se mouvoir. Lorsqu’elle l’attrapa pour essuyer ses joues, je mis mes deux mains sur la canne afin de me lester un peu du poids de mon corps qui me semblait si lourd à rester debout aussi longtemps. Je la fixai un instant, la laissant reprendre un peu son calme, si elle le pouvait, avant de lui adresser la parole à nouveau.


- Je ne sais pas de quoi vous parlez. Vous êtes incohérente dans vos propos et je ne sais même pas quoi vous répondre. Je vous demande simplement de ne pas essayer de faire n’importe quoi. Dans l’état dans lequel vous vous trouvez, c’est peu de chose de dire que demain l’on vous retrouvera sur le bord de la route à moitié desséchée par cette chaleur qui va s’abattre cet après-midi. Si je vous ai offensé par mes mots, je m’en excuse.

Je pensais avoir été courtois et poli. Mais la jeune femme n’en était absolument pas convaincue. Que devais-je faire ? L’écouter et m’en aller comme elle le réclamait si bien, ou devais-je écouter l’homme que j’étais qui s’interdisait impérativement de laisser cette demoiselle en détresse. Le choix était difficile mais je n’avais que peu de temps de réflexion avant qu’elle ne parte dans une autre folie qui pourrait nous amener loin. Elle devait avoir faim, avoir soif et être dans un moment de déprime complet. Je fus comme ça également il y a peu de temps, et si mes amis n’avaient pas été là pour moi, je pense que je n’aurais pu tenir les deux bouts. Il était donc hors de question que je la laisse seule, ici. Qui sait sur qui elle pouvait tomber ? Qui sait ce qui se passerait si elle répondait d’une manière aussi délirante à un autre inconnu, un peu moins patient que moi ?

- Bien, que voulez-vous faire ? Continuer à pleurnicher sur le bas-côté de la route comme une enfant ou me laisser vous aider ? Le mieux serait de vous hydrater un peu avant d’aller en ville. Je ne sais pas qui vous voulez aller voir ou pourquoi vous voulez vous y rendre mais, regardez-vous, vous pensez être présentable ?

Dans ces cas-là, valait mieux jouer avec la ruse plutôt que d’essayer de lui montrer qu’elle était totalement stupide cette pauvre gamine. Du coup, je partais dans son sens, essayant en même temps de comprendre les raisons qui l’ont poussé à faire autant de chemin sans savates à ses pieds, le but réel de cette échappée, abîmée par les gravas chauds qui bordaient la route, le motif de cette souffrance qu’elle était capable d’endurer. Car, oui, pour permettre à son corps d’être détérioré à ce point, il fallait vraiment avoir une motivation des plus colossales. J’attendais alors sa décision mais avant, je lui montrais le grand Daudet qui me servait de cheval.

- Il est imposant, mais il ne ferait même pas de mal à une fourmi. Lui et moi, on a vécu tellement de malheurs, on est déchirés par le temps, les années, et les épreuves aussi.

Pour essayer de gagner sa confiance, je lui montrais alors ma canne, ma précieuse amie sans qui je ne pourrais jamais bouger de mon siège à bascule situé dans le salon de la maison de ma maternelle. Je lui expliquai alors que j’avais été meurtri par une balle qui avait touché mon tendon et que malgré les semaines, les mois, rien ni personne ne pouvait être en mesure de me dire si je pourrais de nouveau gambader comme lorsque j’avais vingt ans. Jusque-là, elle m’avait écouté sans pour autant me donner l’assurance qu’elle s’ouvrirait à mon amabilité. Je discutais sûrement pour rien, mais peut-être pas. Elle réagissait de toute façon d’une manière bien trop étrange pour que je puisse penser qu’elle se trouvait être en bonne santé. La petite Dame qui se trouvait en face de moi n’était pas dans son assiette. Que ce soit physique ou moral, quelque chose clochait chez elle et, n’étant pas médecin, il m’était impossible de mettre la main sur la raison.

- Que décidez-vous ? Aller vous apprêter convenablement pour être présentable puis attraper un bus ou y aller à pieds avec des petons sales, noircis par la poussière ? Vous n’êtes pas jolie à voir, je dis ça, c’est pour vous aider.

J’avais peur qu’elle ne parte en courant. Rapidement elle pourrait m’évincer sans soucis vu l’état de ma patte. J’avais comme l’impression qu’elle voulait un peu d’attention avant de continuer son chemin. La laisser faire semblait être une mauvaise idée. Mais devais-je me résoudre à l’assommer pour qu’enfin elle puisse retrouver sa tête en entier ? Trop de questions fusaient dans ma tête et j’avais l’impression de me casser les miches pour rien. Sa réponse me montrera la voie à prendre : la douceur ou la violence. Mais jamais je ne pourrais me résoudre à la laisser filer. Surtout qu’elle n’était pas dans son état initial, que pourrait-il lui arriver et combien de temps m’en voudrais-je encore de ne pas avoir sauvé quelqu’un ? Soit elle capitulait, soit je l’étourdissais de cette vieille technique que l’on m’avait appris pour endormir un ennemi sur le point de s’échapper.


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MessageSujet: Re: Hello stranger   Sam 21 Mai - 19:28

C'était inattendu de sa part de le voir me tendre ce bout de tissu. Durant les trois ans dans ce camp je n'ai connu que des ordures, ils nous giflaient, nous fouettaient, nous rabaissaient au rang de rien du tout. Nous avions toutes peur de devoir aller chercher le matériel dans la cabane près des champs où nous travaillions, il y avait tout le temps des hurlements et des pleurs en travers des rires et des râles d'un ou de plusieurs soldats. Certains étaient certainement père de famille, ce sont eux qui devraient être à notre place. Voilà pourquoi voir ce militaire me tendre ce mouchoir m'avait totalement déstabilisée, je ne trouvais même pas d'exemple pour illustrer cela. Je m'étais redressée sur mon coude, certainement que quelques brins d'herbes avaient dû se glisser dans ma tignasse, puis j'attrapai le mouchoir à l'aide de ma main encore valide, pour finalement essuyée mes yeux, reniflant parfois en regardant mes genoux, incapable de le regarder. Il se mit ensuite à me parler, en l'écoutant je me voulais des plus méfiante, je n'arrivais pas à lui accorder ma confiance, il me voulait dans sa poche et il ne semblait pas décidé à me laisser tranquille. Toujours en observant mes genoux écorchés, je serai le poing dans lequel se trouvait le morceau de tissu, stressée, me mordant toujours l'intérieur de la joue au point d'en laisser une marque certaine dont je pouvais deviner la forme grâce à ma langue. Mes yeux glissèrent vers la route, regardant par où il venait, la ville devait donc se trouver par-là, la fin de mon calvaire devait donc se trouver par-là.

Aucune parole pour ses mots, je me refusais de lui répondre, il était peut-être malin à savoir user de ma situation, mais je serai plus maline que lui. C'était d'ailleurs pour cela que je ne le regardai toujours pas, je ne voulais pas qu'il voit la peur dans mon regard, ni ma détresse ou toute autre chose qui pourrait jouer en sa faveur. Je savais que j'étais fragile, je savais qu'il en fallait peu pour m'avoir, je me connaissais et d'autant plus mes défauts, ce n'était donc pas pour rien que je réagissais de la sorte. Nous avions tous conscience de nos forces et de nos faiblesses, c'est pour cela qu'il y avait plusieurs types de défenses, il fallait mieux rester dans le silence, je ne pouvais fuir, je n'en avais plus la force ou bien je tomberai quelques mètres plus loin, m'esquintant le visage et il aura gagner, or si il gagne, je perds tout.
Constatant que sa tactique ne fonctionnait pas, il décida de raconter ses mésaventures. Autrefois, j'aurais éprouvé une pitié certaine à son égard, ce n'était pas une épreuve facile et j'avais la chance de n'avoir jamais subi quelque chose de la sorte et donc, de ressentir de la compassion. Aujourd'hui, c'était différent, on m'a pris mon bébé il y a trois ans après quoi on m'a jeté dans un camp, j'ai perdu l'usage quasi-total de ma main droite, on m'a salie, déshonorée, je n'ai plus de famille, ni même un toit qui m'est propre, les seules choses qu'il me reste désormais sont cette main totalement engourdie, ces quelques marques ainsi que cette terreur qui m'accompagne partout, je me réveille avec, je marche avec et je me couche avec, elle était d'ailleurs tout près de moi à l'instant présent. Me savoir si indifférente concernant ces propos me dégoûtait de moi-même, cela ne me ressemblait pas, cela ne me ressemblait plus, ce fichu camp avait bousillé ma vie, plus rien ne sera jamais comme avant et cette idée me horrifiait du plus au point, au point de m'en faire pleurer encore une fois. Mes yeux se levèrent vers lui qui se voulait toujours impressionnant, « Je … je ne ressens rien concernant votre histoire excusez-moi. », j'essuyai de nouveau mes yeux à l'aide du mouchoir avant de reprendre d'une voix nouée, « vous ne devez pas comprendre mais c'est normal, et au fond, c'est mieux comme ça. », j'eus un rire nerveux avant de me relever tout doucement. Ma robe n'était plus vraiment blanche, entre les traces de terre et l'herbe qui avait laissé sa marque verte dessus, je ne pense pas que madame Hee sera très contente.

Je frottais mes genoux pour enlever les traces de terre tandis qu'il essayait encore une fois de me faire aller sur sa charrette, je voulais lui dire au revoir dès lors que je me serrai redresser mais ses mots ont modifié la suite des événements. « Vous n'êtes pas jolie à voir. », cette phrase qui me dessina une grimace triste, cette phrase qui me bloqua totalement dans mes mouvements. Il y avait comme un goût de sang dans ma bouche et comme une douleur à ma joue, une larme, puis deux, puis trois et d'autres s'écrasèrent contre la terre sèche. Je n'étais pas jolie. C'était la même chose que je m'étais dite après avoir revu mon reflet dans un miroir lors de ma libération, après trois ans d'emprisonnement. Je n'étais pas jolie et je le savais, autrefois j'étais jolie, j'étais jolie et coquette or aujourd'hui je ne l'étais plus, mon dos était rempli de marques, je n'avais plus qu'un squelette à porter, je ne dormais presque plus et pleurais beaucoup trop, j'étais un squelette, mes cheveux étaient abîmés et mon teint ressemblait à celui d'un mort. Je savais que je n'étais pas jolie. Mais ce sont des choses qui ne se disent pas, surtout à une femme, surtout à une femme qui savait ne pas être jolie. Cette scène dura un certain temps, le temps que je me fasse à l'idée que mon propre fils me rejettera peut-être, il me trouvera certainement affreuse et ne voudra plus jamais me voir, pareil pour ma famille. Je reniflais une dernière fois, essuyant une dernière fois mes larmes avec mon bras avant d'inspirer profondément et de le regarder, l'air dégoûté et vraiment triste. « Je veux que vous me laissiez tranquille. », quelques secondes, « vous entendez ?! Foutez-moi la paix ! » dis-je en hurlant, laissant couler d'autres larmes le long de mes joues.
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MessageSujet: Re: Hello stranger   Ven 27 Mai - 18:07

Elle voulait être en paix. Elle désirait la tranquillité. Elle demandait l’apaisement. Mais, elle-seule ne pourrait trouver l’assouvissement. En effet, perdue dans ses pensées, j’avais envie de lui donner un peu de sérénité. Mes pieds se mirent à reculer sur-le-champ, afin de lui laisser un cercle apaisant. Préoccupé. Embêté. Tourmenté. Ma tête réfléchissait, tournait en rond, alors que mes pieds ne voulaient qu’une chose : rentrer à la maison. Elle m’avait accusé à tort. Je devais réagir alors. La laisser et m’en aller, ou me comporter en preux chevalier. J’avais peu de temps, il fallait donc que je pèse le pour et le contre maintenant.

Ma canne heurta rapidement un des nerfs du trapèze de la jeune femme et celle-ci s’écroula rapidement à terre. J’avais eu de la chance, un coup sur trois pouvait tuer l’adversaire, mais j’avais été assez entraîné pour que la mort ne survienne qu’une fois sur quatre. La chance dira-t-on, moi, je pencherai plutôt pour le talent. Bien. Je n’avais finalement pas réfléchi longtemps, la jeune femme commençait à déblatérer des choses incompréhensibles à mon égard. Je pourrais résumer ses mots par : je suis le grand méchant loup. En somme, l’homme qui voulait lui faire du mal et la voir souffrir. Bon. Je n’avais pas attendu qu’elle se faufile d’entre mes filets. C’était pour sa sécurité, après tout.

Etalée devant moi. Elle ne bougeait plus, mais son dos me montrait qu’elle respirait encore. J’avais réagi au feeling, et il faut dire que maintenant, j’étais dans une belle bouse ! Que devais-je faire par la suite ? Deviner d’où cette jeune femme venait, faire toutes les fermes de Lapanalda ou bien la ramener chez ma mère ? J’étais assez en retard comme ça, et je ne pouvais me permettre de perdre plus de temps dans la région, il fallait que je rejoigne Naji au plus vite pour ne pas inquiéter les miens. Le choix fût vite fait.

Je m’approchai malgré tout de la jeune femme et vins la titiller de ma canne pour être sûr qu’elle n’allait pas se jeter sur moi comme une furie. Il manquerait plus qu’elle me veuille du mal, et elle aurait raison après ce que je venais de faire. Je me rendis près de la charrette par la suite de façon à préparer un endroit, difficilement, pour la demoiselle afin qu’elle parcoure avec moi le chemin du retour. J’avais mis les cageots de poissons vides sur les côtés, réarrangeant parfaitement l’arrière de ma carriole. Revenu près de la jeune femme, la question ultime vint à moi : comment devais-je m’y prendre pour l’amener au chariot.

L’idée me vint de me gratter la tête car mon intellect ne reprit aucunement le dessus dans le but de m’aider. Parfait. J’étais seul contre toutes les situations désastreuses qui passaient sur mon chemin. Génial. Je décidai donc de la trainer, avec labeur, puisque, ne l’oublions pas, ma jambe me faisait encore un mal fou et être resté longtemps dans la position verticale n’avait pas arrangé les choses. J’avais fait attention, heureusement, à ne pas la tirer trop fort, histoire qu’elle ne s’écorche pas à vif. Pour la monter, il me fallut l’aide de mes deux bras, je m’étais courageusement appuyé sur la charrette, au grand risque de tomber et me refaire un bobo.

J’avais pris soin de l’envelopper dans un filet à poisson qui se trouvait au fond. Non pas seulement pour sa sécurité, mais également pour l’assurance de ne pas me faire tuer par la folle. Il ne manquerait plus que ça que ma fille se retrouve seule, sans parents. Il ne restait plus qu’une demi-heure pour rejoindre la maison des pisciculteurs et je pensais fortement que la jeune femme ne pourrait se réveiller avant une heure, plus ou moins. Cette nouvelle me laissait le temps de retrouver mon calme et ma quiétude. Apaisé. Détendu. Rassuré. Je pus continuer mon parcours routinier sans encombre. Et ça, c’était d’une totale jouissance.



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MessageSujet: Re: Hello stranger   Sam 28 Mai - 16:58

Il n'avait pas bougé, il restait là, figé, à me regarder alors que moi, je ne pouvais plus rester en place je devais partir, j'avais un enfant à retrouver et une famille à prévenir. L'idée-même qu'ils ne sachent pas que je suis libre me rendait folle, il ne fallait pas qu'ils s'inquiètent plus longtemps. Je m'étais remise à avancer, passant auprès de ce paysan des plus glauques, je n'avais plus de temps à lui accorder et jamais je ne lui ferai ce plaisir de monter dans sa charrette, vieux pervers. Oui, il avait réussi à me convaincre qu'il n'était pas un soldat, qu'il n'allait pas me renvoyer au camp et que je n'allais pas finir mes jours là-bas, il m'avait cependant convaincu qu'il était un homme peut-être un peu trop seul si vous voyez ce que je veux dire. Je n'étais pas comme ça, loin de là.

Je n'eus le temps de faire que quelques pas avant de ressentir un coup dans le haut de mon dos, la douleur fut rapide et terrible, mon corps se sentait si lourd qu'il s'affala sur la route. Je hurlais, j'avais besoin d'aide et je ne voulais pas mourir si près du but bien que je me sentais rapidement faiblir, je n'avais plus la force de me tourner pour le regarder et j'en avais à peine pour pleurer. Mon poing serrait la terre et les graviers à peine humides par mes larmes, « vous êtes ignoble … j'ai rien demandé moi nan … j'ai rien demandé … vous n'êtes qu'un sadique pour me faire ça … et me laisser comme ça ... » et après cela, ma joue se mit contre le sol, ce fut ma dernière sensation.

On entendait des rires d'enfant au loin, ainsi que des bruits en rapport à l'eau, quelque chose de calme, d'apaisant. Je m'étais redressée, il n'y avait rien autour de moi si ce n'est un fleuve et un peu de verdure. J'avais tourné ma tête vers ce dernier, l'eau coulait paisiblement tandis qu'une brise fraîche venait caresser ma joue, je m'étais approchée de lui. Ce son me berçait, je me sentais bien, je me sentais sereine, je me sentais mieux, j'en souriais même. D'autres rires et pourtant rien ne semblait être là. Il n'y avait même pas de ciel, juste le fleuve et son rivage, ces sons et moi, c'était une étrange sensation. Un « toc » régulier se faisait soudainement entendre, il semblait se rapprocher, je n'avais pas cherché à voir de quoi il s'agissait, je m'interrogeais davantage à propos de ce qui flottait sur l'eau, cela ressemblait à un drap enroulé. Lorsqu'il passa près de moi, je vis mon bébé, Hiro, il dormait tel un ange, mon trésor, je voulus le rattraper, quelque chose m'empêchait de sauter dans l'eau, je courus donc le long de la berge, l'appelant dans l'espoir qu'il se réveille. Un « toc » plus tard et le panier qui recueillait mon enfant disparut sous l'eau et je me réveillai dans un stress énorme, dans un endroit que je connaissais pas.
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